Le Massacre des Morts-Vivants – Déclin des vivants

La figure du zombie est quelque chose de proprement fascinant. Cet humain réanimé d’entre les morts a rapidement envahi mon imaginaire, et ce dès mes 9-10 ans, amenant aussi bien m’attacher qu’à fuir ce monstre. Le premier contact fut le jeu vidéo, Resident Evil, version 2002, où ces corps décharnés s’avançaient vers moi dans les couloirs d’un immense manoir. En décomposition, avec cette démarche étrange et vacillante pleine de maladresse, mais surtout avec ces bruits, ces râles. Cette incarnation de la mort et du devenir de notre corps, où le contrôle et la conscience n’est plus, le seul objectif étant de mutiler et de nourrir l’autre, m’accompagne depuis. Une sorte de passion qui m’a conduit à certainement vers d’autres œuvres, et en l’occurrence le cinéma.

Je suis toujours friand de films de zombies : aussi bien de ceux qui se rapprochent des racines haïtiennes du mythe, comme Vaudou de Jacques Tourneur, que de ceux qui prolongent la direction introduite par Romero avec sa saga des Morts-Vivants. Au milieu de tout ça restent des films d’exploitation européen surfant sur le succès de La Nuit des Morts-Vivants dès 1968, profitant du boulevard offert par Georges Romero qui attendra presque dix ans pour pouvoir en faire un autre. Une production abondante mais peu explorée à titre personnel, en dehors de quelques films de Fulci et quelques nanars de Bruno Mattei. C’est là que j’apprends que Shadowz, plateforme de SVOD axé cinéma « de genre », rajoute à son catalogue Le Massacre des Morts-Vivants de Jorge Grau. Une curiosité hispano-italienne que je voulais voir depuis quelques temps.

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Midsommar – Ari Aster, le faux prophète

Voilà quasiment un an que le dernier d’Ari Aster est sorti. Promu nouvelle coqueluche du cinéma horrifique après l’enchaînement de deux longs-métrages très commentés, beaucoup le voyaient comme celui qui allait redonner de la vie à un cinéma en pleine déconfiture depuis plusieurs années, entre métrages produits à la chaîne et petits trucs indés qui sortaient un peu des sentiers battus sans vraiment s’affirmer. Un cinéma sous perfusion qui vivait encore des « James Wan-eries », l’homme qui venait de faire somnoler le genre au début des années 2000 avec quelques petites réussites, comme Saw, qui ont bien vite montrés leurs limites.

Après Hérédité qui donnait quelques espoirs, nous voilà face à ce fameux Midsommar. Un film que tout oppose à son prédécesseur, passant de la nuit au jour, d’un environnement fermé à un environnement ouvert, d’une maison à la nature… Une attention louable qui allait nous confirmer ou non un réalisateur en devenir. Hélas, au vu du titre de cet article, vous vous doutez bien que la promesse se transforma en doutes puis en déception.

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Recommandations en quarantaine – Shadowz

Voilà, depuis Mardi midi nous sommes confinés chez nous. Les plus casaniers ne seront pas forcément dérangés quand d’autres vont vivre long parcours du combattant. La quarantaine et la peur étant davantage assimilés à un cinéma horrifique voir fantastique, quoi de mieux que pour passer cette épreuve qu’une liste de films « de genre » à voir. C’est l’occasion aussi pour mettre en avant la récente plateforme française « Shadowz », mise en service il y a quelques jours et qui consacre l’intégralité de son catalogue au cinéma « de genre ». Tous les films qui seront mentionnés seront bien sûr accessibles sur la plateforme. Et bien commençons cette liste qui sera composée d’une dizaine de recommandations. Continuer la lecture de « Recommandations en quarantaine – Shadowz »

The Invisible Man – Reflet d’une menace invisible

Leigh Whannell est un nom qui traîne depuis maintenant quelques années dans le cinéma horrifique. Connu à ses débuts comme le scénariste et comparse de James Wan, il a notamment écrit certains de ses films les plus connus : le premier Saw et les deux premiers Insidious non sans au passage scénariser le moins connu Dead Silence. C’est justement sur Insidious, au sein de la société de production BlumHouse, qu’il s’affranchit de son ami pour réaliser son premier film, Insidious : Chapitre 3, très imparfait mais qui recèle quelques scènes assez ingénieuses et assez fortes en termes horrifiques. Un exercice semble-t-il réussit car Jason Blum renouvela sa confiance en lui, le laissant écrire et réaliser le film Upgrade quelques années plus tard, « vigilante movie » régressif sous une toile de SF où un homme se laisse augmenter par une technologie pour trouver les assassins de sa femme, perdant le contrôle de son corps en échange. On y voit un Leigh Whannell bien plus à l’aise qui n’hésite pas à expérimenter des dispositifs de mise en scène notamment dans les séquences d’action et dans la représentation du corps du personnage principal.

