The Doors – Love, death, travel, revolt, chaos

En 1991, 20 ans après la mort de Jim Morrison, Oliver Stone s’empare de son histoire et de celle de son groupe. Un groupe aussi composé de Ray Manzarek, claviériste, Robby Krieger, guitariste, et John Densmore, batteur. Un groupe qui, dans ses chansons, parlait tout autant des bienfaits et des dangers de la drogue, de fascination pour la mort, d’amour fougueux et de souvenirs mélancoliques, le tout accompagné d’une maîtrise instrumentale hors du commun. Ce groupe, c’est les Doors et en seulement cinq ans de carrière, ils ont changé l’histoire du rock.

« Love, death, travel, revolt, chaos. » est une des célèbres phrases prononcées dans le film par Val Kilmer, qui interprète le poète, chanteur et leader des Doors, Jim Morrison. Une phrase qui résume autant la carrière du groupe que le film éponyme. En effet, pour retracer la trépidante mais courte histoire du groupe, le film choisit de l’aborder thématiquement. Chaque scène sera donc une occasion de montrer un instant de vie, souvent intense, mais aussi d’aborder les motifs récurrents abordés dans les chansons du groupe.

The Doors (1991) de Oliver Stone | Distribution : Carlotta Films

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Toy Story 4 – So long, Cowboy

En 2010, 11 ans après la sortie en salle du troisième film de la saga Toy Story, John Lasseter (créateur de la saga) concluait une première fois l’histoire de Woody et Buzz avec un final émouvant satisfaisant à la fois le public, la critique et les créateurs. Andy, le propriétaire de ces chers jouets animés avait grandi – et avec lui les spectateur.ice.s ayant découvert le film à l’âge où l’imagination permettait de penser que nos figurines et peluches préférées prenaient vie une fois la chambre vide. Ainsi, un jeune universitaire confie ces souvenirs d’enfants à la génération suivante, comme John Lasseter confirait son film aux enfants d’aujourd’hui. Seulement, ce n’est pas pour abandonner ceux qui ont grandi. Au risque de dire l’évident, chaque Toy Story respecte la charte du bon Pixar : faire un film aux thématiques universelles qui traversent les âges. Le quatrième film arrive en salle alors que la saga semble pourtant achevée. Il s’inscrit certes dans la continuité des films précédent en mêlant émotion, gag et introspection – mais que peut-il apporter de plus ? La petite voix qui parle à Woody, et dans une certaine mesure celle qui s’adresse à Buzz, c’est celle que nous devons entendre en grandissant, celle que chaque Toy Story tend à illustrer en animation. Il est facile avec une recette telle que celle-ci répétée à chaque nouvel épisode de tomber dans le piège de la répétition. Mais Toy Story est de ces séries de films qui parviennent à dire une chose en empruntant des chemins si différents – des chemins qui sauront nuancer les propos et les enrichir à chaque film. Continuer la lecture de « Toy Story 4 – So long, Cowboy »

Rétrospective Jim Jarmusch – « Do you know my poetry ? »

Ces trois dernières années, le cinéaste américain Jim Jarmusch n’a pas chômé : Paterson en 2016, Gimme Danger la même année, The Dead Don’t Die en 2019. C’est donc à pic que tombe cette rétrospective, qui nous invite à (re)découvrir les six premiers films du réalisateur, et se plonger dans une œuvre brillante de cohérence et de poésie.

Le monde du cinéma a découvert Jim Jarmusch avec Stranger than Paradise – Caméra d’Or au Festival de Cannes de 1984. Mais il ne faut pas oublier son tout premier film, un film de fin d’étude, Permanent Vacation (1980), qui annonçait déjà les inventions cinématographiques que le cinéaste allait pousser dans ses fils suivants : Jim y glissait ses premiers travellings latéraux, mouvement de caméra qu’il ne cessera de réinventer pour accompagner et soutenir ses personnages bancals et désœuvrés. Continuer la lecture de « Rétrospective Jim Jarmusch – « Do you know my poetry ? » »

