Les Filles du docteur March – Une fresque familiale réussie

Les Quatre filles du docteur March (ou Little Women en version originale) est un ouvrage majeur de la littérature « pour jeune fille » de la fin du XIXe et de tout le XXe siècle. Après une édition en poche en France assez tardive (dans les années 1950), cet ouvrage n’est plus de notre génération (nos grand-mères l’ont sûrement toutefois lu étant jeunes). Le défi alors, comme toute oeuvre artistique qui tente de réhabiliter ou de renouveler une histoire déjà connue et ancrée dans les esprits, est de faire du neuf tout en ne faisant pas trop vieilli. C’est justement quelque chose  qui était réussi dans l’adaptation récente de Perdus dans l’espace, dont nous vous parlions il y a quelques jours.

Et c’est un pari réussi

Avec une réalisation plutôt académique, Greta Gerwig, qui s’était illustrée comme une des réalisatrices pionnières du cinéma indépendant américain, réussit un tour de force cinématographique avec un casting mirobolant. On y retrouve les ténors Meryl Streep, Laura Dern, la populaire Emma Watson, et des comédiennes plus récemment montées dans l’estime des critiques Saoirse Ronan (Lady BirdMary Stuart) et Florence Pugh (Midsommar) sans compter également Timothée Chalamet (Call me by your name, mais aussi le désastreux The King).

Au-delà de la question du casting qui est intéressante en elle-même car elle permet au film de se distinguer des autres œuvres de Gerwig, la force de l’histoire qu’on nous raconte, la force de ces « petites femmes » vous transporte, véritable ascenseur émotionnel, de réelles sueurs froides à des moments de chaleureuse intimité. On dirait presque que quelle que soit la longueur de ce à quoi on assiste on y entre et on en sort comme d’une nouvelle. On prend l’action à son cours à un moment, l’action principale du film nous emmène d’elle-même dans le passé, dans un va-et-vient qui d’ailleurs peut dérouter sans perdre le spectateur, avant de laisser cette histoire inachevée, ou qu’on pourra achever de la plus belle des manières.

Et ce qu’on nous raconte est très fort, tant sur l’importance des choix personnels, de l’individualité qui régit nos vies et nos décisions, et sur sa contrepartie collective dans le milieu familial du XIXe siècle. Loin d’un conte passéiste, c’est une histoire qui vous donnera de fous espoirs et éveillera en vous des joies et peurs soudaines, mais toujours savoureuses.

Quid de ce titre par contre ?

L’ouvrage a toujours été traduit Les Quatre filles du docteur March en français, bien qu’il se soit appelé Little Women [« petites femmes », ndlr] en anglais. Bien que le titre français du film soit Les Filles du docteur March (alors que le titre en V.O. est toujours Little Women), on peut s’interroger sur cette présence du fameux Docteur dans le titre. C’est étonnant comme un personnage qui n’est quasiment pas présent à l’écran, peut exister et avoir une force narrative seulement en existant par les autres, et de surcroît dans le titre du film en version française.

Une fin ambiguë, laissée au spectateur

La question de la fin de l’histoire taraude le film dès la première scène, où on demande au personnage de Saoirse Ronan, romancière en herbe, avec qui l’héroïne de son livre se mariera-t-elle. Alors quand, en conclusion, elle semble céder à la demande de l’éditeur, elle nous expose alors une fin à son histoire : est-ce la fin du livre ? est-ce la vraie résolution de son ouvrage ? ou est-ce les deux à la fois ?

Nous sommes libres de douter, et nous avons le devoir d’y réfléchir. Trop rares sont aujourd’hui les œuvres qui laissent au spectateur la place à leur imaginaire une fois les lumière rallumées. Gardons ce privilège précieusement et prenons soin de ces Petites Femmes.

Les Filles du docteur March (Little Women) de Greta Gerwig, avec Saoirse Ronan, Emma Watson, Florence Pugh. Sorti en salles le 1er janvier.

Auteur : Pierre TRIOLLIER DU BROCHET

Président de l'association LYF - Le Film Jeune de Lyon

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