Lumière 2020 | Le festival a bien eu lieu

Les conditions particulières dans lesquelles il se déroulait aurait pu nous faire craindre le pire. Ou plutôt, il serait mentir que dire qu’on a jamais pensé, pas une fois, qu’il pourrait être annulé. Malgré la démultiplication des rouges – du rose à l’écarlate – sur les cartes épidémiques, le festival a bien eu lieu. Un festival au goût particulier, puisque teinté de rouge, lui aussi, celui du tapis : Cannes, plus que jamais, n’a été guère loin de Lyon.

L’occasion tout d’abord de redécouvrir le cinéma des frères Dardenne – le parallèle malicieux avec les frères Lumière ne fait pas oublier qu’ils sont aussi parmi les réalisateurs les plus primés de l’histoire du Festival de Cannes, avec entre autres deux Palmes d’or, un Grand Prix, un Prix de la mise en scène, et un Prix du Scénario. Ce n’est toutefois que justice, tant leur cinéma – parfois réduit à « social » – est en fait un cinéma d’écriture. Toujours avec habilité, il tente de dresser des portraits, souvent difficiles, brutaux, au plus près de ses acteurs, de jeunes gens, de couples, de familles. Il le fait magnifiquement, toujours autour d’images fortes, et on peut penser à L’Enfant, revu durant le festival, dans lequel tout le projet semble se résumer à un instant : celui où Jérémie Rennier se retrouve face à un mur, à attendre que quelque chose se passe.

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Josep – L’Histoire animée

Josep, sorti en septembre dernier, est le premier film du réalisateur Aurel. La spécificité de ce long-métrage ? Il s’agit d’un film d’animation dont l’essence même est historique tandis que ses nationalités sont multiples – à savoir française, espagnole et belge – homogénéité que l’on retrouve dans les doublures des personnages qui sont aussi bien françaises qu’espagnoles, dualité du langage péremptoire.

Le synopsis de ce dessin animé aurait pu être simple : un grand-père – Serge – sur le point de mourir narre son histoire de gendarme durant l’année 1939 à son petit-fils. Mais la singularité apparait dès les premières minutes du long-métrage. En effet, 1939 ne correspond pas seulement au début de la Seconde Guerre mondiale, mais aussi, et surtout, au mois de février qui est frappé par l’exil d’espagnols Républicains vers la France, souhaitant ainsi fuir la dictature franquiste annexant le pays. Serge, ce gendarme français, victime de sa situation, ne doit pas seulement observer cette situation dramatique, mais il devient aussi contre son gré acteur de cette infamie. Parmi tous ces « rouges », le regard accablé de Serge se fixe sur des mains dansantes, créant à même le sol des représentations de visages. Josep, Républicain, mais surtout dessinateur de talent, retrouvé emprisonné loin de sa fiancée.

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FFJL 2020 | Retour sur le second week-end de compétition

Le Festival du Film Jeune de Lyon continue : après un premier week-end chargé et quelques séances hors-compétition en semaine, ce second week-end a été placé sous le signe de la nouveauté, de la diversité, et nous a permis de découvrir la suite (et fin) de la sélection en compétition fiction. Petit panorama.

Samedi 26 septembre : Une journée éclectique à la programmation diversifiée

Ce samedi 26 s’est ouvert comme le week-end précédent par une passionnante table-ronde dédiée cette fois-ci à la production cinématographique. Un partage d’expérience précieux en présence de producteurs français et de la déléguée générale du Festival de Valence, spécialisé notamment dans l’écriture cinématographique. L’occasion de rappeler l’importance de l’accompagnement des artistes dans leurs démarches, chacun à leurs postes, dans la spécificité de leurs besoins. Comme les intervenants l’ont martelé, chaque métier sur un projet nécessite préparation, formation, et un soutien spécifique – aux écoles, aux professionnels, ainsi qu’aux pouvoirs publics de s’en emparer. Cette idée a principalement été développée au sujet du poste de scénariste, trop souvent confondu selon les intervenants avec celui de réalisateur.

Ces échanges ont trouvé un écho intéressant avec le concours de scénario organisé le même jour. Celui-ci permettait à neuf scénaristes de venir speecher leurs projets devant un public. Le jury présent dans la salle en a profité pour remettre le soir-même son Premier prix au projet Finale, de Rodolphe Populus, et un prix Coup de cœur au très beau Le Chant des Lucioles de Lou-Anna Reix. Des scénarios qu’on espère vite découvrir mis en images.

Enfin, une invitation à German Films, structure dédiée à la promotion du cinéma allemand à l’international, a été l’occasion de non seulement redécouvrir le très beau How my grand mother became a chair (réalisé par Nicolas Fattouh, coproduction Liban-Allemagne, aussi présenté en compétition animation), mais aussi des courts-métrages inédits en France.

