Lumière 2020 | Le festival a bien eu lieu

Les conditions particulières dans lesquelles il se déroulait aurait pu nous faire craindre le pire. Ou plutôt, il serait mentir que dire qu’on a jamais pensé, pas une fois, qu’il pourrait être annulé. Malgré la démultiplication des rouges – du rose à l’écarlate – sur les cartes épidémiques, le festival a bien eu lieu. Un festival au goût particulier, puisque teinté de rouge, lui aussi, celui du tapis : Cannes, plus que jamais, n’a été guère loin de Lyon.

L’occasion tout d’abord de redécouvrir le cinéma des frères Dardenne – le parallèle malicieux avec les frères Lumière ne fait pas oublier qu’ils sont aussi parmi les réalisateurs les plus primés de l’histoire du Festival de Cannes, avec entre autres deux Palmes d’or, un Grand Prix, un Prix de la mise en scène, et un Prix du Scénario. Ce n’est toutefois que justice, tant leur cinéma – parfois réduit à « social » – est en fait un cinéma d’écriture. Toujours avec habilité, il tente de dresser des portraits, souvent difficiles, brutaux, au plus près de ses acteurs, de jeunes gens, de couples, de familles. Il le fait magnifiquement, toujours autour d’images fortes, et on peut penser à L’Enfant, revu durant le festival, dans lequel tout le projet semble se résumer à un instant : celui où Jérémie Rennier se retrouve face à un mur, à attendre que quelque chose se passe.

C’était aussi un festival marqué par un événement : le centenaire de Michel Audiard, scénariste majeur du cinéma français des années 1950 à 1970, dont plus d’une dizaine de films ont été montrés en version restaurée. Des classiques, bien sûr, comme Les Tontons Flingueurs qui a ouvert le festival, ou Faut pas prendre les enfants du Bon Dieu pour des canards sauvages (où Audard est aussi réalisateur). Garde à Vue, troisième film de Claude Miller, qui, grâce à Audiard scénariste, se retrouve à diriger Lino Ventura, Michel Serrault et Romy Schneider. Des raretés, aussi, qui sans nécessairement être de grands films restent les témoins de leur époque, et profitent du verbe inimitable d’Audiard. On pense ici à Une histoire d’amour, de Guy Lefranc, avec Louis Jouvet dans un rôle rappelant de manière troublante le Quai des Orfèvres de Henri George-Clouzot, mais dans un film qui joue en permanence entre romantisme à l’eau de rose et policier à la française.

La reprise d’une partie de la sélection Cannes 2020 a aussi été l’occasion d’un grand nombre d’avant-premières attendues, parfois à quelques jours de la sortie du film en question, presque toujours en présence d’invités. Drunk, déjà en salle, est absolument extraordinaire et nous ne pouvons que vous dire d’aller le voir : plus qu’un postulat fou (des quadragénaires tentent une expérience sociale avec de l’alcool), c’est un grand film d’acteur, bouleversant et enthousiasmant. On a aussi été remué par le film de Jonathan Nossiter, Last Words, au postulat simpliste (raconter la fin de l’humanité après la fin du monde), étonnant d’actualité dans son déroulé, au final important et juste. L’occasion aussi de rendre un hommage au formidable acteur Viggo Mortensen, dont le premier long-métrage en tant que réalisateur, Falling, sortira en novembre. Bref, une édition du Festival Lumière qui nous a donné envie de retourner au cinéma.

Le Festival Lumière a eu lieu du 10 au 18 octobre 2020. Une reprise d’une partie de la sélection a lieu actuellement à l’Institut Lumière.

Auteur : Lucas NUNES DE CARVALHO

Vice-président de l'association LYF - Le Film Jeune de Lyon, responsable éditorial du blog "Le Film Jeune Lyonnais" et en charge du développement culturel

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