Joker – Une tragédie humaine portée par un surhomme

Michael Moore (Bowling for Columbine, Fahrenheit 9/11) défend un film « d’utilité publique » dans le contexte de la polémique déclenchée par le film. Il s’est évertué à dénoncer cette hypocrisie qui voudrait qu’on ait peur d’un film plutôt que de ce qu’il dénonce, car c’est bien ce qu’il dénonce qui est au cœur du problème.

Enthousiasmé par ce retour d’un cinéaste que j’adule, je me suis précipité à la première occasion pour voir ce tant attendu Joker de Todd Philips, avec Joaquin Phoenix. Lion d’Or à la Mostra de Venise (plus ancien festival de cinéma du monde s’il faut le rappeler), une interprétation de Joaquin Phoenix portée aux louanges, tout était là pour me plaire.

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Cannes 2019 | La Belle Époque – Une ode à l’humain et aux histoires

Accusé par certains d’être un film « c’était mieux avant », par d’autres d’être un fantasme phallocrate de Nicolas Bedos, son réalisateur, La Belle Epoque est, au contraire, un des plus grands films français de l’année 2019, et en tous cas de ce 72e Festival de Cannes.

Dans une époque où la tendance est à dire que le passé ne doit pas peser sur l’avenir, Bedos signe ici un film hors du temps, qui pourrait faire partie de la série Black Mirror : Victor, sexagénaire fatigué par la vie, et de manière générale par la modernité, se voit proposé de vivre une expérience en retournant dans le temps à l’époque qu’il souhaite. Choisissant l’année 1974, date à laquelle il rencontra pour la première fois son épouse, Victor choisit ainsi de revivre sa première rencontre, afin de comprendre pourquoi celle dont il était fou amoureux alors ne l’aime plus aujourd’hui. Continuer la lecture de « Cannes 2019 | La Belle Époque – Une ode à l’humain et aux histoires »

El Reino – Un appel d’air pour l’ancien monde

Les films sur les politiciens ou puissants corrompus sont nombreux et abordent (presque) toujours l’ambivalence de la success story personnelle, au détriment du groupe, et de la dureté de l’impitoyable loi de la jungle qui sévit dans ce milieu. El Reino me pousse donc tout d’abord à recommander d’autres films de la même trempe qui traitent plus ou moins du même sujet : Le Loup de Wall Street (2013) de Martin Scorsese ou Il Caimano (2006) de Nanni Moretti par exemple.

Après Que Dios Nos Perdone (2017), Rodrigo Sorogoyen reprend ici son acteur fétiche, Antonio de la Torre, qui fait incroyablement le job d’incarner Manuel Lopez Vidal, self-made man de la classe politique espagnole, dauphin à la présidence de la région, régnant sur son empire politique (el reino signifiant « le royaume»), qui n’a pour motivation politique que l’enrichissement et l’accroissement de sa puissance personnelle, au profit aussi de sa femme et de sa fille. Le point de départ du film est la chute médiatique d’un cadre du parti de Lopez-Vidal. Ce dernier est à la manœuvre pour limiter la casse et empêcher que le scandale ne fasse tâche d’huile, avant de découvrir qu’il est le prochain sur la liste et qu’il va être désigné comme réel instigateur d’un système qui, pour le citer, « existait déjà du temps de mon grand-père ». Continuer la lecture de « El Reino – Un appel d’air pour l’ancien monde »

Le Chant du loup – Une expérience sonore et humaine

Dès le générique d’ouverture, on apprend que le film a été financé par le programme d’aide à la création sonore du CNC et pour cause : non seulement le personnage incarné par François Civil, l’officier Chanteraide, « Oreille d’or » de la Marine Nationale, est un spécialiste de la guerre acoustique, mais la construction sonore de la bande originale nous pousse à vivre le film à travers son ouïe fine.

