Cannes 2019 | La Ruche

À écouter durant la lecture :

Mai 2019. Entre les rayons timides du soleil et les rideaux de pluie, je faisais mon premier voyage vers le Festival International du Film de Cannes. Le soixante douzième. Je me suis assez vite rendue compte qu’être à Cannes, c’est vivre plusieurs nuits en une seule journée. La lumière s’éteint, les souffles ralentissent et la machine à rêve s’enclenche. Voir autant de films par jour donne l’occasion d’apprendre à aimer le cinéma. C’est à Cannes que l’on se rend compte que seul le cinéma peut réparer ce qu’il a lui même abîmé. Continuer la lecture de « Cannes 2019 | La Ruche »

Festival 24 | Yakuza Eiga – Quelle place pour le réel dans le cinéma de Yakuza ?

C’est la question que pose le réalisateur Yves Montmayeur dans son documentaire d’une heure dédiée à l’évolution de la figure du Yakuza au cinéma. Le film débute. À l’écran, des caractères rouges s’affichent et impose une distinction entre deux termes qui semblent si différents mais qui sont pourtant phonologiquement si semblables :

やくざ Yakuza

やくしゃ Yakusha, l’acteur

La question se pose alors. Où se situe la frontière du réel et du fantasmatique lorsqu’il s’agit de dépeindre à l’écran ces personnages emprunt de violence, mais qui fascinent pourtant tant la cinématographie de créateurs tels que Takashi Miike, Kinji Fukasaku et tant d’autres ? Montmayeur tente l’exercice de déplier une réponse en interrogeant à la fois les protagonistes du réel et ceux de l’écran. Continuer la lecture de « Festival 24 | Yakuza Eiga – Quelle place pour le réel dans le cinéma de Yakuza ? »

Clermont 2019 – La gloire du court-métrage français ?

Après avoir assisté à la moitié des programmes de courts-métrages francophones, on ne peut nier ni de leur qualité ni de la « réussite artistique ». Il faut en fait saluer le système de production français qui permet la naissance de qui reste dans l’ensemble une très belle industrie du court-métrage. Si nous allons revenir ici-même sur quelques uns d’entre eux, ne nions pas qu’il y en a beaucoup d’autres qui mériteraient qu’on s’y attarde. Le véritable problème, le véritable enjeu qui touche le monde du court-métrage en France est leur nombre très important et leur faible diffusion dans les réseaux traditionnels – difficile de pouvoir voir ces courts-métrages en dehors d’événements dédiés, et trop peu de salles prennent le risque d’en montrer. Continuer la lecture de « Clermont 2019 – La gloire du court-métrage français ? »

Clermont 2019 – Le cinéma comme bien commun ?

L’association LYF se rend cette année au Festival International du court-métrage de Clermont-Ferrand et à cette occasion en couvrira quelques moments forts. L’ouverture du Festival, en fin de journée le vendredi 1er février, dans une ambiance bon enfant au ton résolument engagé. L’ère du temps et l’actualité planait en effet sur le discours introductif de Jean-Claude Saurel (président de Sauve qui peut le court-métrage, organisant la manifestation). Plus qu’une allusion aux gilets jaunes et aux manifestations violentes qui marquent la France depuis plusieurs mois, il s’agissait pour lui de rappeler le militantisme historique d’un festival quarantenaire. Parler de bien commun à propos d’un festival de court-métrage en replaçant le cinéma, les arts et la culture au centre de la société semble être ainsi le principe directeur essentiel qu’il lui fallait rappeler. Parler de classes sociales, d’accès facilité à la culture, permettre l’accès à tous aux séances et de mélanger professionnels et publics est ainsi non seulement une partie de leur ADN mais peut être un peu plus, aussi un souhait pour une société de demain. Continuer la lecture de « Clermont 2019 – Le cinéma comme bien commun ? »

Lumière 2018 – Claire Denis, un cinéma qui a du mordant

Cette année, le Festival Lumière a souhaité mettre en valeur l’œuvre de la réalisatrice française Claire Denis, en partie à l’occasion de la sortie de son nouveau film High Life (en salle le mercredi 7 novembre). Dire qu’il s’agit d’une cinéaste atypique ne serait pas juste, pas plus que dire qu’elle était le quota-films de genre de cette édition – en tout cas, elle refuse cette appellation. Pourtant, difficile de ne pas y penser quand on découvre successivement High Life et son Trouble Every Day… Continuer la lecture de « Lumière 2018 – Claire Denis, un cinéma qui a du mordant »

Un poing c’est court, le festival du court-métrage de Vaulx-en-Velin

Un poing c’est court est un festival de courts-métrages francophone important de la scène régionale. Il fête cette année sa 18e édition, du 19 au 27 janvier 2018 ! 

