Cannes 2019 | La Belle Époque – Une ode à l’humain et aux histoires

Accusé par certains d’être un film « c’était mieux avant », par d’autres d’être un fantasme phallocrate de Nicolas Bedos, son réalisateur, La Belle Epoque est, au contraire, un des plus grands films français de l’année 2019, et en tous cas de ce 72e Festival de Cannes.

Dans une époque où la tendance est à dire que le passé ne doit pas peser sur l’avenir, Bedos signe ici un film hors du temps, qui pourrait faire partie de la série Black Mirror : Victor, sexagénaire fatigué par la vie, et de manière générale par la modernité, se voit proposé de vivre une expérience en retournant dans le temps à l’époque qu’il souhaite. Choisissant l’année 1974, date à laquelle il rencontra pour la première fois son épouse, Victor choisit ainsi de revivre sa première rencontre, afin de comprendre pourquoi celle dont il était fou amoureux alors ne l’aime plus aujourd’hui. Continuer la lecture de « Cannes 2019 | La Belle Époque – Une ode à l’humain et aux histoires »

[Annecy 2017] La conscience politique de l’animation européenne ?

Le hasard fait parfois bizarrement les choses. Deux films hors-compétition que nous avons pu découvrir le 13 juin dernier se sont fait un écho inattendu. Deux films européens, racontant des histoires vraies, et utilisant un mélange d’animation et de prises de vues réelles. C’est, en fait, les points communs principaux au premier abord entre le film-documentaire de l’allemande Katrin Rothe et la coproduction entre la Norvège, la Pologne et la Lituanie réalisée par Anne Magnussen et Pawel Debski. Il existe ainsi dans les deux films un propos éminemment politique, ce qui dans l’Europe d’aujourd’hui ne tombe pas dans l’oreille d’un sourd. Nous ne pouvions que revenir sur ces films, ensemble, pour essayer d’en comprendre les enjeux et les messages.

1917, The Real October (All, de Katrin ROTHE)

1917, The Real October est un film allemand, réalisée par la documentariste Katrin ROTHE. La particularité de son style est l’utilisation de marionnettes et de découpages pour retranscrire ici la Russie de 1917. On ne peut pas nier l’intérêt de sa démarche : essayer de reconstituer, dans une logique purement historiographique, les événements étant survenus entre février 1917 et octobre 1917 à travers les œuvres, les journaux, les mémoires des artistes de l’époque. L’intérêt réside dans la différence des lectures que chacun fait de ceux-ci : qu’ils soient des témoins lucides ou acteurs déçus, tous verront bien entendu leur vie bouleversée.

Dès lors, on peut s’intéresser au choix de l’animation : pourquoi ne pas avoir privilégié les images d’archive ? La réponse peut sembler surprenante, mais c’est en fait une mise en abîme intéressante : l’artiste est acteur de son époque, de son environnement social et politique. Comme ces artistes russe ont été actifs à différents degrés pendant la révolution de 1917, Katrin Rothe l’est aussi un siècle plus tard, en utilisant un procédé artistique. On sait l’influence qu’on eut les différentes révolutions européennes (la révolution française et la révolution russe notamment) sur les idéologies politiques actuelles, mais on oublie qu’elles ont engendré des contre-réactions défavorables aux artistes. Comme le film le dit lui-même, la révolution de février 1917 a apporté la liberté d’association, d’expression… avant de les supprimer parce que défavorable à la logique révolutionnaire. La force de notre époque, c’est justement notre liberté concrète et fiable de pouvoir s’exprimer, de pouvoir critiquer. Ce qui est d’ailleurs le rôle de l’artiste. L’animation permet ainsi à Katrin Rothe de montrer, au-delà des personnages principaux, les silhouettes sombres des révolutionnaires et des squelettes formant les décors, vides, de plus en plus froids, sombre. L’utilisation des prises de vues permet aussi de mettre en perspective ce qui est raconté : c’est un travail de recherche, de reconstitution narrative qui a conduit au film. Cela donne au travail d’historien du film un côté beaucoup plus intuitif qu’une thèse abstraite et conceptuelle.

The Man who knew 75 languages (Norv./Pol., de Anne MAGNUSSEN, Pawel DEBSKI)

La coproduction norvégienne/polonaise/lituanienne (oui, c’était possible!), The Man who knew 75 languages, est une œuvre aussi fascinante. Mélangeant prises de vues réelles et animation, le film raconte l’histoire vraie de Georg Sauerwein. Né allemand durant la première moitié du 19e siècle, il passera sa vie à se battre pour la protection des patrimoines culturels et linguistiques dans toutes les régions d’Europe. Doté d’une capacité d’apprentissage des langues hors norme, il sera notamment le tuteur de celle qui deviendra la première reine de Roumanie et avec qui l’histoire d’amour constituera le fil rouge tenant le récit. L’intérêt du film étant bien entendu ailleurs, dans son discours politique, du droit à l’identité, aux racines, qui trouve un écho de nos jours. L’Europe de cette période est déchirée par les guerres permanentes qui vont conduire à la formation de nouveaux États et des frontières contemporaines.

