Croiz’Arts : rencontre entre le Saily Club Jean Moulin Lyon 3 et le Lyf

Le Saily Club Jean Moulin Lyon III et l’Association Lyf ont allié leurs forces dans un projet inédit, réalisé à partir de janvier 2018 : Croiz’arts. Le président du Saily Club, Matthieu Benoit-Cattin nous en dit plus.

Tout d’abord, qu’est-ce que le Saily Club Jean Moulin Lyon III ?

Il s’agit d’abord d’une aventure humaine et associative : la création du club voile de l’Université Jean Moulin Lyon 3.

Jeune association créée en 2016, nous avons pour vocation de faire naviguer les étudiants et de leur faire découvrir les plaisirs du monde nautique autour de nos trois pôles : croisière, régate et formation.

Nous proposons ainsi de vous faire découvrir la croisière en voilier. Encadrée par des professionnels et ouvert à tous, vous pourrez vous initier à la pratique de la voile dans une ambiance amicale sur les plus beaux bassins de navigation de France.

Nous avons aussi pour objectif de représenter notre université dans les régates et compétitions étudiantes. Déjà 6e sur 27 à la Course croisière Edhec 2017, le SaiLy Club ne compte pas s’arrêter en si bonne route et recherche de nouveaux talents !

Enfin, le pôle formation a pour vocation de former les étudiants sur des thèmes en liens avec la mer. Vous pourrez ainsi passer votre permis bateau, découvrir le secourisme (PSC1-PSE1) ou encore vous initier à la météo.

Le Saily Club en trois motsaventure, passion et différence.

Croiz’arts, c’est quelles idées ? quelles ambitions ?

Avec la Croiz’Arts nous souhaitons mêler les approches, découvrir de nouveaux horizons. De la mer à l’image, nous avons souhaité partager avec le LYF nos passions communes. Sur le thème de la mer, nous nous proposons de découvrir ses facettes graphiques autour de deux weekend croisière thématiques : photo et vidéo. Aventure et cinéma, voile et image vont souvent de pairs.

Nos ambitions : faire naître de nouvelles passions, cinématographiques ou maritimes !

Si on devait résumer la Croiz’arts en un film ?

Déjà, la Croiz’Arts, ce n’est ni un remake de La croisière s’amuse ou de All is lost. Ce n’est pas non plus un nouveau biopic sur Tabarly. Non, la Croiz’Arts c’est un nouveau film qui reste à tourner !

Propos recueilli par Pierre Triollier du Brochet.

Pour découvrir l’association !

ACID (2/2) : « Le but, c’est de favoriser la diffusion de ces films en salle »

Suite de notre entretien avec Karin Ramette et Simon Lehingue, qui représentaient lors de leur passage à Lyon en septembre dernier l’équipe de l’Association pour le Cinéma Indépendant et sa Diffusion (ACID). Pour lire la première partie :

ACID (1/2) : « Le plus important, c’est que les films doivent être présentés comme dans un écrin au spectateur »

Vous disiez que votre public cannois était fondamentalement composé par les distributeurs, les exploitants, à la recherche de films à programmer. Dans ce cas-là, pourquoi organiser des événements pour le public cinéphile comme au Comoedia ?

K.R. : Ce n’est pas pareil. Quand on est au Festival de Cannes, on est sur les premières projections de ces films-là. Comme le disait Simon, le but, c’est de favoriser la diffusion de ces films en salle. La première stratégie est alors de faire en sorte que les programmateurs, les exploitants, puissent les voir, et les voir dans de bonnes conditions. Cannes est un enjeu important à cet endroit-là, car dans nos spectateurs, on aura l’exploitant de salle de cinéma. Après, le but, c’est qu’il soit programmé. L’exploitant a vu le film, il s’en empare, il le programme. L’idée de venir ici, au Comoedia, c’est la continuation de ce travail là : d’aller à la rencontre du public et d’activer le bouche à oreille. On présente dix films, et sur ces dix films, huit sont en avant première. Le fait de projeter ces films en avant-première avec ces discutions, ces échanges à la fin, c’est une manière de démarrer un bouche à oreille, à Lyon et dans les environs. On espère que ce bouche à oreille sera réactivé lors de la sortie nationale. Là, on est à la deuxième étape, mais il est important aussi qu’à Cannes les exploitants puissent voir les films, très en amont.

