Les Enfants du Temps – Un rayon de soleil dans un ciel gris

Makoto Shinkai était, avant même le succès mondial de Your Name en 2016, un cinéaste écouté et attendu. Forcément attendu au tournant avec son Les Enfants du Temps, le réalisateur n’a pas dévié malgré la pression, et semble être poursuivi par les mêmes obsessions dans un monde qu’il décrit toujours plus sombre. Là où le dernier plan de Your Name nous laissait entrevoir un ciel bleu azur, c’est à l’inverse avec un ciel gris et une pluie fracassante qu’on est introduit dans Les Enfants du Temps.

On suivra ainsi les aventures de deux adolescents : Hina, une jeune fille au pouvoir de faire apparaître le soleil, et Hodaka, ayant fugué son île natale pour rejoindre Tokyo. Derrière le classique récit initiatique, le traitement très sombre de ses sujets interpelle : l’écologie, la précarité, l’état des liens qui nous unissent à autrui… La dureté de ce que traversent les personnages – être à la rue après avoir fugué, perdre sa mère, être séparé de sa fille – donne un ton très noir au film. On peut concevoir le film en opposition avec Your Name : la structure est identique, mais là où Your Name s’ouvrait avec un ton de comédie potache, Les Enfants du Temps cultive une mélancolie et une tristesse, que le ciel du film lui-même semble avoir adopté. Le ciel est justement associé à l’état du monde, et les Hommes y sont reliés. La question écologique n’est pourtant pas traité de manière classique par Makoto Shinkai. Ce dernier met dans la bouche d’un vieux prêtre que la météorologie n’est qu’une invention récente comparée aux légendes, aux traditions, et une personne âgée rappelle qu’il y a quelques siècles Tokyo était une baie. En désirant tout contrôler, l’Homme refuse de communier avec la nature et de ce fait, de s’épanouir. Comme dans Your Name, où une comète pulvérisait une ville, dans Les Enfants du Temps c’est Tokyo qui fait les frais de la colère du monde. Il s’avère même préférable de laisser la nature faire. Les évocations shintoïste que fait Makoto Shinkai nous rappelle la différence culturelle entre lui et nous, occidentaux. Là où nous défendrions l’action contre le changement climatique, lui appelle à la résignation face au changement climatique : la nature nous dépasse, autant la laisser agir et s’adapter à elle.

Les Enfants du Temps (2020) de Makoto Shinkai | Distribution : BAC Films

Enfin, au cœur du cinéma de Shinkai, la mélancolie du temps qui passe, changeant notre place dans le tissu social et le lien aux autres, continue de l’intéresser. Le film s’ouvre justement sur une voix-off explicitant que le film se déroule durant un été d’adolescence. On raconte dans Les Enfants du Temps des souvenirs, des rêves. Les personnages ont eu des existences auquel le spectateur n’accède jamais (pourquoi Hodaka a-t-il des pansements au début du film? Qu’est-il arrivé à la mère de Hina? Pourquoi Keisuke a été séparé de sa femme et de sa fille?), participant à donner de la complexité aux personnages sans l’expliciter. Makoto Shinkai est un cinéaste du sociétal : il s’intéresse à ce qui compose les relations entre les individus. Il cherche à étudier les gestes, les comportements, les mentalités, expliquant les séparations et les retrouvailles omniprésentes dans ses films. Les Enfants du Temps contribue en un discours sur la force des choix individuels. Leur importance est telle qu’ils peuvent changer le monde – et littéralement « apporter le bonheur ». La confiance absolue dans les choix individuels formulée par Makoto Shinkai émeut tout en imposant un paradoxe. L’individualisme défendu par Shinkai pour que chacun puisse s’épanouir rentre en contradiction avec le sens du collectif nécessaire à la lutte contre le changement climatique. Faut-il alors agir contre la catastrophe, présente même dans le fond du dernier plan du film, alors que les personnages semblent convaincu d’avoir changé le monde et que, désormais « tout ira bien » ? C’est bien toute la richesse du cinéma de Shinkai qui se joue ici.

Les Enfants du temps de Makoto Shinkai, avec les voix de K. Daigo, N. Mori, S. Hiraizumi. Sortie en salles le 8 janvier 2020.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Vice-président de l'association LYF - Le Film Jeune de Lyon, responsable éditorial du blog "Le Film Jeune Lyonnais" et en charge du développement culturel

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