Toy Story 4 – So long, Cowboy

En 2010, 11 ans après la sortie en salle du troisième film de la saga Toy Story, John Lasseter (créateur de la saga) concluait une première fois l’histoire de Woody et Buzz avec un final émouvant satisfaisant à la fois le public, la critique et les créateurs. Andy, le propriétaire de ces chers jouets animés avait grandi – et avec lui les spectateur.ice.s ayant découvert le film à l’âge où l’imagination permettait de penser que nos figurines et peluches préférées prenaient vie une fois la chambre vide. Ainsi, un jeune universitaire confie ces souvenirs d’enfants à la génération suivante, comme John Lasseter confirait son film aux enfants d’aujourd’hui. Seulement, ce n’est pas pour abandonner ceux qui ont grandi. Au risque de dire l’évident, chaque Toy Story respecte la charte du bon Pixar : faire un film aux thématiques universelles qui traversent les âges. Le quatrième film arrive en salle alors que la saga semble pourtant achevée. Il s’inscrit certes dans la continuité des films précédent en mêlant émotion, gag et introspection – mais que peut-il apporter de plus ? La petite voix qui parle à Woody, et dans une certaine mesure celle qui s’adresse à Buzz, c’est celle que nous devons entendre en grandissant, celle que chaque Toy Story tend à illustrer en animation. Il est facile avec une recette telle que celle-ci répétée à chaque nouvel épisode de tomber dans le piège de la répétition. Mais Toy Story est de ces séries de films qui parviennent à dire une chose en empruntant des chemins si différents – des chemins qui sauront nuancer les propos et les enrichir à chaque film.

Cette fois, la petite Bonnie rentre en maternelle. Elle fabrique un petit jouet à l’aide de quelques bricoles sur la base d’une cuichette. Forky quitte son rôle d’outil pratique, s’anime et rejoint l’aventure avec tous les autres jouets. Là où la saga avait condamné la création originale de marionnettes pour prôner plutôt des jouets lisses et sortit tout droit de leurs emballages dans Toy Story 1, le 4 met en avant cette petite fourchette créée sur un bureau de maternelle. En effet, les jouets de la chambre de Sid effrayaient par une apparence faite de morceaux éparses. Toy Story 4 marque ainsi une véritable évolution par rapport à l’univers de la saga. Les thèmes sont certes similaires, mais ils évoluent et offrent de nouvelles lectures. Toutefois, Toy Story 4 semble très différent de ces prédécesseurs. Ce qui le caractérise, c’est l’inégalité. On propose certes une relecture de la saga avec une nouvelle maturité, mais c’est malheureusement pour abandonner quelques recettes propres à l’univers.

À trop vouloir faire neuf, le film se détache de ses personnages, comme s’il souhaitait faire table rase du passé en se défaisant des pieds fondateurs de la saga. Les jouets d’Andy n’existent plus comme individu avec une fonction unique, tant dans la narration que dans leurs fonctionnalités en tant que jouet. Tous marchent comme un groupe à l’identité unique – celle des anciens jouets qui ne font ici qu’attendre en retrait que Woody achève ses aventures. Si Buzz refuse d’attendre que le film se fasse sans lui, il devient une sorte de comic relief en incarnant le gag de répétition. Lui et ses deux nouveaux compagnons amusent beaucoup mais ne participent que nullement au développement de l’intrigue et à la prise de choix de Woody. À tel point que ces deux nouvelles peluches sont totalement effacées de la conclusion (ils reviennent seulement dans une scène post générique toutefois très amusante).

Toy Story 4 (2019) de Josh Cooley | Distribution : Disney

Toy Story 4 est une suite qui manque de pertinence par rapport à toute la saga. Ce n’est pourtant pas un mauvais film. Pris à part, on ne peut que saluer la grande qualité de l’animation – le côté presque photographique de l’éclairage, le réalisme donné à la texture des éléments de la nature et le souci du détail pour représenter une fête foraine si animée par les mouvements et la présence de néons aux couleurs vives. La narration de son côté est moins manichéenne. Chaque Toy Story propose une évolution de la narration autour d’un antagoniste incarné parfois par un personnage mais aussi par un lieu (il faut s’échapper d’une chambre, d’une maternelle, d’un appartement ou d’une boutique) – mais Gabby Gabby, une poupée aux airs teintés de mauvaises intentions au début du film est vite écartée pour que le véritable ennemi du métrage devienne les interrogations de Woody. C’est l’appel à protéger Forky et l’idée que devient Forky – une fourchette née pour un but qui peut en servir un autre qui pousse le Cowboy à se jeter dans les péripéties. Et c’est par la rencontre d’une vieille amie changée par l’environnement dans lequel elle a évolué, si différent de celui de notre héros, que Woody remet en question sa propre place.

Toy Story 4 dans son ensemble me paraît plus adulte. La double lecture qui fait l’essence des films Pixar est peut-être moins évidente que précédemment. Et si le film n’apporte que peu de substance pour enrichir les précédentes aventures, on passe toutefois un bon moment. La conclusion n’est pas inintéressante mais hâtive et en décalage avec le reste de la saga – on ne se concentre plus que sur un seul personnage. Il était en effet difficile de prétendre rivaliser avec le final si éloquent du troisième opus – il faut au moins saluer la prouesse que d’avoir su se renouveler.

Toy Story 4 (2019) de J. Cooley, avec J.-P. Puymartin, R. Darbois, P. Niney. Sorti en salles le 26 juin 2019.

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