Zombi Child – Le lien entre les petites bourgeoises et les zombis haïtien

Les dernières réalisations de Bertrand Bonello font partie de ce qui est arrivé de mieux au cinéma français depuis quelques années. Citons pour preuve Saint Laurent en 2014 et Nocturama en 2016. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, il serait facile de reconnaître comme un « petit » film de transition Zombi Child : petit budget, tournage rapide, Bonello explique lui-même le rôle respiratoire du projet, après des œuvres très ambitieuses. Il ne faut malgré tout pas sous-estimer l’intérêt de Zombi Child qui non seulement fait écho à de nombreux aspects de ses derniers films (à la fois thématique, mais aussi en terme de structure), et invite à la réflexion sur un sujet capital : l’appropriation culturelle. Continuer la lecture de « Zombi Child – Le lien entre les petites bourgeoises et les zombis haïtien »

Synonymes – Mise à nu poétique dans un Paris grisâtre

Nadav Lapid n’est pas un jeune réalisateur, même si Synonymes n’est que son troisième film – et celui-ci prend des accents très autobiographiques puisqu’il s’inspire de sa propre arrivée à Paris, au début des années 2000, fuyant son pays d’origine – Israël – pour un ensemble de raisons qu’on trouve exaltées dans un film de 2h03 absolument dantesque.

Synonymes pourrait donc être compris comme un film très personnel, aux accents poétiques marqués – le verbe est très étudié, et le texte est magnifié par un groupe d’acteurs inspirés (Tom Holland, Louise Chevillotte et Quentin Dolmaire – qu’on ne voit pas assez depuis le chef d’œuvre de Desplechin Trois Souvenirs de ma Jeunesse). C’est véritablement un ressenti que cherche à transmettre Lapid : celui d’un jeune homme perdu, seul, dénudé (culturellement, linguistiquement… et littéralement au début du film), confronté à l’immensité d’une ville : Paris, un Paris aux teintes grisâtres et froides, un Paris aux trous dans le plafond. Pour s’intégrer, plus qu’une langue c’est aussi une démarche qu’apprend le personnage de Yoav : marcher vite, regarder ses pieds. Son grand manteau orange vif le fait ressortir dans le grisâtre parisien – comme un symbole iconique de son impossible intégration. Continuer la lecture de « Synonymes – Mise à nu poétique dans un Paris grisâtre »

L’Atelier – Comment sauver la jeunesse de la colère

Laurent Cantet, c’est un peu le cinéaste d’un film. C’est triste à dire mais c’est vrai : sa consécration avec la Palme d’Or d’Entre les murs en 2008 était un cadeau empoisonné. D’un film sociologique, son cinéma est devenu irrigué de thèmes tels que l’intégration, la jeunesse, son ressenti sur le monde. C’est d’autant plus flagrant dans son nouveau film, L’Atelier, qui malgré ses réussites, peine à faire oublier sa troublante ressemblance par moments.

L’élément le plus flagrant est au cœur même du film et lui donne même son nom. L’Atelier, c’est un atelier d’écriture, un stage pour des jeunes en rupture avec le système éducatif traditionnel et qui n’arrivent pas à trouver du travail. L’atelier est donc une chance d’accomplir quelque chose de marquant (écrire un livre ensemble) alors qu’un des personnage confie qu’il n’aurait jamais pensé publier un roman un jour. Cet atelier fonctionne comme une salle de classe : les jeunes échangent entre eux, leur regard de la société, face à un médiateur, le professeur, ici une romancière (Marina Foïs), ancré dans un tout autre milieu social.

 

L’environnement a ici une place beaucoup plus riche quand dans Entre les murs. En effet, le film se déroule à La Ciotta, ancienne ville industrielle ayant connu des fermetures de chantier massives et subie désormais un chômage très important, notamment chez les jeunes. L’écriture devient ici une échappatoire (« faire de ton quotidien une aventure »), et ses vertus sont longuement abordées dans le film. Et quel quotidien ? Celui de docks en ruine. Comment se construire dans cet environnement ? Difficilement : l’atelier l’illustre. L’image qu’ont ces jeunes de leur propre ville s’avère intéressante, avec cette tension entre nostalgie (il y avait du travail avant, et on en était fier, comme en témoigne ce grand-père) et un pessimisme haineux (se retrouvant concentré dans le personnage de Matthieu Lucci, véritable découverte du film).

Ce pessimisme est le principal sujet du film. Il s’agit d’interroger la radicalisation des comportements d’un individu. Elle passerait ainsi par le désespoir d’une jeunesse désillusionnée, ne trouvant un répit que dans les extrêmes. Ici, le personnage de Matthieu Lucci cultive sa propre colère et fini par être transformé par cet atelier. Le fait d’extérioriser celle-ci (dans un style que Virginie Despentes n’aurait pas renier). Transformé au point de changer ? Non, au point de préférer changer d’air, de lieu, peut être de vie. Sorte d’ouverture sur le monde, la mer illustrant le trouble des personnages, elle est aussi l’échappatoire (il part en bateau). Quand au personnage de Marina Foïs, elle rappelle la figure œdipienne : rien de sexuel là dedans, mais tout de même, il y a un désir indéniable qui parsème le film.

Si L’Atelier n’est pas le chef d’œuvre de Laurent Cantet, ce n’est pas non plus un échec. Il s’agit peut-être simplement d’un amer goût de déjà vu qui s’empare du spectateur connaisseur. Un néophyte trouvera ici une bonne porte d’accès vers son cinéma.

L’Atelier (2017) de Laurent Cantet, avec M. Foïs, M. Lucci. Sortie le 11 octobre 2017.

Un départ réussi pour le deuxième Festival du Film Jeune de Lyon !

C’était avec une certaine émotion que l’équipe du Festival du Film Jeune de Lyon s’est réunie mercredi soir dans l’amphithéâtre Malraux de l’Université Lyon 3 pour l’ouverture de sa 2e édition.

Ce fut l’occasion pour les partenaires du festival de s’exprimer sur l’importance de défendre le cinéma jeune et ce format si précieux qu’est le court-métrage. Matéo Balestriero, réalisateur de Game of Tongs : the Last Fight, primé l’année passée, est venu avec sa bonne humeur et son énergie animer une soirée forte en émotions. Le président de l’association LYF, organisant le festival, a d’ailleurs rappelé l’histoire de celui-ci: initialement le projet d’une bande de potes… qui commence à prendre de l’ampleur !

Julia Chapot, aussi lauréate de la première édition pour son Video Killed the Radio Star, est ainsi venue présenter émue, en avant-première, son dernier court-métrage, Da Lost Boyz. Sorte de relecture punk de Peter Pan qui n’a pas manqué de réveiller l’auditoire, qui a très justement rendu hommage, dans une salve d’applaudissements, au travail exceptionnel fourni par l’équipe du film (présente dans la salle). Il sera d’ailleurs projeté le 23 septembre à 11h30 au Zola, et nous pouvons vous assurer que le succès y sera au rendez-vous !

Après une heure et demi aussi énergétique, force est de constaté que cette nouvelle édition, particulièrement prometteuse, commence sous de bons auspices. Rendez-vous le 20 septembre pour découvrir les premiers films en compétition du festival. N’oubliez pas que la clôture aura lieu le 30 septembre à 10h30, au Comoedia : elle sera gratuite, et suivie de la projection des films lauréats. Ce serait bête de rater ça !

Site officiel du Festival du Film Jeune de Lyon
Lien vers l’événement Facebook du Festival du Film Jeune

Lien vers l’événement Facebook de la conférence suivie de la projection « Pasolini »