Comme chaque année, ce sera au cinéma Les Amphis à Vaulx-en-Velin. Sur les 1500 films reçus, seulement 25 seront montrés en sélection officielle, étalés sur 4 programmes.

Pour cette édition, l’équipe vaudaise invitera le réalisateur Michel Ocelot (Kirikou, Azur & Asmar) à échanger avec le public à partir d’une carte blanche qu’il aura lui-même composé. Haïti sera par ailleurs mis en avant dans le cadre d’une soirée spéciale composée de 6 courts-métrages : une occasion de découvrir une cinématographie méconnue – voire même inconnue – du public français.

Seront aussi présentés une sélection de films d’étudiants le mercredi 24 janvier, ainsi qu’une « nuit du court » organisée le 26 janvier au soir.

Cette édition s’achèvera le 27 janvier par la traditionnelle remise des prix.

Pour découvrir le festival et toutes les informations

ACID (1/2) : « Le plus important, c’est que les films doivent être présentés comme dans un écrin au spectateur »

Nous avions pu, lors de leur passage au Comoedia, à Lyon, le 30 septembre dernier, rencontrer l’équipe de Association pour le Cinéma Indépendant et sa Diffusion (ACID). Nous leur avons posé quelques questions pour mieux comprendre leur travail et la vision du cinéma qu’ils défendent tout au long de l’année… et à Cannes !

Bonjour à vous ! Est-ce que vous pourriez d’abord vous présenter ?

Karin Ramette : Bonjour, je m’appelle Karin Ramette, je suis en charge des actions vers le public. C’est une mission assez assez large : c’est à la fois envers les adhérents et spectateurs ACID, qui sont tenus au courant de tous les films qu’on soutient, qui peuvent être programmateur des films dans leurs salles ou qui peuvent en être des relais locaux. C’est l’animation de tout un réseau local. Je m’occupe aussi des actions en direction des jeunes publics : quelques actions avec des collégiens, mais principalement avec des lycéens et des étudiants. Même les étudiants cinéphiles n’ont parfois pas connaissance de ce cinéma indépendant qu’ont défend parce que les films sont peu diffusés. Je m’occupe aussi d’une partie de la communication et des dépliants qui accompagnent les films, J’essaie alors de réfléchir à comment interpeller le spectateur sur les thèmes qu’aborde le film. Continuer la lecture de « ACID (1/2) : « Le plus important, c’est que les films doivent être présentés comme dans un écrin au spectateur » »

Rencontre avec le LYF d’Or 2017 : Marion Filloque (Les Âmes Sœurs) !

Quelques heures avant la révélation du palmarès de la seconde édition du Festival du Film Jeune de Lyon, nous avons pu échanger avec Marion Filloque, lauréate du prix de la meilleure réalisation ainsi que du très convoité LYF d’Or ! Elle était accompagnée à cette occasion du directeur de la photographie du film, Nicolas Fluchot…

Bonjour Marion ! Est-ce que tu peux nous parler de ton parcours ? Continuer la lecture de « Rencontre avec le LYF d’Or 2017 : Marion Filloque (Les Âmes Sœurs) ! »

The Square – Pensées à partir d’un carré

Palme d’or – Festival de Cannes 2017

The Square est une idéologie. Celle d’une artiste qui imaginait un carré, un morceau de place, dans lequel nous serions égaux en droits et en devoirs. C’est aussi celle de Christian, qui dirige ce musée d’art contemporain. The Square est un lieu de vie, les gens y passent, y travaillent, on apprécie l’idée mais veut-on vraiment l’incarner ? Pourquoi tout le monde s’accorde à dire qu’il s’agit d’un discours banal et attendu alors qu’en pratique personne n’est capable de vivre comme dans The Square ?