Aujourd’hui, on constate une multiplication des moyens de voir les films. De la même manière, il y a de plus en plus de films produits, réalisés, et cela devient de plus en plus difficile d’exister, d’être programmé, même à Cannes. Pourquoi ne pas vous tourner vers ces nouveaux moyens – citons Netflix – pour donner un moyen de médiatiser, de faire exister ces films qui parfois des difficultés à exister en salle ?

S.L. : C’est une bonne question…Mais l’endroit de l’ACID, c’est la salle.

K.R. : Oui, et je peux ajouter quelque chose : la plateforme, ça ne fonctionne – et ce n’est pas moi qui le dit mais ce sont les gens qui font fonctionner ces plateformes – que quand il y a déjà eu un bouche à oreille, quelque chose qui se passe avec la salle.

S.L. : Tout à fait.

K.R. : Si vous voulez qu’un film génère du téléchargement, des visionnages, il faut qu’il y ait eu quelque chose avant, une médiatisation. Ça passe par la salle.

S.L. : Pas mal de gens ont tenté des sorties directement en VOD, et c’était ultra bancal. Netflix c’est autre chose, c’est de la SVOD [Service de vidéo à la demande, ndlr] par abonnement. Il y en a d’autres comme Mubi, qui fonctionnent sur un réseau cinéphile (avec un film par jour qui rentre, un film par jour qui sort et toujours trente films en ligne), à 4€ par mois, ça marche, mais sur un réseau cinéphile, ils n’ont pas un pouvoir d’expansion énorme. Les sorties directement en VOD, en paiement à l’acte, ça a marché pour les films faisant un buzz, faisant beaucoup de promotion, type Abel Ferrara avec Welcome to New York, sur l’affaire DSK, qui a fait 700 000 achats. Mais c’est ponctuel. Il n’est pas trouvé en fait, le modèle économique. Bien sûr que les pratiques ont changé, mais comment faire exister des films si l’on ne passe pas d’abord par des structures solides, les salles, et la communication par la presse.

K.R. : On parle en l’occurrence de cinéastes qui n’ont pas encore de notoriété. Pourquoi est-ce que quelqu’un chercherait à voir ce film sur le net, ou sur une plateforme ? Alors quand c’est par abonnement, je peux faire confiance à la ligne éditoriale, être curieux – c’est une démarche très cinéphile d’ailleurs.

S.L. : J’ai un exemple : j’ai vu un film d’horreur iranien à La-Roche-Sur-Lyon [Under the Shadow, de Babak Anvari, nldr], l’année dernière. Je m’étais demandé qui allait l’acheter. C’était incroyable, il fallait que ça soit vu. Et c’est Netflix qui l’a acheté. Du coup, personne ne l’a vu, personne ne connaît ce film. Sauf qu’en fait, ils ont mis beaucoup d’argent sur la table. Le producteur était coincé : oui, le film serait peu connu, ce sera difficile de financer le prochain, mais… Netflix qui pose une somme, ça fait plaisir, mais il y a toujours le regret que l’écrin de la salle n’ait pas été là.

Là, c’était peut-être un moyen pour Netflix de parler aux spectateurs cinéphiles, qui auront ouïe dire du bien de ce film ?

S.L. : C’est aussi parce qu’ils ont besoin d’avoir un gros catalogue ! Ils ont besoin d’énormément d’offre pour justifier les abonnements, faire de la com.

En quelques mots, qu’est ce que vous diriez sur la sélection 2017 de l’ACID ? Un film qui vous a marqué particulièrement ? Mettre en avant un faux-fil directeur ?

