Annecy 2019 | Les Enfants de la Mer – Un été initiatique

Compétition Contrechamp – Annecy 2019

Il est difficile de savoir quelle posture adopter face à certains films, et le cas du premier long métrage de Ayumu Watanabe est en cela particulièrement parlant. Adaptation du manga Les Enfants de la Mer, il raconte l’été de Ruka, une adolescente japonaise, rencontrant deux jeunes garçons aux rapports surnaturels avec la mer. Sans trop en dire, le coup de force du film est qu’il se transforme, dans sa dernière partie en rêverie psyché évoquant 2001 : l’Odyssée de l’espace. On pourrait rejeter la chose en la sanctionnant d’un « ça ne veut rien dire ». On pourrait chercher à analyser la chose de manière précise et rigoureuse, mais la chose n’est pas aisée sans revoir le film. La mise en scène très pensée tout au long du film oblige à constater que rien n’est totalement laissé au hasard, on ne peut donc pas imaginer de manière sérieuse que la dernière partie du film n’ait pas été bien réfléchie. Il apparaît finalement préférable pour ne pas dénaturer le propos de l’artiste en cherchant la compréhension claire, rationnelle, d’un moment de quasi transcendance. Les Enfants de la Mer est une œuvre osée : adapté d’un manga à succès, le film ne fait le choix ni de la facilité scénaristique ni de la facilité esthétique. Il ose parce qu’il va au bout de sa démarche : cette dernière partie suscitera sans doute des réactions de rejet ou des commentaires rapides. En basculant dans un cinéma plus expérimental et un propos philosophique, l’œuvre se transforme pour le spectateur.

Le film est porté par sa poésie certaine qui ne se limite pas à cette séquence finale. L’un des premiers plans du film est celui d’une petite fille, fascinée par un aquarium immense, fascinée par le grandiose de la faune aquatique, de la nature, dominée par cette baleine face à laquelle les humains apparaissent comme petits, fragiles, relégués à un petit espace en bas du plan. Toute la réflexion du film se joue déjà. Un discours sur la relation de l’Homme à la nature, de l’Homme face à tout un microcosme plus ancien que lui, face à un « univers » pour utiliser une des métaphores du film. C’est aussi à une autre échelle le portrait de cette jeune adolescente, seule, en conflit avec sa mère alcoolique, avec ses camarades de classe, pour qui l’aquarium, l’univers de la mer, est un échappatoire, une sortie de secours, un monde où l’on peut rêver, dans lequel se projeter.

La mer est d’ailleurs autant sublime, immense, que source de vie. Les deux jeunes garçons que rencontre Ruka ont ainsi besoin de la mer pour survivre – au sens biologique du terme. Ces deux jeunes garçons s’appellent par ailleurs Umi (mer, océan, en japonais) et Sora (ciel)… la dimension « complémentaire » de ces deux symboles est assez évidente (deux étendues infinies de bleu, immensément riches mais méconnues par l’humanité). La mer suscite le respect, et la figure de la baleine doit nous l’évoquer du fait de sa grandeur, de sa puissance, de sa noblesse. Non seulement la mer, c’est le respect que suscite la nature qui est implicitement évoquée – idée qui n’est pas sans rappeler Hayao Miyazaki. Le parallèle est facile, il est même piégeur quand on parle d’animation japonaise, mais il est ici autorisé du fait de coïncidences marquantes. C’est par exemple Joe Hisaishi qui compose la musique du film – lui qui a œuvré sur les films du maître auparavant. Autre aspect : le choix de dessiner le film à la main – quelque chose qui est très cher au réalisateur de Princesse Mononoke. Cette volonté n’est pas juste symbolique (le travail artisanal pour faire « comme avant »), mais sert une volonté de se rapprocher du trait du manga à l’origine du film. Ce choix va de plus renforcer la puissance de certaines séquences en donnant une matérialité plus forte à ce que le spectateur voit, notamment dans la dernière partie du film. C’est au moins pour admirer ces véritables tableaux que le film mérite d’être vu en salle.

Les Enfants de la Mer (2019) de A. Watanabe, avec les voix de M. Ashida, H. Ishibashi, S. Uragami. En salles le 10 juillet.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Vice-président de l'association LYF - Le Film Jeune de Lyon, responsable éditorial du blog "Le Film Jeune Lyonnais" et en charge du développement culturel

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