Annecy 2019 | Les Enfants de la Mer – Un été initiatique

Compétition Contrechamp – Annecy 2019

Il est difficile de savoir quelle posture adopter face à certains films, et le cas du premier long métrage de Ayumu Watanabe est en cela particulièrement parlant. Adaptation du manga Les Enfants de la Mer, il raconte l’été de Ruka, une adolescente japonaise, rencontrant deux jeunes garçons aux rapports surnaturels avec la mer. Sans trop en dire, le coup de force du film est qu’il se transforme, dans sa dernière partie en rêverie psyché évoquant 2001 : l’Odyssée de l’espace. On pourrait rejeter la chose en la sanctionnant d’un « ça ne veut rien dire ». On pourrait chercher à analyser la chose de manière précise et rigoureuse, mais la chose n’est pas aisée sans revoir le film. La mise en scène très pensée tout au long du film oblige à constater que rien n’est totalement laissé au hasard, on ne peut donc pas imaginer de manière sérieuse que la dernière partie du film n’ait pas été bien réfléchie. Il apparaît finalement préférable pour ne pas dénaturer le propos de l’artiste en cherchant la compréhension claire, rationnelle, d’un moment de quasi transcendance. Les Enfants de la Mer est une œuvre osée : adapté d’un manga à succès, le film ne fait le choix ni de la facilité scénaristique ni de la facilité esthétique. Il ose parce qu’il va au bout de sa démarche : cette dernière partie suscitera sans doute des réactions de rejet ou des commentaires rapides. En basculant dans un cinéma plus expérimental et un propos philosophique, l’œuvre se transforme pour le spectateur. Continuer la lecture de « Annecy 2019 | Les Enfants de la Mer – Un été initiatique »

Cannes 2019 | La Ruche

À écouter durant la lecture :

Mai 2019. Entre les rayons timides du soleil et les rideaux de pluie, je faisais mon premier voyage vers le Festival International du Film de Cannes. Le soixante douzième. Je me suis assez vite rendue compte qu’être à Cannes, c’est vivre plusieurs nuits en une seule journée. La lumière s’éteint, les souffles ralentissent et la machine à rêve s’enclenche. Voir autant de films par jour donne l’occasion d’apprendre à aimer le cinéma. C’est à Cannes que l’on se rend compte que seul le cinéma peut réparer ce qu’il a lui même abîmé. Continuer la lecture de « Cannes 2019 | La Ruche »

Cannes 2019 | Le Jeune Ahmed – Un appel à la vie ?

Prix de la mise en scène accordé par le jury d’Alejandro González Iñárritu lors du 72ème Festival de Cannes, le Jeune Ahmed est le 11ème long métrage réalisé par le duo des frères Dardenne. Après La Fille Inconnue présentée à Cannes en 2016 et restée bredouille, la caméra des deux cinéastes suit cette fois-ci les pas d’un jeune musulman radicalisé de 13 ans, brandissant un couteau devant sa professeure et manquant de peu son assassinat. Ahmed, interprété par Idir Ben Addi, est alors pris en charge et envoyé en centre de rééducation, là où chaque rencontre s’incarnera par une nouvelle méthode qui tentera de redonner vie au protagoniste.

Lors de la conférence de presse tenue à Cannes, les frères Dardenne expliquent avoir été désintéressés par toute raison socio-économique susceptibles d’expliquer la situation de leur personnage. Ainsi, nous sommes jetés dans le film dans une certaine mesure in medias res, avec très peu d’information quant au passé d’Ahmed, aucune qui tend à psychologiser le personnage. C’est ainsi que le film réussi à transmettre l’irrationalité. Tout nous échappe. Comprendre les causes de ce que nous voyons devient futile. On peut en tirer une certaine frustration. Le personnage est encadré, voire enfermé dans le cadre et s’il y a mouvement de la caméra, il s’agit seulement d’un reflet de ceux d’Ahmed. Le moindre geste, aussi anodin puisse-t-il être est surveillé par l’objectif – on suit alors les mains d’Ahmed ouvrir le robinet, toucher la photo d’un cousin décédé pour ses convictions, mais aussi refuser de toucher un chien ou la main d’une femme. Aussi, jamais cette caméra n’ira suivre ce que touche un autre personnage. Le monde autour d’Ahmed est clôt.

 À suivre les protagonistes dans leurs moindres mouvements avec cette caméra un peu oscillante, on reconnaît un style naturaliste à celui des frères Dardenne. Mais eux-mêmes l’affirment : copier la réalité n’est pas quelque chose d’intéressant ici. Bien sûr, on ne copie jamais le réel au cinéma. Il passe d’abord par le prisme des yeux qui le traduit une première fois, puis se retrouve à l’écran où une seconde traduction peut se faire à travers la vision de chaque spectateur. Le cinéma est certes l’art de tromper l’œil, et le naturalisme, par essence n’est qu’une retranscription biaisée du vrai – c’est le miroir que l’on promène le long d’un chemin, affirme Stendhal. Or, si la démarche d’appliquer un tel style est intéressant, il est très simple de se tromper en traitant d’un sujet où les prises de partie sont très délicates. Et je pense que là où le film se trompe, c’est d’une part en utilisant des artifices biaisant l’effet de vrai, mais surtout par l’utilisation d’une fin ouverte, sujette à laisser place à tant d’interprétations qu’il y aura de spectateurs et de spectatrices.