S.L. : Je pense que ce sont des formes très libres. c’est bateau dit comme ça, mais il y a six films français (c’est un critère de l’ACID). Tout le système des commissions du CNC, du lissage des scénarios, des ré-écritures, des financements très serrés et justifiés, étouffent un peu la création. Ça se voit d’ailleurs, il y a des gens qui font des premiers films, on dirait que c’est leur huitième ! Le propre des films français de l’ACID cette année, c’est qu’ils ont tous trouvé une forme contournant ce système pour tourner plus vite, avec plus de liberté. Il y a cet aspect d’hybridation entre documentaire et fiction très claire, parce que quand on a moins d’argent, on doit travailler avec le réel, d’y introduire de la fiction… Avec des scénarios peu écrit, d’autres formes d’écritures. Les films sont assez différents les uns des autres, mais s’il y a une ligne directrice, ce serait celle-là. Le réel fait toujours effraction dans la fiction et inversement. Ça donne des formes inhabituelles pour le spectateur, mais pas difficiles pour autant. Ce ne sont pas des films exigeants plastiquement.

K.R. : Après il y a quelque chose qu’on dit beaucoup, c’est qu’il y a une forme d’éclectisme. C’est le reflet de la sensibilité des réalisateurs qui ont fait la programmation. On a des gens qui viennent de la fiction, du documentaire, d’une forme hybride… Certains en sont à leur cinquième long-métrage, d’autres viennent de finir leur premier long. Les parcours sont extrêmement divers et les sensibilités sont très diverses. C’est vraiment comment accorder toutes ces sensibilités pour une programmation, dans laquelle chacun y trouve aussi quelque chose. C’est toute la beauté de la chose. Malgré toutes ces personnalités, toutes ces sensibilités de cinéma différentes, on arrive chaque année à produire une programmation cohérente. Ce qui est très drôle, c’est qu’au fil des années, on se rend compte qu’il y a malgré nous un fil directeur. Une année, il y avait un intérêt pour la marge, dans tous les films il y avait quelque chose ou quelqu’un à la marge.

Parce que l’ACID est un peu le reflet du monde ?

K.R. : D’une certaine façon ? C’est un regard sur le monde en tout cas, à un instant T.

Un film à voir impérativement dans la sélection, par préférence personnelle ?

K.R. : C’est difficile, ils méritent tous d’être vu. Ils ont tous un intérêt différent.

S.L. : Moi je réponds Sans Adieu. C’est un chef d’œuvre. En fait, le plus beau film de l’année.

K.R. : J’aime beaucoup Sans Adieu aussi.

Encore merci à l’équipe de l’ACID de nous avoir consacré du temps et aux équipes du Comoedia pour nous avoir accueilli ! Encore en salle : Le rire de madame Lin, soutenu par l’ACID en 2017.

Site de l’ACID, pour suivre leur actualité

Star Wars épisode 8 : Les derniers Jedi – Star Wars est mort, vive Star Wars !

Evidemment, je l’ai aimé. Chaque année depuis 2015 et jusqu’en 2019 (au minimum), un Star Wars viendra éclairer nos cœurs et nos âmes d’enfants, pour ensuite remplir les cadeaux au pied du sapin de produits dérivés farfelus ou géniaux (cf. le BB-8 télécommandé, exceptionnel).

Au-delà de cela, mon travail ici sera d’exposer les différentes raisons qui – selon moi – placent ce 8e  chapitre de la saga principale, au rang n°1 des meilleurs films Star Wars, pour le moment. Continuer la lecture de « Star Wars épisode 8 : Les derniers Jedi – Star Wars est mort, vive Star Wars ! »

[Lumière 2017] On se souvient de Wong Kar-Wai (Jour 8-9)

Le grand jour est enfin arrivé. L’amphithéâtre 3000 est bondé, les invités sont nombreux, tous réunis pour remettre le prix Lumière à Wong Kar-wai. Celui-ci s’est ainsi prêté au jeu du festival en retournant le lendemain le premier film et en venant à la cérémonie de clôture, à l’occasion de la projection en avant-première mondiale de la restauration de In The Mood for Love. Continuer la lecture de « [Lumière 2017] On se souvient de Wong Kar-Wai (Jour 8-9) »

