1987 : When the Day Comes – L’Histoire de la Corée sur grand écran

Depuis quelques années, on note une volonté de la part de la Corée du Sud de porter son Histoire dans les salles obscures. En 2016, Kim Jee-woon, un géant du cinéma coréen s’attaquait déjà à l’exercice de transposition d’un fait d’Histoire datant de la seconde partie du XXème siècle dans le monde de la fiction avec The Age of Shadow. En 2017, A Taxi Driver de Jang Hoon dépeint les révoltes étudiantes de Gwangju à travers le regard d’un chauffeur de taxi et son client, un journaliste Allemand. En 2018, Jang Joon-hwan, un réalisateur à la filmographie encore maigre mais pleine de promesses nous livre 1987 : When the Day Comes. À cette date symbolique, la torture et le meurtre de l’étudiant Park Jong-chul par la police anti-communiste marque un véritable tournant dans l’histoire politique de la Corée du Sud, et le début d’un passage progressif de la dictature à la démocratie. Le film a reçu le Grand Prix de la Compétition Internationale de Longs-métrages dans le cadre de la 12ème édition des Hallucinations Collectives à Lyon, et voici pourquoi.

Le mouvement des choses, de la caméra et des objets à l’écran est éloquent. Il traduit le choix du protagoniste – un choix qui ponctue le long-métrage, lui donne ses grands axes de lecture. La première partie se focalise sur ce procureur qui refuse de signer l’autorisation de crémation du corps de Park Jong-chul sans autopsie. L’objectif se pose sur les visages des protagonistes concernés, et alors que l’on pourrait s’attendre à une image quasiment fixe, la caméra se met à bouger, à reculer puis à avancer. On peut y voir là la traduction d’une incertitude face à cette question complexe qui anime les personnages. Si on comprend qu’un simple geste, une seule signature peut marquer le renversement des choses, que faut-il faire ? Faut-il, aveugle, signer pour ne pas générer de troubles – avancer ? Ou faut-il faire entendre son désaccord et embraser les choses – reculer ? Le protagoniste finalement recule, mais avec un véritable engagement. Il saisit la feuille et y inscrit l’interdiction de crémation. Le papier devient un symbole et déclenche l’action.

1987 : When the Day Comes (2018) de Joon-Hwan Jang | Distribution (Corée) : CJ Entertainment

Les objets sont lourds de sens. Ils ponctuent le long-métrage et traduisent une part de l’histoire de chaque personnage et des convictions. On abandonne un temps le procureur et son papier pour entamer un nouveau paragraphe – celui d’un étudiant et d’une chaussure. Tant de métonymies qui traversent le récit, qui font sens et qui engagent notre pathos. La simple vue d’une chaussure centrée à l’écran sous fond de révolte suffit à nous émouvoir. Et comment ne pas trembler face à l’élégie d’un père lorsqu’il ramasse en sanglots les cendres poisseuses de son fils mêlées à la neige. Il s’agit de mettre l’accent sur un objet relié à une réalité douloureuse et palpable. Le jeu des interprètes est à saluer – que leurs apparitions soient brèves ou plus importantes, chaque scène apporte des sensations fortes. L’ouverture du film est en effet ponctuée par des effets comiques – des répliques mordantes qui font sourire, des journalistes qui grouillent de partout en une masse informe en quête de la moindre information, etc. Derrière un sujet si grave, un ton léger s’installe. Un ton léger qui favorise peut-être l’accroche du spectateur. Mais lorsque celui est suffisamment alléché, le couperet tombe, et dans la salle de cinéma, les rires ne sont plus. Un ton grave s’installe dès que la mère de Park Jong-chul explose en sanglots à l’écran en apprenant la mort de son fils.

Si le ton du film est sujet à changer, son genre aussi. Dans une œuvre qui veut transposer l’Histoire dans la fiction, ces changements semblent pertinents. On peut noter une distinction entre des scènes voulant retranscrire l’Histoire telle qu’elle nous a été transmise, même si ce n’est jamais de manière brute, et d’autres relevant de la fiction, qui viennent se fixer avec fluidité au reste du récit. Ainsi, au film politique se superpose celui d’espionnage, puis sur une même ligne se greffe le drame romantique. Il semble que Jang Joon-hwan tend à montrer les hommes face au drame de 1987 plutôt que le drame lui-même. Or, il y a tant d’hommes que d’expériences vécues – et chaque individu a le droit à son propre genre pour illustrer son propre vécu, qu’il relève ici de la fiction ou du réel.

Je vous parle de ce film, mais, il est probable que vous n’ayez pas pu le voir. Il est malheureusement tout autant probable que le jour où vous puissiez le découvrir dans une salle française n’est pas encore arrivé. Mais guettez les festivals, ou que sais-je, payez-vous un ticket pour la Corée. Débrouillez-vous. Restez attentifs, et when the day comes, ne ratez pas une occasion d’aller voir l’œuvre de Jang Joon-hwan en salle.

1987 : When the Day Comes (2018) de Joon-Hwan Jang, avec Yun-seok Kim, Ha Jung-Woo, Hae-jin Yoo. Pas de sortie française prévue au moment de l’écriture de cet article.

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