Nous voici en ce début d’année 2020 et la sortie du troisième film de Whannell, The Invisible Man, nous dévoilant un cinéma horrifique qui a bien changé depuis le début de sa carrière. BlumHouse règne sans partage sur le cinéma indépendant horrifique américain, derrière une recette au succès qui ne se dément pas (malgré quelques critiques évidentes) jusqu’à obtenir son premier Oscar grâce à Get Out de Jordan Peele. C’est dans ce contexte qu’Universal s’est tourné vers BlumHouse pour donner un nouveau souffle à son répertoire de monstres qui ont fait son succès, et après une chaotique et catastrophique réactualisation de La Momie en 2017 qui a coûté une centaine de millions de dollars. Ici, on est proche des 7 millions, ce qui en fait l’un des films les plus cher de chez BlumHouse. Continuer la lecture de « The Invisible Man – Reflet d’une menace invisible »

Martin – Histoire d’une décomposition romantique

Alors que la fête d’Halloween vient de passer, il revêt quelque chose de particulier de parler d’un cinéaste comme Romero. Puissante figure du cinéma fantastique américain, il est mondialement connu pour avoir réinventé la figure du mort-vivant à la fin des années 60 avec Night of the Living Dead. Il dépassa la figure en lien avec la culture vaudou, magnifiquement mis en scène auparavant par Jacques Tourneur, dans les années 1940, avec I Walked With A Zombie. Transformant l’esclave sans conscience, travaillant dans les champs en une créature venant d’outre-tombe, il avait su insérer le trait si caractéristique du monstre : le cannibalisme. Le plus impressionnant, et involontaire, est que ces nouveaux monstres vont catalyser bons nombres de questionnements sociaux, comme les tensions raciales qui traversaient la société de l’époque. Après cette première réussite de Romero, s’en suivi deux autres volets d’une trilogie représentant une véritable montée en puissance, aussi bien en termes de moyens que d’ambitions et de thématiques. Dawn of the Dead est sorti en 1978 d’abord en Italie, avec une version européenne montée par Dario Argento et mise en musique par Goblin. Romero assuma complètement sa dimension politique et sociale dans Day of The Dead en 1985, résultat d’une production chaotique au budget réduit et au script initial complètement réécrit.

Œuvre majeure pour la figure du zombie, la trilogie de Romero vient de bénéficier d’une ressortie en salle et d’une projection lors du Festival Lumière. Le reste de la filmographie de Romero reste malheureusement méconnu. Il a adapté Stephen King, mis en scène des singes tueurs ou encore des chevaliers à moto. Surtout, il a repensé la vieille figure du vampire : c’est justement le film qui nous intéresse aujourd’hui. Certainement l’un de ces films les plus connus en dehors de ses films de zombie, et sûrement son meilleur film : Martin. Continuer la lecture de « Martin – Histoire d’une décomposition romantique »

Zombillenium – Ni plus, ni moins que des zombies

Si c’est drôle, alors ça va. C’est généreux, amusant, bref, en un mot divertissant. Dire que c’est excellent serait sans doute déjà trop en dire. Zombillenium, adapté de la BD éponyme, a de nombreux mérites qu’on s’efforcera de vous lister ici rapidement. D’abord, à en croire les réactions dans la salle, c’est fidèle à l’oeuvre originale (même réalisateur, donc pas une énorme surprise). C’est assez fin dans la mesure où les pics touchent juste. On rit beaucoup, on en sort satisfait. Cette satisfaction d’avoir vu un bon film.

Au-delà de cela, l’intérêt de Zombillenium, c’est la forme. Le film aura pris 6 ans à être produit, ce qui est énorme quand on y réfléchit. C’était si difficile que le réalisateur-auteur avoue qu’il n’aurait pas eu le temps d’écrire de nouveaux volumes à sa BD, trop pris par la production. Mais dans ce cas là, quel sens à donner à cet investissement ? Quel est l’apport fondamental d’avoir consacré tout ce temps, toute cette sueur pour un long-métrage de 1h30, si ce n’est pour qu’il ne reste qu’une parenthèse ? Sans doute le film profitera de sa base de fans pour subsister, trop heureux de découvrir une histoire inédite.

Zombillenium, c’est un peu un concentré pop, pulp, urbain. C’est frais et c’est bien fait. En plus, c’est français. Bref, difficile de ne pas vous le recommander chaudement, que vous connaissiez ou non l’oeuvre de base. Une manière de soutenir un cinéma d’animation qui, en France, possède de nombreux mérites et dont le développement s’avère particulièrement intéressant depuis quelques années – grâce à des films tels que Ma Vie de Courgette, Ernest & Celestine, Tout en haut du monde

Zombillenium (2017) de Arthur de Pins et Alexis Ducord, avec E. Curtil, K. Marot, A. Tomassian. Sortie le 18 octobre 2017.