[Lumière 2017] Le cinéma est mort (Jour 3)

Commencer sa journée en entendant Bertrand Tavernier parler de cinéma, c’est toujours bien la commencer. Surtout quand il s’agit de découvrir un western rare, en 35mm, choisi personnellement par le réalisateur et cinéphile lyonnais. Ainsi, Le Salaire de la violence (Gunman’s Walk, 1958) de Phil Karlson est une œuvre remarquablement en avance sur son temps. Continuer la lecture de « [Lumière 2017] Le cinéma est mort (Jour 3) »

The Square – Pensées à partir d’un carré

Palme d’or – Festival de Cannes 2017

The Square est une idéologie. Celle d’une artiste qui imaginait un carré, un morceau de place, dans lequel nous serions égaux en droits et en devoirs. C’est aussi celle de Christian, qui dirige ce musée d’art contemporain. The Square est un lieu de vie, les gens y passent, y travaillent, on apprécie l’idée mais veut-on vraiment l’incarner ? Pourquoi tout le monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’un discours banal et attendu alors qu’en pratique personne n’est capable de vivre comme dans The Square ?

The Square est le miroir d’une société – de notre société – et de son hypocrisie. Un concept-art tel que cette exposition, qui ne reflète « aucun enjeu d’actualité, aucun sujet polémique ». Bref, invendable. Et pourtant, personne n’en applique les concepts : le film repose sur cette incohérence existentielle entre une vision idéaliste du monde et la pratique du monde par les individus. Christian, lui, qui se fait voler son porte-feuille, va jusqu’à poster des lettres de menaces, pour qu’on lui rende, dans toutes les boites aux lettres d’un immeuble de banlieue. Il le fait lâchement, rapidement, de nuit, sans réfléchir aux conséquences de son acte. C’est purement égoïste, c’est purement pragmatique (on m’a volé, alors je réagis). Loin des idéaux humanistes de l’exposition qu’il est supposé vendre. Les œuvres d’art contemporain dans le film en joue : You Have Nothing en face de plusieurs petits tas de gravier : matérialisation de l’individualisme, de l’absence de rapports entre les êtres. Même si c’est volontairement un peu pompeux (les piles doivent être parfaitement identiques, et lorsque par accident une diminue de taille, les conservateurs du musée rajoutent eux-même du gravier pour que la sacro-sainte vision de l’artiste soit préservée). On s’interroge aussi sur l’éthique de l’art : peut-on promouvoir une exposition comme The Square en montrant l’archétype de l’enfant sans défense explosant sans raison sur une place ?

The Square définit nos relations humaines. Si, à l’intérieur de celui-ci l’honnêteté est déterminante. Il faut ainsi choisir un bouton à l’entrée de l’exposition, entre « Je fais confiance aux autres » et « Je ne fais pas confiance aux autres ». Si vous appuyez sur le premier bouton, on vous demandera de laisser votre téléphone et votre porte feuille sur le sol, dans un carré, et de revenir le chercher plus tard. Le singe, que voit Christian chez l’américaine, Anne, avec laquelle il couche, renvoie à un retour à l’animalité – presque ridicule : elle veut aller jeter le préservatif usagé, il préfère le faire, elle sous-entend qu’il pense qu’elle va s’en servir pour tomber enceinte. Situation ubuesque où l’on ne peut faire confiance à personne, même avec celle avec qui on partage son lit, même si ce n’est qu’une nuit. L’Homme-singe, aussi surréalistes que son apparition dans le dîner pourrait paraître, est une incarnation de nos peurs profondes : celle d’un retour à l’âge de pierre, à l’Homme des cavernes. Confronter cet Homme-singe incontrôlable à la bourgeoisie, aux sphères intellectuelles, c’est révéler aux classes dominantes leur fragilité. Nous ne sommes que des hommes, et avant, nous marchions à quatre pattes. Le malaise d’une société qui tient en équilibre : celle de cette pile de chaises qui grincent, qui revient symboliquement lors de la seconde rencontre entre Christian et Anne ou encore pendant la conférence de presse en réaction à la publicité extrême pour l’exposition.