Dimanche 27 septembre : Une dernière journée de compétition

Avant de découvrir les trois derniers programmes de la compétition fiction, une troisième rencontre professionnelle nous a permis de découvrir le dynamisme enthousiasmant des professionnels de l’image et de l’audiovisuel en région Auvergne-Rhône-Alpes. L’occasion aussi de mieux comprendre ce que les structures en place cherchent à monter pour se coordonner et agir sur la scène nationale et internationale, et de s’interroger sur les frontières minces entre les professions – et la place centrale des nouvelles écritures et du jeu vidéo, par exemple, dans les métiers de l’image contemporains.

Citons enfin quelques films qui nous marqués ce week-end :

Dangerville (réalisation : Martin Raffier) – fiction

Une soirée qui tourne mal quand deux jeunes se retrouvent mêlés à un règlement de compte après avoir absorbé des stupéfiants. Un voyage extraordinaire dans la nuit parisienne qui évoque le Enter the Void de Gaspar Noé, mais qui arrive subtilement à dépasser sa référence avec son humour rafraîchissant et son côté décalé. Un coup de cœur brutal, au final totalement enchanté et inattendu…

Emma Forever (réalisation : Léo Fontaine) – fiction

Rafraîchissant aussi, le film de Léo Fontaine nous balade le temps d’une soirée avec trois potes qui veulent rejoindre la soirée où se trouve Emma, la jolie fille du collège. De manière touchante, c’est tout ce qui compose l’adolescence que parvient à saisir le film, tout en étant, aussi un grand film sur un groupe de copains.

Le Vidéoclip (réalisation : Camille Poirier) – fiction

Parce qu’elle veut suivre son frère partout, Clara accepte de jouer dans un vidéoclip. Seulement, même si elle n’a que 13 ans, on lui demande de s’habiller et de se comporter comme dans un clip de Nicki Minaj. La québécoise Camille Poirier réalise avec beaucoup d’intelligence un film sur l’hypersexualisation d’une jeune adolescente, en proie au regard des hommes sur elle.

FFJL 2020 | Retour sur le premier week-end de projections

Le vendredi 18 septembre 2020 s’ouvrait la 5e édition du Festival du Film Jeune de Lyon. Petit récap’ de quelques temps forts.

Vendredi 18 septembre : les réalisatrices mises à l’honneur

Pour la projection d’ouverture, les présidentes des jurys animation, fiction et documentaire ont vu leur film diffusé sur la péniche Fargo, quai Gailleton. Une occasion de découvrir Clean with me (after dark) de Gabrielle Stemmer, également présente lors de la rencontre professionnelle autour du documentaire le lendemain matin.

Clean with me (after dark) se déroule sur l’écran d’un ordinateur. Une session s’ouvre, et nous voici plongés dans l’univers Youtube et ses nombreuses vidéos d’ « influenceuses » ménage.. Des rires résonnent dans la salle, au regard de ces femmes qui se canalisent par le nettoyage d’un plan de travail, de leur salon, ou d’un évier. Puis, aux rires succèdent une ambiance de gêne, lorsque la réalisatrice trace les liens entre ces pratiques et le fait que ces femmes sont sujettes à la dépression, à l’anxiété, au surmenage. Le film met en exergue leurs nombreux liens : femmes de militaires, isolées géographiquement, mères au foyer. Clean with me dresse de façon poignante le portrait de femmes oubliées pour qui le ménage fait office de thérapie.

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FFJL 2020 | Ouverture ce vendredi !

Le coup d’envoi de cette cinquième édition du Festival du Film Jeune de Lyon aura lieu à la Péniche Fargo (bas du quai Gailleton, au pied du Pont de l’Université, Lyon 2e arrdt.). L’occasion, dès 19h, de découvrir les trois films des présidentes des jurys de cette année : Massacre de Maïté Sonnet, L’Heure de l’Ours de Agnès Patron, et Clean with me (after dark) de Gabrielle Stemmer.

La projection sera suivie à 20h30 d’un cocktail et d’une brève présentation par la présidente de l’association LYF Lucie Boudin, par le directeur général du Festival Alexandre Léaud et de nos partenaires.

Séance gratuite, Réservation obligatoire sur notre site

The Nightingale – Le Chant de la vengeance

Après The Babadook, fable horrifique passée par Sundance, Jennifer Kent revient avec The Nightingale. Une œuvre autant teintée par l’horreur, mais qui présente une cruauté ancrée dans un réel si abrupte qu’elle peut rendre son visionnage très pénible. The Nightingale révolte, blesse, donne la nausée, mais son traitement vaut tous ces tourments, jusqu’au lever du soleil à la couleur chaude comme celle de l’espoir. Retour sur le deuxième long-métrage de la réalisatrice australienne, prix Jury du Festival Hallucinations Collectives.

