Martin – Histoire d’une décomposition romantique

Alors que la fête d’Halloween vient de passer, il revêt quelque chose de particulier de parler d’un cinéaste comme Romero. Puissante figure du cinéma fantastique américain, il est mondialement connu pour avoir réinventé la figure du mort-vivant à la fin des années 60 avec Night of the Living Dead. Il dépassa la figure en lien avec la culture vaudou, magnifiquement mis en scène auparavant par Jacques Tourneur, dans les années 1940, avec I Walked With A Zombie. Transformant l’esclave sans conscience, travaillant dans les champs en une créature venant d’outre-tombe, il avait su insérer le trait si caractéristique du monstre : le cannibalisme. Le plus impressionnant, et involontaire, est que ces nouveaux monstres vont catalyser bons nombres de questionnements sociaux, comme les tensions raciales qui traversaient la société de l’époque. Après cette première réussite de Romero, s’en suivi deux autres volets d’une trilogie représentant une véritable montée en puissance, aussi bien en termes de moyens que d’ambitions et de thématiques. Dawn of the Dead est sorti en 1978 d’abord en Italie, avec une version européenne montée par Dario Argento et mise en musique par Goblin. Romero assuma complètement sa dimension politique et sociale dans Day of The Dead en 1985, résultat d’une production chaotique au budget réduit et au script initial complètement réécrit.

Œuvre majeure pour la figure du zombie, la trilogie de Romero vient de bénéficier d’une ressortie en salle et d’une projection lors du Festival Lumière. Le reste de la filmographie de Romero reste malheureusement méconnu. Il a adapté Stephen King, mis en scène des singes tueurs ou encore des chevaliers à moto. Surtout, il a repensé la vieille figure du vampire : c’est justement le film qui nous intéresse aujourd’hui. Certainement l’un de ces films les plus connus en dehors de ses films de zombie, et sûrement son meilleur film : Martin. Continuer la lecture de « Martin – Histoire d’une décomposition romantique »

[Cannes 2017] Le Jour d’Après de Hong Sang-soo

Compétition officielle

On connaît le style Hong Sang-soo, on connaît ses mimiques de réalisation, ses acteurs fétiches… Pourtant, malgré cette répétition de motifs, il continue sur sa voie, à un rythme affolant d’un film présenté en compétition à Berlin en mars 2017 (On the beach at night alone, prix d’interprétation féminin pour Kim Min-hee) puis deux films en mai 2017 à Cannes, dont un en compétition : Le Jour d’Après.

Originalité : le noir et blanc, une première pour le cinéaste. Et on aura rarement vu une aussi belle absence de couleurs, des blancs aussi propres et des teintes de gris aussi étudiées. La beauté de la photographie est là pour soulignée la confusion, la mort du sentiment, amoureux notamment – élément récurent chez le cinéaste. Cette fois, un éditeur (Hae-hyo Kwon) trompe sa femme avec son employée. Cette dernière lui avoue qu’elle l’aime. Il la remplace par une autre (Kim Min-hee), mais les quiproquos avec sa femme jalouse s’accumulent. Derrière les larmes relevant du pathos, se cache une véritable sensibilité sur le monde qui l’entoure, sur les hommes et les femmes qui se croisent, s’aiment, se déchirent. Le désespoir déchirant côtoie dans le film des moments parfois drôles, toujours touchants. C’est souvent au cours de repas que l’intrigue avance : comme dans la vie, c’est au moment où l’on se remplit la pense qu’on se retrouve tous ensemble. Le reste ne fait qu’habiller une logique inéluctable : l’homme était bel et bien une pourriture – pas totale, parce qu’hésitant, doutant, prenant conscience de ses mauvais choix – mais quand même une pourriture, trompant et mentant à longueur de journée, s’enfonçant dans ses mensonges…

On ne peut pas nier que le grand nombre de films que Hong Sang-soo réalise conduit à des redites, surtout étant donné le style prononcé qui caractérise sa mise en scène. Pourtant, Le Jour d’Après est caractéristique de son œuvre post-Un Jour Avec, Un Jour Sans (2015, Léopard d’Or à Locarno) : un aboutissement dans sa logique personnelle, qui continue à nous toucher, film après film, comme autant de vies que le cinéma nous permet de découvrir le temps d’une projection (et courte, comme l’exige son cinéma de l’instant fondé sur des films de rarement plus d’une heure et demie). La présence de La Caméra de Claire en séance spéciale, tourné lors du Festival de Cannes en 2016 avec Kim Min-hee et Isabelle Huppert, le prouve aussi : la finesse du propos contenu dans un film d’une heure et quelques minutes seulement atteste de la maîtrise par Hong Sang-soo du langage qu’il se sera lui-même inventé.

Le film sortira en France le 7 juin 2017.