Un Grand Voyage vers la nuit – Quand un cinéaste réussit un grand film d’onirisme

Cet article fait écho à la critique de Manon INAMI du film Un Grand Voyage vers la nuit publié au début du mois sur le blog : vous pouvez la retrouver ci-dessous.

Un grand voyage vers la nuit – Quand un cinéaste passe à côté de son film

Sélectionné au Festival de Cannes en 2018, dans la sélection Un Certain Regard, le réalisateur du film, Bi Gan, avait été révélé en 2015 avec Kaili Blues. Il nous propose donc cette année son deuxième long-métrage et, s’il serait trop s’avancer que de dire de lui qu’il est déjà un grand cinéaste, il n’y a aucun doute sur le fait que son dernier film est un grand film.

L’histoire prend d’abord la forme d’alternance entre des flashbacks et l’intrigue principale. On comprend que Luo Hongwu, ex-mafieux, a été dans le passé en couple avec une femme, supposément nommée Wan Qiwen. Plus tard, donc, il trouve des indices l’amenant à croire qu’il pourra retrouver cette femme. Il s’improvise alors détective et cherche désespérément, maladivement ce fantasme de jeunesse. Continuer la lecture de « Un Grand Voyage vers la nuit – Quand un cinéaste réussit un grand film d’onirisme »

Autour de Joe Hisaishi

D’autant que je puisse me souvenir, les musiques de Joe Hisaishi m’ont toujours accompagnées. De la tendre enfance, avec mes voisins Lucile, Théodore, et Charlotte devant Princesse Mononoké, au collège avec Tom et Audrey, en rejouant au Conservatoire le thème du Château dans le ciel, aux longues heures de travail à l’université accompagnées par les morceaux du Château ambulant, Hisaishi a été, pour moi comme pour beaucoup d’autres, mon joyeux compagnon de route discret. Ses mélodies simples sont ancrées aujourd’hui dans la mémoire de nombreuses personnes, associées aux doux souvenirs d’un Japon lointain, magique, fantastique.

Né en 1950, Joe Hisaishi est actif depuis 1974. S’il est un compositeur plus que prolifique, avec près de 30 albums en studio, plus de 80 bandes-originales de films, et d’autres contributions pour des séries télévisées, jeux-vidéos, ce sont ici pour ses fameuses collaborations avec Miyazaki que nous allons aborder Hisaishi. Continuer la lecture de « Autour de Joe Hisaishi »

J’ai Rencontré le Diable : « Un chef d’œuvre diabolique qui plonge dans les profondeurs noires de l’âme humaine »

La vengeance, en voilà un grand sujet de cinéma. Nombre de réalisateurs l’ont filmé sous ses multiples coutures, captant avec un regard affûté toute la violence et les déchirements humains qu’elle entraîne. Mais avec J’ai Rencontré le Diable, rarement elle nous aura parue si brutale, si complexe, si irréversible…

Sorti en 2011, J’ai Rencontré le Diable nous raconte l’histoire de Soo Hyun, un jeune agent de sécurité qui, après le meurtre de sa fiancée, se lance dans une quête vengeresse dont il ne sortira pas indemne. Réalisé par Kim Jee-Woon, l’un des metteurs en scène de ce qui fut un temps appelé « La Nouvelle Vague Coréenne » (comprenant notamment Park Chan Wook, Bong Joon-Ho et Na Hong-Jin), le film transcende un script simple par une approche complexe et une vision jamais uniforme des thèmes qu’il soulève.

J’ai Rencontré le Diable (2011)

Cet uppercut filmé dépeint avec un jusqu’au boutisme rare toute la dualité de l’être humain et capte, au travers d’une mise en scène tour à tour nerveuse et lancinante mais toujours virtuose, ce basculement inconscient de l’homme vers le monstre. Kim Jee-Woon, avec une maîtrise déconcertante, met à mal notre notion de justice, de bien et de mal, et questionne notre animalité, notre part d’ombre… La violence sans concession des images pourra décourager les plus sensibles à s’aventurer dans ce voyage au cœur des ténèbres mais, pour les plus téméraires, le jeu en vaut définitivement la chandelle, tant l’expérience vécue pendant plus de 2h ne ressemble à aucune autre.

Porté par deux acteurs tétanisants de justesse et d’intensité (Lee Byung-hun et Choi Min-sik) et une BO qui retourne les tripes par ses décibels semblant être constituées d’émotions brutes, J’ai Rencontré le Diable est une œuvre dont on ne ressort définitivement pas indemne. Un film qui embrasse toute la noirceur de son histoire pour livrer un morceau de cinéma abyssal conduisant le spectateur à un point de non-retour. Un chef d’œuvre diabolique qui plonge dans les profondeurs noires de l’âme humaine pour finalement délivrer un discours fascinant sur l’humanité perdue d’un monde malade. Un crie de rage qui happe notre regard du premier au dernier instant, nous fait suffoquer et nous accable d’émotions aussi intenses que contradictoires. Percutant et définitif.