Le Jeune Ahmed (2019) de Luc & Jean-Pierre Dardenne | Distribution : Diaphana

 Aussi, à mon sens, la scène finale du Jeune Ahmed n’est qu’un écho à celle qui lance le récit. La narration du film repose sur une construction en miroir. Mais alors qu’on attend d’une réflexion qu’elle ne soit que similaire en apparence, mais porteuse d’un sens autre, ici, rien n’évolue véritablement. Après la première tentative d’assassinat, Ahmed est pris en charge. Il doit prouver à sa psychologue et aux autres personnages qu’il est capable de rencontrer sa victime et comprendre les causes de son acte initial. Mais cette quête est obstruée par les feintes d’Ahmed – on comprend très vite avec un morceau de papier, une brosse à dent aiguisée qu’Ahmed feint ses actions pour prétendre une évolution et retrouver sa victime. Avec de tels motifs narratifs répétés jusqu’à la conclusion ouverte du film, je ne pouvais que voir une nouvelle ruse de la part d’Ahmed. Malgré sa confrontation avec la mort, je ne pouvais véritablement voir de prise de conscience de sa part. Du moins, rien ne pouvait me prouver qu’il ne s’agissait pas d’un nouveau mensonge. Mais interpréter la fin n’est pas si intéressant. Savoir qu’elle peut être lue de tant de sortes différentes est le véritable souci. Plutôt que d’imposer une conclusion, les frères Dardenne offrent la possibilité à n’importe qui de s’approprier le sens du film. Le Jeune Ahmed souffre alors de n’avoir aucune véritable conclusion. On sort de la salle un peu déstabilisé, interrogé quant au but du film, quant au message qu’il souhaite porter.

La démarche des Dardenne dans Le Jeune Ahmed est intéressante, et un certain sens du suspens empêche de s’ennuyer. Toutefois, le film ne parvient pas véritablement à susciter une réflexion, ni à faire passer des émotions. Les deux frères semblent au même titre que les spectateurs ne pas comprendre ce personnage, du moins pas assez pour savoir quoi en faire. La volonté d’écrire un appel à la vie par une résistance au fanatisme n’était malheureusement pas suffisante pour y aboutir.

Le Jeune Ahmed (2019) de Luc & Jean-Pierre Dardenne, avec I. Ben Addi, O. Bonnaud, M. Akheddiou. Sortie en salles le 22 mai.

Golden Glove – « Non, mais franchement, ça peut pas être si dégueulasse… »

Crade, brutal, sale, dégoûtant, répugnant, réactionnaire, raciste, misogyne : les bons mots ne manquent pas pour qualifier le nouveau film de Fatih Akin, réalisateur allemand à l’origine de Head On (2004), Soul Kitchen (2007) ou dernièrement In the Fade (2017). Qu’importe ses dernières productions, ce nouveau film semble au premier abord n’avoir rien à voir avec ses œuvres précédentes. Akin nous emmène dans les années 1970, dans le pire quartier de Hambourg, dans le pub le plus grotesque de la rue où personne ne voudrait se rendre, rencontrer un affreux personnage se révélant être un psychopathe dégueulasse. Continuer la lecture de « Golden Glove – « Non, mais franchement, ça peut pas être si dégueulasse… » »

Cannes 2019 | La Belle Époque – Une ode à l’humain et aux histoires

Accusé par certains d’être un film « c’était mieux avant », par d’autres d’être un fantasme phallocrate de Nicolas Bedos, son réalisateur, La Belle Epoque est, au contraire, un des plus grands films français de l’année 2019, et en tous cas de ce 72e Festival de Cannes.

Dans une époque où la tendance est à dire que le passé ne doit pas peser sur l’avenir, Bedos signe ici un film hors du temps, qui pourrait faire partie de la série Black Mirror : Victor, sexagénaire fatigué par la vie, et de manière générale par la modernité, se voit proposé de vivre une expérience en retournant dans le temps à l’époque qu’il souhaite. Choisissant l’année 1974, date à laquelle il rencontra pour la première fois son épouse, Victor choisit ainsi de revivre sa première rencontre, afin de comprendre pourquoi celle dont il était fou amoureux alors ne l’aime plus aujourd’hui. Continuer la lecture de « Cannes 2019 | La Belle Époque – Une ode à l’humain et aux histoires »

Zombi Child – Le lien entre les petites bourgeoises et les zombis haïtien

Les dernières réalisations de Bertrand Bonello font partie de ce qui est arrivé de mieux au cinéma français depuis quelques années. Citons pour preuve Saint Laurent en 2014 et Nocturama en 2016. Présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, il serait facile de reconnaître comme un « petit » film de transition Zombi Child : petit budget, tournage rapide, Bonello explique lui-même le rôle respiratoire du projet, après des œuvres très ambitieuses. Il ne faut malgré tout pas sous-estimer l’intérêt de Zombi Child qui non seulement fait écho à de nombreux aspects de ses derniers films (à la fois thématique, mais aussi en terme de structure), et invite à la réflexion sur un sujet capital : l’appropriation culturelle. Continuer la lecture de « Zombi Child – Le lien entre les petites bourgeoises et les zombis haïtien »