Once Upon a Time in Hollywood – Le nouveau conte de Tarantino

Attention, cette critique contient des spoilers importants sur le contenu du film.

Quentin Tarantino, nous le savons, c’est le gars qui aime exalter les références qui ont construit son propre cinéma. Du western-spaghetti aux monstres d’Universal Studio en passant par le film de Kung-Fu, sa filmographie est un véritable pot-pourri d’idées revisitées par la patte Tarantino. Amoureux du cinéma qui séduit les amoureux du cinéma, son neuvième et avant-dernier film dévoile plus que jamais cet éloge du 7e art. Ce qui fait la grande force de ce nouveau long-métrage, c’est sa capacité à s’approprier ses références pour les mettre au service d’une œuvre propre particulièrement personnelle. Continuer la lecture de « Once Upon a Time in Hollywood – Le nouveau conte de Tarantino »

Toy Story 4 – So long, Cowboy

En 2010, 11 ans après la sortie en salle du troisième film de la saga Toy Story, John Lasseter (créateur de la saga) concluait une première fois l’histoire de Woody et Buzz avec un final émouvant satisfaisant à la fois le public, la critique et les créateurs. Andy, le propriétaire de ces chers jouets animés avait grandi – et avec lui les spectateur.ice.s ayant découvert le film à l’âge où l’imagination permettait de penser que nos figurines et peluches préférées prenaient vie une fois la chambre vide. Ainsi, un jeune universitaire confie ces souvenirs d’enfants à la génération suivante, comme John Lasseter confirait son film aux enfants d’aujourd’hui. Seulement, ce n’est pas pour abandonner ceux qui ont grandi. Au risque de dire l’évident, chaque Toy Story respecte la charte du bon Pixar : faire un film aux thématiques universelles qui traversent les âges. Le quatrième film arrive en salle alors que la saga semble pourtant achevée. Il s’inscrit certes dans la continuité des films précédent en mêlant émotion, gag et introspection – mais que peut-il apporter de plus ? La petite voix qui parle à Woody, et dans une certaine mesure celle qui s’adresse à Buzz, c’est celle que nous devons entendre en grandissant, celle que chaque Toy Story tend à illustrer en animation. Il est facile avec une recette telle que celle-ci répétée à chaque nouvel épisode de tomber dans le piège de la répétition. Mais Toy Story est de ces séries de films qui parviennent à dire une chose en empruntant des chemins si différents – des chemins qui sauront nuancer les propos et les enrichir à chaque film. Continuer la lecture de « Toy Story 4 – So long, Cowboy »

Cannes 2019 | Le Jeune Ahmed – Un appel à la vie ?

Prix de la mise en scène accordé par le jury d’Alejandro González Iñárritu lors du 72ème Festival de Cannes, le Jeune Ahmed est le 11ème long métrage réalisé par le duo des frères Dardenne. Après La Fille Inconnue présentée à Cannes en 2016 et restée bredouille, la caméra des deux cinéastes suit cette fois-ci les pas d’un jeune musulman radicalisé de 13 ans, brandissant un couteau devant sa professeure et manquant de peu son assassinat. Ahmed, interprété par Idir Ben Addi, est alors pris en charge et envoyé en centre de rééducation, là où chaque rencontre s’incarnera par une nouvelle méthode qui tentera de redonner vie au protagoniste.

Lors de la conférence de presse tenue à Cannes, les frères Dardenne expliquent avoir été désintéressés par toute raison socio-économique susceptibles d’expliquer la situation de leur personnage. Ainsi, nous sommes jetés dans le film dans une certaine mesure in medias res, avec très peu d’information quant au passé d’Ahmed, aucune qui tend à psychologiser le personnage. C’est ainsi que le film réussi à transmettre l’irrationalité. Tout nous échappe. Comprendre les causes de ce que nous voyons devient futile. On peut en tirer une certaine frustration. Le personnage est encadré, voire enfermé dans le cadre et s’il y a mouvement de la caméra, il s’agit seulement d’un reflet de ceux d’Ahmed. Le moindre geste, aussi anodin puisse-t-il être est surveillé par l’objectif – on suit alors les mains d’Ahmed ouvrir le robinet, toucher la photo d’un cousin décédé pour ses convictions, mais aussi refuser de toucher un chien ou la main d’une femme. Aussi, jamais cette caméra n’ira suivre ce que touche un autre personnage. Le monde autour d’Ahmed est clôt.

 À suivre les protagonistes dans leurs moindres mouvements avec cette caméra un peu oscillante, on reconnaît un style naturaliste à celui des frères Dardenne. Mais eux-mêmes l’affirment : copier la réalité n’est pas quelque chose d’intéressant ici. Bien sûr, on ne copie jamais le réel au cinéma. Il passe d’abord par le prisme des yeux qui le traduit une première fois, puis se retrouve à l’écran où une seconde traduction peut se faire à travers la vision de chaque spectateur. Le cinéma est certes l’art de tromper l’œil, et le naturalisme, par essence n’est qu’une retranscription biaisée du vrai – c’est le miroir que l’on promène le long d’un chemin, affirme Stendhal. Or, si la démarche d’appliquer un tel style est intéressant, il est très simple de se tromper en traitant d’un sujet où les prises de partie sont très délicates. Et je pense que là où le film se trompe, c’est d’une part en utilisant des artifices biaisant l’effet de vrai, mais surtout par l’utilisation d’une fin ouverte, sujette à laisser place à tant d’interprétations qu’il y aura de spectateurs et de spectatrices.