J’ai Rencontré le Diable (2011) de Kim Jee-Woon. Avec Lee Byung-Hun, Choi Min-sik, Oh San-ha.

Pour découvrir d’autres articles d’Aurélien Zimmermann, n’hésitez pas à vous rendre sur son site Watching The Scream

Le nom des gens : « Un film bouleversant car il croit indéniablement en la vie »

Michel Leclerc est un réalisateur qui a débuté dans le milieu du cinéma en tant que monteur. C’est grâce à son court-métrage Le poteau rose, primé à Cannes, que sa carrière est véritablement lancée.

Leclerc est également scénariste au côté de Carine Tardieu dans le long-métrage Otez moi d’un doute et La tête de Maman, œuvres dans lesquelles on retrouve la brillante originalité scénaristique du cinéaste. C’est donc son talent dans l’écriture qui a permis à Le nom des gens de recevoir le César du meilleur scénario. Ce film a été primé notamment pour avoir révélé Sarah Forestier, qui y fait preuve d’un humanisme sublime. Elle a reçu le César de la meilleure actrice et l’étoile d’or du premier rôle féminin. Ce long métrage est porté principalement par Sarah Forestier donc et Jacques Gamblin. Et déjà, l’idée de nous présenter ce duo à l’écran est judicieuse. Continuer la lecture de « Le nom des gens : « Un film bouleversant car il croit indéniablement en la vie » »

Valérian : la cité des mille déceptions

Un effort industriel sans précédents

C’est incontestablement un film qui a été pensé pour faire rêver, pour transporter le spectateur ailleurs. Il faut dire que l’effort visuel, au niveau des décors, des costumes, de la conception des personnages animés, est considérable et relève de quelque chose que l’on a jamais vu auparavant dans le cinéma français.

Ainsi, Luc Besson se montre-t-il comme le maître de l’innovation : il a cette posture depuis longtemps, lui qui avec son Arthur et les Minimoys avait déjà participé à l’essor des industries de l’image animée françaises. Luc Besson, c’est notre investisseur, notre entrepreneur du cinéma français. Certains innovent dans la confection de nouveaux produits, pour lui, le produit c’est le cinéma.

Et le résultat est époustouflant, des décors à couper le souffle, avec la meilleure technique et la meilleure précision que l’on peut trouver aujourd’hui en 2017. Tous les fans de science-fiction se régaleront devant le bestiaire qui est tout droit sorti des mêmes inspirations que celui de Star Wars : nouvelles formes, nouvelles langues, nouvelles cultures. Le voyage n’en est donc pas entièrement inintéressant.

Une lacune d’âme

Si ce film manque de quelque chose (en dehors de l’esthétique et de l’argent), c’est bien d’âme. Et même cruellement. L’histoire a beau être adaptée d’une bande-dessinée (qu’il faudrait que je lise, peut-être Besson s’est-il borné à reproduire un scénario déjà avorté dans le bouquin ?), l’intrigue est molle, convenue, comme beaucoup de choses dans le film. La romance entre les deux personnages principaux, si elle peut être parfois très drôle et intéressante, est la plupart du temps niaise et sans aucune saveur originale : où diable est l’exception française qui aurait dû inciter Besson à faire quelque chose de différent ?

On a le classique : un peuple ayant subi un génocide de manière collatérale réclame réparation et est poussé à faire une action terroriste. Les méchants généraux militaires humains au sommet de la hiérarchie sont bien sûr au courant et ont tout fait pour dissimuler l’existence de survivants à ce génocide ! Et en vous disant ça, je ne vous spoile rien, ceci est prévisible depuis la première demi-heure du film, et bien qu’on s’accroche à nos rêves pour espérer que le prévisible n’arrive pas, ce dernier se met irrémédiablement à exécution.

Une fin gâchée

Quand un film comme Valerian voit sa musique originale composée par l’illustre Alexandre Desplat, évidemment, terminer la scène finale déjà niaise et pleine de guimauve par un pauvre slow dégoté on ne sait où, c’est du manque de goût. Surtout pour enchaîner sur un un film de Luc Besson, écrit en blanc, teinté d’éclairs et de flammes bleus.

En fait, la fin et la manière dont le film fait la transition avec le générique résume tout à fait l’esprit de ce film : sans âme, sans goût, sans finesse. Dommage qu’autant de talent ait été mis dans la création de l’arrière-plan, si le sujet, en place d’être un château plein de mystères, n’est en fait qu’un mobile home du camping des flots bleus.

J’irai quand même voir la suite je pense, car je crois en l’homme en ce qu’il est capable d’apprendre de ses erreurs et de se rattraper dans le futur.