The Square est notre héritage. Si finalement le film tourne autour du pot, c’est pour appuyer l’importance d’un retour à l’utopie fondatrice de nos sociétés. La dernière partie du film vise justement à montrer que, quasi religieusement, Christian rejoint The Square. Il emmène ses enfants s’excuser avec lui dans l’immeuble où il a posté des lettres de menaces. C’est justement le groupe de pompom girls, dont l’une des filles de Christian fait partie, qui incarne le mieux les valeurs de The Square, le coach essayant de les convaincre de l’importance du travail de groupe, de penser comme un collectif et non plus comme un individu. The Square est un film qui regarde en avant, et qui s’interroge sur le rôle de l’art (car c’est bel et bien l’art qui a changé le personne de Christian). Il s’agit d’une remarquable Palme d’or, méritée, au-delà des qualités évidentes du Grand Prix et pourtant favori 120 battements par minutes de Robin Campillo.

The Square (2017) de Ruben Östlund, avec C. Bang, E. Moss, D. West. Sortie le 18 octobre 2017.

[Lumière 2017] La Forme-ule secrète de l’eau (Jour 2)

Quand il rentre dans la grande salle de l’Institut Lumière, l’émotion est palpable. La présentation de son nouveau film était l’un des événements du Festival et il n’aura pas déçu. Lion d’Or à Venise et bien parti pour les Oscars, The Shape of Water (dites désormais « La Forme de l’eau ») est une merveille. Guillermo del Toro, ému par l’accueil qui lui a été fait, a rappelé l’importance de ce film pour lui : c’est la première fois qu’il parle vraiment de sa vie d’adulte, qu’il ne s’implique plus juste comme l’enfant qu’il a été et qu’il est – d’une certaine manière – toujours.

Si vous voulez découvrir La Forme de l’eau sans rien n’en savoir, sautez trois paragraphes !

Car en effet, La Forme de l’eau est bel et bien un film de monstre du maestro mexicain. Ici, comme toujours chez lui, la créature fascine, elle interroge, autant le personnage principal qui lui est confronté que le spectateur qui la regarde à travers un prisme social. Un monstre dit beaucoup sur nous même. Elisa Esposito (Sally Hawkins) est une femme de ménage, mutique, qui découvre sur son lieu de travail une espèce d’amphibien géant, qu’est chargé de dresser Richard Strickland (Michael Shannon). On pourrait lister les sujets abordé par Del Toro à partir de cette histoire, qu’on pourrait résumer très (trop) simplement : est-ce que le monstre ce n’est pas l’Homme ? Il faut se raconter des histoires (Del Toro qualifie ce film de « conte de fée »), pour à la fois surmonter les moments difficiles (comprendre actuellement, d’après ses dires), mais aussi apprendre à nouveau à rêver. Le personnage de Hawkins vit au-dessus un immense cinéma, presque toujours quasi-vide quand il nous est montré, le propriétaire s’avère d’ailleurs incapable de « rembourser les 4 spectateurs ».

Rêver, c’est aussi ce à quoi nous invite le réalisateur en constituant un univers totalement fantasmé : ça ressemble à l’idée qu’on a de l’Amérique de 1962, mais trop pour être vrai. On connaît l’importance du cadre chez lui, et ici, c’est un travail de reconstitution remarquable. Il va jusqu’à soigner les plus petits détail : on pensera au décor des appartements de Elisa et de son voisin (Michael Stuhlbarg), qui dégagent d’une chaleur incroyable. Rien ne semble être carton pâte collé contre un tuyau en PVC.