Le Jeune Ahmed (2019) de Luc & Jean-Pierre Dardenne | Distribution : Diaphana

 Aussi, à mon sens, la scène finale du Jeune Ahmed n’est qu’un écho à celle qui lance le récit. La narration du film repose sur une construction en miroir. Mais alors qu’on attend d’une réflexion qu’elle ne soit que similaire en apparence, mais porteuse d’un sens autre, ici, rien n’évolue véritablement. Après la première tentative d’assassinat, Ahmed est pris en charge. Il doit prouver à sa psychologue et aux autres personnages qu’il est capable de rencontrer sa victime et comprendre les causes de son acte initial. Mais cette quête est obstruée par les feintes d’Ahmed – on comprend très vite avec un morceau de papier, une brosse à dent aiguisée qu’Ahmed feint ses actions pour prétendre une évolution et retrouver sa victime. Avec de tels motifs narratifs répétés jusqu’à la conclusion ouverte du film, je ne pouvais que voir une nouvelle ruse de la part d’Ahmed. Malgré sa confrontation avec la mort, je ne pouvais véritablement voir de prise de conscience de sa part. Du moins, rien ne pouvait me prouver qu’il ne s’agissait pas d’un nouveau mensonge. Mais interpréter la fin n’est pas si intéressant. Savoir qu’elle peut être lue de tant de sortes différentes est le véritable souci. Plutôt que d’imposer une conclusion, les frères Dardenne offrent la possibilité à n’importe qui de s’approprier le sens du film. Le Jeune Ahmed souffre alors de n’avoir aucune véritable conclusion. On sort de la salle un peu déstabilisé, interrogé quant au but du film, quant au message qu’il souhaite porter.

La démarche des Dardenne dans Le Jeune Ahmed est intéressante, et un certain sens du suspens empêche de s’ennuyer. Toutefois, le film ne parvient pas véritablement à susciter une réflexion, ni à faire passer des émotions. Les deux frères semblent au même titre que les spectateurs ne pas comprendre ce personnage, du moins pas assez pour savoir quoi en faire. La volonté d’écrire un appel à la vie par une résistance au fanatisme n’était malheureusement pas suffisante pour y aboutir.

Le Jeune Ahmed (2019) de Luc & Jean-Pierre Dardenne, avec I. Ben Addi, O. Bonnaud, M. Akheddiou. Sortie en salles le 22 mai.

1987 : When the Day Comes – L’Histoire de la Corée sur grand écran

Depuis quelques années, on note une volonté de la part de la Corée du Sud de porter son Histoire dans les salles obscures. En 2016, Kim Jee-woon, un géant du cinéma coréen s’attaquait déjà à l’exercice de transposition d’un fait d’Histoire datant de la seconde partie du XXème siècle dans le monde de la fiction avec The Age of Shadow. En 2017, A Taxi Driver de Jang Hoon dépeint les révoltes étudiantes de Gwangju à travers le regard d’un chauffeur de taxi et son client, un journaliste Allemand. En 2018, Jang Joon-hwan, un réalisateur à la filmographie encore maigre mais pleine de promesses nous livre 1987 : When the Day Comes. À cette date symbolique, la torture et le meurtre de l’étudiant Park Jong-chul par la police anti-communiste marque un véritable tournant dans l’histoire politique de la Corée du Sud, et le début d’un passage progressif de la dictature à la démocratie. Le film a reçu le Grand Prix de la Compétition Internationale de Longs-métrages dans le cadre de la 12ème édition des Hallucinations Collectives à Lyon, et voici pourquoi. Continuer la lecture de « 1987 : When the Day Comes – L’Histoire de la Corée sur grand écran »

Festival 24 | Yakuza Eiga – Quelle place pour le réel dans le cinéma de Yakuza ?

C’est la question que pose le réalisateur Yves Montmayeur dans son documentaire d’une heure dédiée à l’évolution de la figure du Yakuza au cinéma. Le film débute. À l’écran, des caractères rouges s’affichent et impose une distinction entre deux termes qui semblent si différents mais qui sont pourtant phonologiquement si semblables :

やくざ Yakuza

やくしゃ Yakusha, l’acteur

La question se pose alors. Où se situe la frontière du réel et du fantasmatique lorsqu’il s’agit de dépeindre à l’écran ces personnages emprunt de violence, mais qui fascinent pourtant tant la cinématographie de créateurs tels que Takashi Miike, Kinji Fukasaku et tant d’autres ? Montmayeur tente l’exercice de déplier une réponse en interrogeant à la fois les protagonistes du réel et ceux de l’écran. Continuer la lecture de « Festival 24 | Yakuza Eiga – Quelle place pour le réel dans le cinéma de Yakuza ? »