Martin – Histoire d’une décomposition romantique

Alors que la fête d’Halloween vient de passer, il revêt quelque chose de particulier de parler d’un cinéaste comme Romero. Puissante figure du cinéma fantastique américain, il est mondialement connu pour avoir réinventé la figure du mort-vivant à la fin des années 60 avec Night of the Living Dead. Il dépassa la figure en lien avec la culture vaudou, magnifiquement mis en scène auparavant par Jacques Tourneur, dans les années 1940, avec I Walked With A Zombie. Transformant l’esclave sans conscience, travaillant dans les champs en une créature venant d’outre-tombe, il avait su insérer le trait si caractéristique du monstre : le cannibalisme. Le plus impressionnant, et involontaire, est que ces nouveaux monstres vont catalyser bons nombres de questionnements sociaux, comme les tensions raciales qui traversaient la société de l’époque. Après cette première réussite de Romero, s’en suivi deux autres volets d’une trilogie représentant une véritable montée en puissance, aussi bien en termes de moyens que d’ambitions et de thématiques. Dawn of the Dead est sorti en 1978 d’abord en Italie, avec une version européenne montée par Dario Argento et mise en musique par Goblin. Romero assuma complètement sa dimension politique et sociale dans Day of The Dead en 1985, résultat d’une production chaotique au budget réduit et au script initial complètement réécrit.

Œuvre majeure pour la figure du zombie, la trilogie de Romero vient de bénéficier d’une ressortie en salle et d’une projection lors du Festival Lumière. Le reste de la filmographie de Romero reste malheureusement méconnu. Il a adapté Stephen King, mis en scène des singes tueurs ou encore des chevaliers à moto. Surtout, il a repensé la vieille figure du vampire : c’est justement le film qui nous intéresse aujourd’hui. Certainement l’un de ces films les plus connus en dehors de ses films de zombie, et sûrement son meilleur film : Martin. Continuer la lecture de « Martin – Histoire d’une décomposition romantique »

Lumière 2019 – Coppola, cinéaste perfectionniste

La présence de Francis Ford Coppola au Festival Lumière était un événement majeur de l’Histoire de celui-ci. Plus qu’un nouveau nom qui s’ajoute à la déjà très longue liste de personnalités invitées depuis dix ans, c’est aussi l’une des grandes figure du cinéma du XXe siècle qui est venu Rue du Premier Film. Celui qui fut le réalisateur de la trilogie Le Parrain ou d’Apocalypse Now a fait d’autant plus fort qu’il est arrivé à Lyon avec quelques surprises. On aurait pu le croire peu actif depuis son dernier long-métrage, Twixt, en 2012, mais Francis F. Coppola a pris le temps de reprendre ses classiques pour les améliorer, les modifier, les transformer. Tel un orfèvre qui paufine ses bijoux, Coppola se catalogue donc parmi ces cinéastes venus à Lyon montrer des œuvres qui témoignent que le cinéma n’est pas un art figé, mais bien une mutation permanente d’oeuvre que l’on croyait inscrite dans de la pellicule. Continuer la lecture de « Lumière 2019 – Coppola, cinéaste perfectionniste »

The Doors – Love, death, travel, revolt, chaos

En 1991, 20 ans après la mort de Jim Morrison, Oliver Stone s’empare de son histoire et de celle de son groupe. Un groupe aussi composé de Ray Manzarek, claviériste, Robby Krieger, guitariste, et John Densmore, batteur. Un groupe qui, dans ses chansons, parlait tout autant des bienfaits et des dangers de la drogue, de fascination pour la mort, d’amour fougueux et de souvenirs mélancoliques, le tout accompagné d’une maîtrise instrumentale hors du commun. Ce groupe, c’est les Doors et en seulement cinq ans de carrière, ils ont changé l’histoire du rock.

« Love, death, travel, revolt, chaos. » est une des célèbres phrases prononcées dans le film par Val Kilmer, qui interprète le poète, chanteur et leader des Doors, Jim Morrison. Une phrase qui résume autant la carrière du groupe que le film éponyme. En effet, pour retracer la trépidante mais courte histoire du groupe, le film choisit de l’aborder thématiquement. Chaque scène sera donc une occasion de montrer un instant de vie, souvent intense, mais aussi d’aborder les motifs récurrents abordés dans les chansons du groupe.