Les prises de vues réelles renforce cet aspect : les châteaux, les plaines, ce n’est pas une reconstitution avec des dessins, ce sont de vrais lieux, de vrais personnages : ce sont des faits, palpables. Seul regret, le fait que le film ne dure qu’une heure, donnant un côté anecdotique à certaines scènes – comme l’écriteau au début qui précise qu’il fut le premier à réaliser un dictionnaire anglais/turc. La vie de cet homme mériterait une œuvre encore plus ambitieuse. Sa biographie, que le film adapte en partie, n’est malheureusement disponible ni en français, ni en anglais…

Si la probabilité de pouvoir voir ces deux films dans les salles françaises est faible, il nous semblait intéressant de mettre en avant ces projets à la fois si différents au premier abord, mais très proche en réalité, en vous encourageant vivement à vous intéresser aux sujets portés par ces films.

[Cannes 2017] How to Talk to Girls at Parties de John Cameron Mitchell

Hors-compétition

Si le nom de John Cameron Mitchell ne vous dit rien, c’est que vous n’avez vu ni Hedwig and the Angry Inch, sorti en 2001 dans lequel le réalisateur lui-même jouait le rôle d’un rockeur trans-sexuel ou le très sulfureux Shortbus, présenté à Cannes en 2006, très remarqué à cause de ses scènes de sexe non simulées. Et il nous semblait important de vous en rappeler l’existence pour aborder son nouveau film, présenté en hors-compétition à Cannes : How To Talks to Girls at Parties, réunissant notamment Elle Fanning (SomewhereThe Neon Demon,…) et Nicole Kidman (faut-il la présenter?), et dans lequel il continue son étude quasi-anthropologique de la sexualité.

L’enjeu du film était en effet (comme dans ses autres films) de parler directement à la jeunesse – de manière moins polémique ici – en opposant dans l’Angleterre des années 1970 les mouvements punk et… des extraterrestres. Enn (Alex Sharp) n’est qu’un adolescent à tendance punk ordinaire de son époque, écoutant Sex Pistols, qui découvre une nuit avec des amis une maison remplie d’êtres mystérieux. Parmi eux, la jeune Zan (Elle Fanning) décide de fuir avec lui. Les personnages de Zan et de Enn sont d’ailleurs construits, malgré les apparences, de la même manière : ils refusent l’autorité venant d’une personne leur étant supérieure. Autrement dit, ils cherchent à s’émanciper de cette cellule « parentale » (le personnage de Zan n’ayant pas véritablement de parents à proprement parler) et cela passe par une histoire d’amour entre eux. De la même manière, toute une découverte de la sexualité est associée aux extraterrestres et aux punks. Les premiers traumatisent d’ailleurs l’un des personnages principaux en lui faisant découvrir le plaisir rectal et on peut voir Elle Fanning embrasser une autre fille durant une scène de concert punk.

La musique punk est d’ailleurs aussi caractéristique d’une recherche esthétique de cette émancipation : la baisse de la fréquence d’images dans la scène introductive revient à parler de cette jeunesse qui se croit tout permis, comme de jeter des détritus sur un mur avec inscrit de ne « rien jeter ici ». On soulignera aussi la qualité du travail de la célèbre costumière Sandy Powell (ayant travaillé pour Scorsese notamment), qui propose des tenues d’extraterrestres colorées et farfelues remarquablement applaudies dans le Grand Théâtre Lumière de Cannes. Un film que l’on ne peut que vous conseiller fortement, malgré une fin en demi-teinte (qu’on ne spoilera pas ici). Oh, et Nicole Kidman en chanteuse punk, même si c’est aberrant, ça a le mérite de rester quelque chose de saisissant.

NB : le film n’est pas au format 4/3 comme la bande annonce le suggère.

Le film n’a pas encore de date de sortie en France.

[Cannes 2017] Vivre le Festival de Cannes… depuis Lyon !

Comme il est de coutume de dire à quel point le festival semble éloigné des simples cinéphiles, Cannes se délocalise désormais durant le mois de juin dans notre douce ville, loin du brouhaha et des tracas propres à un événement d’une telle ampleur. En résumé, Cannes se délocalise. Le Comoedia d’abord, propose une sélection du 7 au 13 juin 2017, suivi du 14 au 20 juin au cinéma Lumière Terreaux (ex-CNP Terreaux).

 

Comœdia

Quelques mots sur la sélection du Comœdia qui s’offre de belles projections issues de plusieurs sélections : à la fois trois films de la compétition officielle (incluant le prix du jury Faute d’Amour du russe Zvyagintsev, le nouveau film d’Hazanavicius consacré au Godard de 1968, Le Redoutable), mais aussi le nouveau film de Laurent Cantet (Palme d’Or 2008 pour Entre les murs, avec L’Atelier tiré de la sélection Un Certain Regard). Seront aussi présentés entre autres le documentaire d’Agnès Varda et JR Visages, Villages (Hors compétition), le nouveau film de Claire Denis, Un beau soleil d’intérieur, avec Juliette Binoche (Quinzaine des réalisateurs, Prix SACD).

Première vague – Comœdia – 7 au 13 juin

 

Cinémas Lumière

C’est à domicile que viendra présenter le délégué général du Festival de Cannes Thierry Frémaux plusieurs films tirés de la sélection officielle. Il présentera ainsi le nouveau film de Mathieu Amalric, ayant fait l’ouverture du Certain Regard (Barbara), ayant reçu un prix à la formulation unique qu’est « prix de la poésie du cinéma » et présentera aussi Mise à mort du cerf sacré, ayant reçu le prix du scénario. On ne peut que vous conseiller le magnifique Vers la Lumière de Naomi Kawase et de découvrir par vous même le dernier Michael Haneke, Happy End. Sera aussi présenté le film ayant reçu la Caméra d’or : Jeune femme, de Léonor Serraille.

Festival de Cannes aux Cinémas Lumière – 14 au 20 juin