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Never Rarely Sometimes Always – L’impossible proximité des êtres

Dans une petite ville de Pennsylvanie, Autumn, 17 ans, tombe enceinte. Seule moyen pour elle d’avorter discrètement, elle décide de se rendre à New York. La britannique Eliza Hittman, pour son premier film outre-atlantique, a véritablement créé l’événement. Never Rarely Sometimes Always parvient à lier une approche quasi-documentaire à un récit personnel, spécifique, d’englober des considérations très culturelles – très américaines, à des questionnements qui peuvent faire sens n’importe où dans le monde. Quasi-documentaire d’abord, dans sa manière de décrire la procédure de l’avortement. Tout un système administratif est ici dépeint, anonymisé mais humain – parce qu’on lui pose un visage, une voix. Très culturel en fait, quand il aborde la question du financement d’un tel système, ou quand plus prosaïquement le film installe son décor – New York, qui apparaît de manière sporadique mais évidente tout au long du film.

C’est dans sa mise en scène qu’Eliza Hittman parvient à transmettre ce que ces deux jeunes filles traversent. La violence de ce qu’elles subissent parfois sans broncher est comme souligné par la construction du film, son montage. On pense par exemple à leur rencontre dans le bus avec un jeune garçon, qui apparaît soudainement dans un gros plan par une petite tape sur l’épaule, avant d’être après quelques minutes réellement introduit dans un plan large, avec les deux jeunes filles.

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Lil Buck Real Swan – Danseur, de Memphis à la Californie

Des ghettos de Memphis aux auditoriums les plus prestigieux : c’est ainsi que peut être résumé le parcours atypique de Lil Buck, impressionnante success story mêlant talent, hasards de la vie, et une volonté qui en impose. Lil Buck Real Swan retrace aussi l’histoire d’un quartier, celui dont vient le jeune danseur afro-américain, où la précarité se mêle à la violence des gangs. La danse, le jookin, a alors été pour toute la génération à laquelle il appartient un moyen d’exprimer leurs sentiments, la violence, et se réapproprier les espaces : la rue, les parkings, seront leur terrain de jeu. Un moyen de s’en sortir, pour ceux que la caméra de Louis Wallecan prend le temps de suivre.

Il prend le temps, justement, de contextualiser l’apparition du jookin et de la culture à laquelle cette danse se rattache. C’est sûrement ce que le film parvient à faire avec le plus de souplesse, en permettant de saisir l’esprit d’une époque qui s’achève sous nos yeux avec la fermeture Crystal Palace, le club où a commencé Lil Buck. Captivant alors d’entendre un jeune jooker expliquer l’émergence de cette danse quand on sait que c’est dans la même ville que tout un pan de la musique américaine a émergé à une autre époque – celle d’Elvis Presley, celle des années 1950. D’une certaine manière, la réussite du documentaire est qu’il arrive à s’ouvrir en dessinant le portrait d’une époque révolue et de conclure en faisant celui de la nouvelle génération. L’idée de transmettre étant, d’ailleurs, centrale dans les discours des personnages – sa professeur à Lil Buck, Lil Buck en tant que professeur lui-même, la réflexion de Spike Jonze sur ce qu’est l’art…

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Été 85 – Peut-on vraiment échapper à son histoire ?

François Ozon, pour son nouveau film, adapte le roman La Danse du coucou d’Aidan Chambers, qu’il a lu durant sa jeunesse et dont il rêvait l’adaptation. C’est désormais chose faite, mais l’intrigue, prévue initialement à l’été 1984, est transposée à l’été 1985. Ce choix, étonnant, est lié à un souhait du cinéaste : intégrer une chanson de The Cure, In Between Days, ouvrant et clôturant le film. Cette chanson, que François Ozon écoutait dans son adolescence, témoigne-t-elle alors du caractère très personnel que prendrait pour lui le film ?

Durant cet été de l’année 1985, dans le Nord de la France, Alexis (Felix Lefebvre) emprunte un bateau à une connaissance et met les voiles. Tempête. Il chavire et se retrouve sauvé de justesse par David (Benjamin Voisin). De cette rencontre entre ces deux jeunes hommes, issus de classes sociales différentes, découle la naissance d’une relation particulière, une amitié de rêve, un amour de jeunesse.

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Les Parfums – Une légère note d’herbe coupée

Histoire d’une rencontre improbable, Les Parfums de Grégory Magne narre la rencontre entre un chauffeur en proie à des difficultés familiales, Guillaume Favre (interprété par Grégory Montel) et d’un célébrité de la parfumerie, Anne Walberg (Emmanuelle Devos). L’intrigue démarre assez simplement : Guillaume doit à tout prix conserver son travail s’il veut déménager et obtenir la garde alternée de sa fille unique, Léa. Son patron l’envoie conduire une cliente difficile qui a déjà renvoyé plusieurs chauffeurs, qui n’est autre que Mademoiselle Walberg. De cette rencontre improbable découlera le cheminement des personnages vers le « meilleur » d’eux-mêmes.

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