The Doors (1991) de Oliver Stone | Distribution : Carlotta Films

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Rétrospective Jim Jarmusch – « Do you know my poetry ? »

Ces trois dernières années, le cinéaste américain Jim Jarmusch n’a pas chômé : Paterson en 2016, Gimme Danger la même année, The Dead Don’t Die en 2019. C’est donc à pic que tombe cette rétrospective, qui nous invite à (re)découvrir les six premiers films du réalisateur, et se plonger dans une œuvre brillante de cohérence et de poésie.

Le monde du cinéma a découvert Jim Jarmusch avec Stranger than Paradise – Caméra d’Or au Festival de Cannes de 1984. Mais il ne faut pas oublier son tout premier film, un film de fin d’étude, Permanent Vacation (1980), qui annonçait déjà les inventions cinématographiques que le cinéaste allait pousser dans ses fils suivants : Jim y glissait ses premiers travellings latéraux, mouvement de caméra qu’il ne cessera de réinventer pour accompagner et soutenir ses personnages bancals et désœuvrés. Continuer la lecture de « Rétrospective Jim Jarmusch – « Do you know my poetry ? » »

Les Animaux Fantastiques : les Crimes de Grindelwald – inégal et décevant

On attendait beaucoup de ce second opus.

C’est un film qu’on va voir avec espoir : l’univers de Johann Kathleen Rowling est connu pour être particulièrement foisonnant, propice au grand spectacle comme aux scènes graves et touchantes. De plus, le premier volet (Les Animaux Fantastiques, David Yates, 2016) était très prometteur : même avec de nouveaux protagonistes et une histoire se déroulant au début du siècle, le retour du monde magique au cinéma avait été plutôt réussi, au regard du vide littéraire duquel il s’inspirait (Vie et habitat des Animaux Fantastiques, J.K. Rowling, Gallimard Jeunesse, 2001), à savoir un simple dictionnaire répertoriant la faune et la flore du monde magique de Harry Potter, avec pour seule trace de Norbert Dragonneau (Eddie Redmayne) des annotations légères sur les côtés des pages.

Pour rajouter à l’attente qui était la mienne de ce deuxième opus (sur cinq, en tout), la fin du premier volet nous promettait un passage au premier plan de Gellert Grindelwad (Johnny Depp), immense seigneur noir qui est déjà un personnage à part entière de l’histoire de Harry Potter. En effet, Grindelwald est le mage noir défait en 1945 (ce qui, selon JKR, est lié à la fin de la Seconde Guerre Mondiale) par Albus Dumbledore, duquel Lord Voldemort tire expériences et modèles, mais c’est aussi l’ami d’enfance (et plus, si l’on adhère à la position de JKR sur la question) de Dumbledore, devenant un des pivots de la résolution de la saga du sorcier à la cicatrice. Continuer la lecture de « Les Animaux Fantastiques : les Crimes de Grindelwald – inégal et décevant »

[Lumière 2017] Friedkin, le Grandmaster ! (Jour 5)

Si Wong Kar-wai a été très discret durant sa présence à Lyon, William Friedkin, lui, ne l’a pas été (pour notre plus grand bonheur). Monologuiste hors-pair, il aura été par trois fois, au Comoedia, capable de tenir le micro sans interruption devant des salles pleines pour nous raconter l’histoire de ses chef-d’œuvre. Quel bonheur ce fut ! Accompagné par Samuel Blumenfeld, journaliste à Le Monde, n’avait guère qu’à lancer le réalisateur de L’Exorciste en une ou deux questions. Passionnant, Friedkin laissait même la possibilité aux personnes présentes dans la salle de poser des questions ! Inutile de dire qu’une présentation durait une bonne demi heure au moins… Ses films sont hors-norme, ce qu’il nous a raconté l’était aussi. C’est à se demander qu’est ce qui est vrai et qu’est ce qui est exagéré. Print the legend, comme on dit.

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