Les Filles du docteur March – Une fresque familiale réussie

Les Quatre filles du docteur March (ou Little Women en version originale) est un ouvrage majeur de la littérature « pour jeune fille » de la fin du XIXe et de tout le XXe siècle. Après une édition en poche en France assez tardive (dans les années 1950), cet ouvrage n’est plus de notre génération (nos grand-mères l’ont sûrement toutefois lu étant jeunes). Le défi alors, comme toute oeuvre artistique qui tente de réhabiliter ou de renouveler une histoire déjà connue et ancrée dans les esprits, est de faire du neuf tout en ne faisant pas trop vieilli. C’est justement quelque chose  qui était réussi dans l’adaptation récente de Perdus dans l’espace, dont nous vous parlions il y a quelques jours. Continuer la lecture de « Les Filles du docteur March – Une fresque familiale réussie »

Trois aventures de Brooke – Trois tableaux, trois opportunités de la vie

Que ceux qui s’inquiétaient de l’héritage du cinéaste français Éric Rohmer se rassurent : la jeune réalisatrice chinoise Yuan Qing, après Hong Sang-soo, vient rendre hommage au maître du marivaudage cinématographique. Si vous connaissiez déjà l’esthétique rohmérienne, vous serez en terre connue. Le plaisir que l’on peut prendre à se perdre avec Xingxi, jeune chinoise voyageant seule en Malaisie, est pourtant entier. Continuer la lecture de « Trois aventures de Brooke – Trois tableaux, trois opportunités de la vie »

Perdus dans l’espace – Aux confins épiques de la galaxie

Diffusée à partir d’avril 2018 sur Netflix, la série Perdus dans l’espace (Lost in Space en VO) a vu sa deuxième saison sortir pour Noël 2019. Nous avons donc pu retrouver pour notre plus grand plaisir la famille Robinson, le Dr Smith, Don West et la poule Debbie dans leurs aventures spatiales.

Remake d’une série de 3 saisons et 83 épisodes diffusée entre 1965 et 1968, ré-adaptée en film en 1998 (Lost in Space, de Stephen Hopkins, avec Gary Oldman et Matt LeBlanc), Perdus dans l’espace fait partie de ces œuvres trans-générationnelles, reprises et reprises sous différentes formes à travers les années. Continuer la lecture de « Perdus dans l’espace – Aux confins épiques de la galaxie »

Séjour dans les monts Fuchun – Prendre le temps pour saisir l’instant

Fuyang est une ville du sud-est de la Chine. Au cœur de nombreux événements historiques, elle est restée célèbre comme sujet d’une peinture du XIVe siècle de Huang Gongwang. Ce dernier réalisa un immense rouleau divisé en trois parties, dont l’une d’entre elle fut intitulée « Séjour dans les monts Fuchun ». Plusieurs siècles plus tard, le jeune réalisateur Gao Xiaogang l’invoque dans le cadre d’un projet faramineux, d’une ambition rare, un objet d’esthète absolument brillant. Continuer la lecture de « Séjour dans les monts Fuchun – Prendre le temps pour saisir l’instant »

Ils sont les meilleurs films de l’année 2019 selon le LYF…

Ils nous ont émus, nous ont touchés, bouleversés… Les membres de l’association LYF – Le Film Jeune de Lyon reviennent sur les films ayant marqué leur année de cinéma… Continuer la lecture de « Ils sont les meilleurs films de l’année 2019 selon le LYF… »

Jesus – Enfance catholique dans une campagne japonaise

Il y a dans le premier film de Hiroshi Okuyama quelque chose de profondément humble, délicat, de fragile. Dans cette petite production indépendante japonaise, primée à San Sébastien cette année, le jeune Yura déménage à la campagne. Sa nouvelle école est particulière : elle est catholique, chose extrêmement rare au Japon. À ce changement de vie, Yura voit apparaître une sorte d’ami imaginaire : Jésus lui-même, une version miniature amusante capable d’accomplir ses vœux. Se dessine en parallèle un véritable journal de souvenirs : celui d’une enfance à la campagne, des parties de foot, les soirées à regarder les étoiles filantes… L’innocence même de cette période de sa vie, comme rappelée par le blanc pur et immaculé de la neige, omniprésente dans le film. Continuer la lecture de « Jesus – Enfance catholique dans une campagne japonaise »

Les Enfants du Temps – Un rayon de soleil dans un ciel gris

Makoto Shinkai était, avant même le succès mondial de Your Name en 2016, un cinéaste écouté et attendu. Forcément attendu au tournant avec son Les Enfants du Temps, le réalisateur n’a pas dévié malgré la pression, et semble être poursuivi par les mêmes obsessions dans un monde qu’il décrit toujours plus sombre. Là où le dernier plan de Your Name nous laissait entrevoir un ciel bleu azur, c’est à l’inverse avec un ciel gris et une pluie fracassante qu’on est introduit dans Les Enfants du Temps. Continuer la lecture de « Les Enfants du Temps – Un rayon de soleil dans un ciel gris »

It Must Be Heaven – Le silence vaut mieux que mille mots

J’attendais ce film depuis le Festival de Cannes, et le voilà enfin en salles. Je me précipite au cinéma et sans surprise : It Must Be Heaven est une pépite. Elia Suleiman nous emmène avec lui entre Nazareth, sa ville natale ; Paris, là où il vit depuis 2005 ; et New York, où il a vécu entre 1982 et 1993. A travers ce périple, deux questions se posent : où est-ce que l’on peut se sentir chez soi ? et est-ce vraiment mieux ailleurs ? Continuer la lecture de « It Must Be Heaven – Le silence vaut mieux que mille mots »

The Lighthouse – Une lumière insaisissable

Un phare, deux hommes, du 35 millimètres et des mouettes – c’est ce qu’il a fallu à Robert Eggers pour réaliser son second long-métrage après The Witch, en 2015. The Lighthouse est peut-être l’œuvre la plus délicieusement étrange que l’on pourra voir en 2019 – relecture du mythe de Prométhée saupoudré d’influences variées, entre Melville, Lovecraft et David Lynch.

Continuer la lecture de « The Lighthouse – Une lumière insaisissable »

Sympathie pour le diable – Le feu de Sarajevo

Basé sur l’histoire vraie de Paul Marchand, reporter de guerre lors du siège de Sarajevo en 1992, Sympathie pour le diable vient dessiner un portrait hors-norme d’un journaliste engagé, luttant contre le silence et face au cauchemar. Dans sa quête de la vérité, il semble devoir sortir d’un devoir de distance en allant lui-même tâter les cadavres du jour, les compter, souligner de manière provocatrice le manque de rigueur de ses collègues dans leur calcul. Derrière ce geste très fort, il se positionne autant que comme informateur que comme témoin : il a vu, il a compté, il a touché de ses mains les trente-trois morts du jours. Continuer la lecture de « Sympathie pour le diable – Le feu de Sarajevo »