Il ne s’agit toutefois pas de fuir la réalité comme le feraient certains personnages du film (zapper pour éviter les informations à la télévision), mais de s’y confronter : le serveur raciste du dinner (refusant l’accès à un couple noir, en leur jetant un regard plein de haine), le machisme et la violence de Strickland (à la fois contre la créature, mais aussi contre les personnages qui l’entourent)… Le monstre est ici aussi humain que les autres personnages, on admire l’inventivité, la beauté de la photographie, la justesse de la musique de Desplat. La créature est belle, indéniablement, et la relation entretenue avec Elisa est absolument bouleversante. C’est autant un film sociétal qu’un film abordant frontalement des thématiques neuves dans le cinéma de Del Toro : la sensualité, la découverte du corps, la sexualité. C’est en effet parce que ni l’un ni l’autre ne peuvent communiquer de même voix que cela passe par le corps. Et comme ce corps n’a plus de sens en lui-même (Strickland couchant avec sa femme comme si c’était un objet muet, ayant deux doigts noicis et « puant »). The Shape of Water est une grande réussite et s’il est trop tôt pour dire s’il s’agit du plus beau film de Del Toro, on espère qu’il laissera sa marque.

Mais La Forme de l’eau c’est vraiment bien, et ça sort en février 2018.

Après l’inauguration de la plaque de Guillermo Del Toro sur le Mur des cinéastes, nous nous rendons au cinéma Lumière Terreaux pour découvrir l’une des œuvres les plus rares du festival : La Formula Secreta de Ruben Gamez. Comme film rare, invité de marque : Alfonzo Cuaron nous a fait l’honneur de parler un petit peu de ce court-métrage expérimental, ni surréaliste (et pourtant, si vous saviez), ni totalement politique (il aurait dû s’appeler « Coca-cola dans le sang » car il commence sur un plan où un homme subit une perfusion de soda américain). Bref, un machin de cinéma unique. C’était un honneur de le voir sur grand écran, dans une version restaurée. Mais le film n’a pas plus de sens pour autant. Voir un homme qui pêche des employés-costume cravate avec une corde de saucisses, voir un enfant qui porte successivement une vache qu’il vient de dépecer face caméra, puis sa mère, puis son père… C’est juste assez triste que le délire autour de la perfusion ne dure pas plus d’un plan. Si le geste de Cuaron, celui de promouvoir un tel film, est beau, c’est surtout qu’il s’agit de sauver, sauvegarder, accompagner un petit morceau de son histoire personnelle : il a eu l’occasion de rencontrer Ruben Gamez, d’échanger avec lui. La Formula Secreta, c’est l’héritage que l’hérité offre au plus grand nombre… en fait, il l’offre à celui qui voudra bien prendre le temps de le voir.

Enfin, dernière séance de la journée, Johnnie To ! Film tiré de la carte blanche de Wong Kar-wai, P.T.U. date de 2003. Thriller nocturne, il s’agit pour une troupe de policier de retrouver l’arme d’un collègue de la brigade anti-gang ayant été perdu lors d’une interpellation. Son rythme, à la fois souligné par sa lenteur et son apparent calme avant la tempête, est rythmé par des chansons de C-pop qui contrastent avec ce qu’on aurait l’habitude de voir. Mais du coup, cela conduit à une véritable stylistique propre à To : la nuit hongkongaise est lumineuse, les néons, les devantures de bâtiment, les lampadaires… Une ambiance fascinante qui se déchaîne sans pour autant totalement disparaître lors de quelques scènes d’action. Ces dernières, rares, sont d’ailleurs tout autant hypnotique que le reste. Il n’est pas surprenant que Wong Kar-Wai aime le film : il fait écho avec les siens. On pensera ainsi à Chungking Express, ou aux Anges Déchus, proposant aussi des portraits nocturnes d’une ville en perpétuel mouvement, condamné à l’accélération. Une véritable merveille, qui constitue sans doute d’une très bonne porte d’accès vers l’œuvre dense de ce grand cinéaste, qui s’est aussi essayé à la comédie romantique (le pas très bon Yesterday Once More, avec Andy Lau), mais est surtout connu pour ses polars : le diptyque Élection, le brillant Breaking News, Exilé, Running Out of Time,…!).