The Square est le miroir d’une société – de notre société – et de son hypocrisie. Un concept-art tel que cette exposition, qui ne reflète « aucun enjeu d’actualité, aucun sujet polémique ». Bref, invendable. Et pourtant, personne n’en applique les concepts : le film repose sur cette incohérence existentielle entre une vision idéaliste du monde et la pratique du monde par les individus. Christian, lui, qui se fait voler son porte-feuille, va jusqu’à poster des lettres de menaces, pour qu’on lui rende, dans toutes les boites aux lettres d’un immeuble de banlieue. Il le fait lâchement, rapidement, de nuit, sans réfléchir aux conséquences de son acte. C’est purement égoïste, c’est purement pragmatique (on m’a volé, alors je réagis). Loin des idéaux humanistes de l’exposition qu’il est supposé vendre. Les œuvres d’art contemporain dans le film en joue : You Have Nothing en face de plusieurs petits tas de gravier : matérialisation de l’individualisme, de l’absence de rapports entre les êtres. Même si c’est volontairement un peu pompeux (les piles doivent être parfaitement identiques, et lorsque par accident une diminue de taille, les conservateurs du musée rajoutent eux-même du gravier pour que la sacro-sainte vision de l’artiste soit préservée). On s’interroge aussi sur l’éthique de l’art : peut-on promouvoir une exposition comme The Square en montrant l’archétype de l’enfant sans défense explosant sans raison sur une place ?

The Square définit nos relations humaines. Si, à l’intérieur de celui-ci l’honnêteté est déterminante. Il faut ainsi choisir un bouton à l’entrée de l’exposition, entre « Je fais confiance aux autres » et « Je ne fais pas confiance aux autres ». Si vous appuyez sur le premier bouton, on vous demandera de laisser votre téléphone et votre porte feuille sur le sol, dans un carré, et de revenir le chercher plus tard. Le singe, que voit Christian chez l’américaine, Anne, avec laquelle il couche, renvoie à un retour à l’animalité – presque ridicule : elle veut aller jeter le préservatif usagé, il préfère le faire, elle sous-entend qu’il pense qu’elle va s’en servir pour tomber enceinte. Situation ubuesque où l’on ne peut faire confiance à personne, même avec celle avec qui on partage son lit, même si ce n’est qu’une nuit. L’Homme-singe, aussi surréalistes que son apparition dans le dîner pourrait paraître, est une incarnation de nos peurs profondes : celle d’un retour à l’âge de pierre, à l’Homme des cavernes. Confronter cet Homme-singe incontrôlable à la bourgeoisie, aux sphères intellectuelles, c’est révéler aux classes dominantes leur fragilité. Nous ne sommes que des hommes, et avant, nous marchions à quatre pattes. Le malaise d’une société qui tient en équilibre : celle de cette pile de chaises qui grincent, qui revient symboliquement lors de la seconde rencontre entre Christian et Anne ou encore pendant la conférence de presse en réaction à la publicité extrême pour l’exposition.

The Square est notre héritage. Si finalement le film tourne autour du pot, c’est pour appuyer l’importance d’un retour à l’utopie fondatrice de nos sociétés. La dernière partie du film vise justement à montrer que, quasi religieusement, Christian rejoint The Square. Il emmène ses enfants s’excuser avec lui dans l’immeuble où il a posté des lettres de menaces. C’est justement le groupe de pompom girls, dont l’une des filles de Christian fait partie, qui incarne le mieux les valeurs de The Square, le coach essayant de les convaincre de l’importance du travail de groupe, de penser comme un collectif et non plus comme un individu. The Square est un film qui regarde en avant, et qui s’interroge sur le rôle de l’art (car c’est bel et bien l’art qui a changé le personne de Christian). Il s’agit d’une remarquable Palme d’or, méritée, au-delà des qualités évidentes du Grand Prix et pourtant favori 120 battements par minutes de Robin Campillo.

The Square (2017) de Ruben Östlund, avec C. Bang, E. Moss, D. West. Sortie le 18 octobre 2017.