Réflexion générale sur le fait de voir un film au cinéma

Lorsque je pense voir un film avec mes amis, mes parents, ou même seul, je m’imagine d’abord aller au cinéma, c’est à dire le lieu de projection de l’objet cinématographique. Le film y est projeté, mais n’est pas « Cinéma », du moins il ne définit pas ce qu’est le cinéma car le film existerait comme objet cinématographique, comme objet du Cinéma, qui ne dépendrait pas de son expérience en salle. Que l’on y aille pour voir la dernière superproduction hollywoodienne ou un film sélectionné lors du festival de la Rochelle, le cinéma me semble être le fait, pour le spectateur, d’accepter de se placer volontairement dans une situation de réception du film dans une salle, et ce, en compagnie d’autres spectateurs dans une situation similaire à la sienne.

La foule spectatrice ne moralise pas la création cinématographique qui lui est proposée, elle accepte l’œuvre, qu’importe sa qualité ou son ambiguïté. Il ne s’agit pas de refuser un film avec pour raison que ce dernier est un film de propagande, qu’il mette en évidence un schéma bourgeois, voire qu’il s’agisse du travail d’un réalisateur controversé, mais il s’agirait d’accepter une proposition lors de la projection, qu’importe ses caractéristiques, qu’importe son éthique.

On peut alors penser qu’il y a une convention permettant le passage du statut d’individu critique, à celui de spectateur. Olivier Py écrit en 2013 dans son ouvrage Les 1001 définitions du théâtre : « La convention c’est cette pure entrée dans l’imaginaire, sans les antichambres de l’intelligence, les salons mondains de l’élégance, etc. ». Il s’agit, pour le cinéma, des lumières qui s’éteignent et de l’image qui apparaît. C’est l’instant entre l’être critique et le spectateur, le premier moment du film qui m’instaure en tant que spectateur, à partir duquel je ne cesse de regarder l’écran.

En s’intéressant à la racine du mot instant, du latin instans: ce qui est imminent, dérivé de sto: être immobile, il semble alors logique de supposer que le spectateur se consacre à l’objet cinématographique à partir de l’instant-convention. C’est à dire le moment qui fait l’interface entre l’être critique qui existe hors du cinéma et de la projection, et le spectateur happé par ce qui lui est proposé, qui accepte quasi sans concession l’éthique de l’œuvre. Il est stoppé dans son quotidien, pour assister à ce qui ne suit plus le même déroulement du temps. L’objet cinématographique est donc hors du temps de l’être critique, de l’individu non spectateur.

Ce n’est qu’une fois la séance finie, que la nuit s’est installée, que le spectateur, alors redevenu être critique, semble enfin émettre un jugement. Par conséquent, on peut supposer l’idée suivante : le début de l’expérience cinématographique, que l’on comprend dans l’expression « aller au cinéma », serait l’instant où la lumière s’éteint, où l’image apparaît, et où les derniers chuchotements disparaissent dans un silence religieux, presque sacré.

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