[Lumière 2017] Hola, Guillermo ! (Jour 1)

Une année qui promet énormément, à l’évidence. Cette fois, c’est Wong Kar-wai qui recevra le prix Lumière, après les illustres Tarantino, Almodovar, Scorsese et enfin Deneuve l’année dernière. On en attend beaucoup, d’autant plus que les autres invités de cette 9e édition sont tout autant remarquables : Del Toro, Mann, Friedkin, Kurys… !

Cette première journée était intégralement consacrée pour nous à l’immense Guillermo del Toro. Il était d’autant plus admirable qu’il vienne présenter La tête contre les murs de Georges Franju, le premier film de celui-ci, quand quelques heures plus tard il reviendra présenter certains de ses films dans le cadre de la nuit qui lui est dédiée.

La Tête contre les murs, donc, date de 1959. Film imparfait sans doute, il s’agit malgré tout d’une première œuvre remarquable dans le paysage français de l’époque. Une ébauche d’un Les Yeux sans visages, qu’il réalisera l’année suivante. Certaines scènes du film évoquent ainsi très clairement l’univers fantastique qui sera la marque de fabrique du réalisateur : un travail sonore et musical remarquable, renforçant par des jeux d’opposition des scènes suscitant un certain malaise. Au-delà, certains jeux de symboliques sont déjà présents dans ce film : les colombes, ici en cage, le médecin ayant une sorte d’influence quasi-religieuse sur son environnement… Mémorable en tout cas sont les prestations d’Aznavour (invité surprise du festival) et de Paul Meurisse !

Ce n’est d’ailleurs pas si surprenant que Del Toro ait choisi ce film dans sa carte blanche. On constate un véritable lien thématique entre ses films et celui-ci. Cette réflexion autour de la désobéissance vis-à-vis de l’autorité s’avère ainsi récurrente. Dans Le Labyrinthe de Pan (2006), ainsi, c’est autant la jeune fille qui désobéit au père adoptif que les rebelles qui désobéissent aux soldats de Franco et à son régime. Dans Hellboy (2004), il est obligé de désobéir à l’autorité (le FBI), s’échapper, pour pouvoir essayer de lui aussi mener une vie normale. Il existe aussi le motif de l’opposition à une autorité fondatrice : celle des parents. Hellboy comme la jeune Ofélie sont en affrontement permanent avec leurs parents, comme le personnage principal du film de Franju. Puisqu’on vous dit que tout est lié !

Festival du Film Jeune de Lyon 2017 – Clôture et flammekueches

Alors que le Festival du Film Jeune de Lyon bat son plein (il reste des projections!), la clôture arrive (déjà) à grands pas… !

Pour fêter tous ensemble la fin de cette édition record (50 films montrés, 9 projections, une conférence et des centaines de spectateurs ravis…!), l’équipe vous propose de se retrouver tous ensemble samedi soir à partir de 19h, après la clôture au Comoedia, au Flam’s (12 Rue Tupin, 69002 Lyon). Pour 5€ seulement (au lieu de 14€), profitez de flammekueches en illimitées (boisson comprise), de bonne humeur et d’une équipe fatigué mais heureuse !
Pour réserver, cliquez ici. Vous pouvez prendre votre place à chaque projection et à la cérémonie de clôture.

N’oubliez pas les projections à venir cette semaine :
→ MERCREDI 27 SEPTEMBRE A 18H, projection « BERBERIAN » (Université Lumière Lyon 2) (Réservation)
→ JEUDI 28 SEPTEMBRE A 18H, projection « HERRMANN » (Immaculée Conception, Villeurbanne) (Réservation)
→ VENDREDI 29 SEPTEMBRE A 18H30, projection « ROBIN WILLIAMS » (Auditorium Malraux) (Réservation)

Et on se retrouve tous samedi matin au Comoedia, à 10h30 pour célébrer le cinéma jeune avec un palmarès riche et haut en couleur ! (cérémonie gratuite et ouverte à tous, réservation conseillée, cliquez ici !)

Lien vers l’événement Facebook du Festival
Lien vers l’événement Facebook de la cérémonie de Clôture (Samedi 30 septembre à 10h30)