I Feel Good – Une critique par l’absurde

Quoi de plus normal pour Benoît Delépine et Gustave Kervern – les réalisateurs – d’écrire une comédie engagée. On était habitué à leur humour décalé et surtout très critique envers la société de consommation avec « Groland ». Cette fois encore, ils ont ressenti le besoin d’exprimer leurs pensées en tournant une large partie du film dans un Emmaüs. À vrai dire, Groland et l’Emmaüs de Lascar-Pau sont similaires : l’individualisme de la société n’empêche pas l’existence à la marge de la société d’une forme de solidarité. Une société individualiste, utopique et la volonté d’être riche, juste pour être riche, voilà les thèmes d’I Feel GoodJacques (Jean Dujardin), fils de communiste, tombe dans le piège de la société capitaliste.

Il veut « être le haut du panier de crabes » comme il le dit si bien. Il veut simplement devenir riche, la richesse étant la réussite. Se prenant pour un businessman en lisant Bill Gates et en collectionnant les images de milliardaires dans une fausse pochette Panini, il incarne le personnage de ce qu’on appellerait un loser. Contre son gré, il retourne chez sa grande sœur Solange (Yolande Moreau), vivant et dirigeant l’Emmaüs de Lascar-Pau. Jacques, a trouvé l’idée, la grande idée, qui va lui permettre de devenir riche et puissant. L’idée est simple, il veut créer une société qui permet de faire de la chirurgie esthétique low-cost. Changer de physique pour plaire, se conformer aux normes physiques. Quoi de plus normal que d’entrer dans les normes. Ses compagnons pensent tous que Jacques est malade. Mais quelle est donc cette maladie, se fardeau ? La réponse est évidente, le capitalisme rend fou. Comble du film, il guérit mais pas n’importe où, sa guérison s’effectuera dans un pays de l’ex-Union soviétique. Une happy end qui redonne de l’espoir dans notre société mal au point.

Pour cette comédie, Jean Dujardin devait sortir des paillettes. Pour devenir un loser, il a pris 5 kilos et devait faire disparaître son teint hâlé. Face à cette star des tapis rouges, Yolande Moreau, fascinante actrice de films d’auteurs, souvent engagés et à petits budgets. Un tandem parfait, qui se régule. Des plans séquences, sans champ et contrechamp, et une image imprécise dans les tons pastel ont permis à ce film de nous faire prendre conscience qu’« on va droit dans le mur » comme disent les auteurs. C’est ce groupuscule qui est l’avenir, la solidarité est la seule voie possible. Ce long-métrage nous rappelle que nous savons ce qu’implique notre mode de vie, mais qu’il n’est jamais trop tard. Jacques le capitaliste finira ses jours en Abbé Pierre dans un Emmaüs, altruiste mais surtout heureux.

I Feel Good (2018) de Benoit Delépine et Gustave Kervern, avec J. Dujardin, Y. Moreau, J. Dahan. En salle le 26 septembre 2018.

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