Construisant son film en trois temps, le talentueux Antonin Baudry utilise le fond d’une politique fiction basée sur les relations russo-européennes, l’Etat Islamique et la situation en Syrie pour développer une aventure avant tout humaine. Il est question d’oreilles certes, mais c’est avant tout le dialogue, la confiance sans faille entre des équipiers et l’absurdité criante du fait militaire face à ces liens indéfectibles qui font les personnages principaux du film. Continuer la lecture de « Le Chant du loup – Une expérience sonore et humaine »

Border – Embellir la laideur, bousculer les certitudes

Border fait partie de ces films qu’il vaut mieux aller voir sans rien en savoir. Ce fût mon cas, et les différents procédés du réalisateur trouvent alors tout à fait leur place et ont – en ce qui me concerne – fonctionné à merveille.

Au-delà de l’intrigue multiforme du film, passant du drame social au thriller, et enfin au conte fantastique, il est un domaine dans lequel l’excellence est atteinte : c’est la captation du laid, et sa transformation en beauté sublime à l’écran. Le réalisateur s’attache à filmer et à rendre à l’écran les personnages de Tina et Vore bestiaux : l’accent est mis sur les râles, sur la bave, les dents sales, les corps sales, difformes. Finalement, c’est avec les animaux que Tina est le plus en phase : une sorte de compréhension mutuelle tacite est en place, sans que personne ne puisse l’expliquer. De même, le talent de Tina, qui est en quelques sortes de « sentir les émotions humaines » renvoie directement à la sensibilité que nous prêtons à différents animaux, les chiens notamment, pour ressentir les états d’âme de leurs maîtres. Continuer la lecture de « Border – Embellir la laideur, bousculer les certitudes »

Outlaw King – Une épopée costumée inégale

Un film Netflix avec des visages familiers

Ça y est, depuis quelques temps Netflix produit des films aux budgets plutôt conséquents (120 millions de dollars pour celui-ci). C’est tellement surprenant et inhabituels que l’envie de regarder Le Roi hors-la-loi m’est venue en voyant une publicité du fameux service de streaming sur un réseau social bien connu. Je décide alors de tenter, m’attendant à une série dans le genre de Game of Thrones ou Viking, qui s’appuient sur cette mythologie et histoire anglo-saxone médiévales. Finalement, je me rends compte que c’est un film : au final il n’y a que sur la durée et le format que je me serai trompé, le reste est exact.

Si vous êtes un spectateur assidu de Game of Thrones vous reconnaîtrez facilement les visages de James Cosmo (Robert de Bruce Sr. ; Jeor Mormont dans GoT) et Stephen Dilliane (Edouard Ier d’Angleterre ; Stannis Baratheon dans GoT) qui reprennent leurs rôles respectifs de père protecteur et de roi de fer impitoyable. Continuer la lecture de « Outlaw King – Une épopée costumée inégale »

En liberté ! – Digressions sur les prisons (in)volontaires

Les disciples de Norman Bates – au sens philosophique bien sûr – dont je suis ne se souviennent que trop bien de ses discussions avec Marion Crane à propos de la « cage » dont tout un chacun est prisonnier : une vie secrète avec un mari adultère, une mère trop intrusive, chacun est enfermé à sa manière et l’histoire est quelque part toujours d’arriver à en sortir sans trop de dégâts.

De cages en cages, digressions sur un amour impossible

Yvonne, veuve d’un policier tombé en opération, découvre que celui-ci était ripou. Soumise à l’image de son père décédé qu’elle construit pour leur enfant, elle se retrouve emprisonnée dans ce premier cycle de mensonges. Elle noue alors une affection coupable pour Antoine, un jeune détenu fraîchement libéré qui avait été injustement incarcéré après une manipulation de feu son mari. Tous deux sont, à leur manière, enfermés pour toujours dans leurs propres personnes et histoires : elle, innocente aux yeux de la justice mais coupable d’avoir été bernée pendant huit ans par un mari ripou, lui, coupable aux yeux de la justice mais innocent des crimes qu’on lui reproche. Continuer la lecture de « En liberté ! – Digressions sur les prisons (in)volontaires »

Les Animaux Fantastiques : les Crimes de Grindelwald – inégal et décevant

On attendait beaucoup de ce second opus.

C’est un film qu’on va voir avec espoir : l’univers de Johann Kathleen Rowling est connu pour être particulièrement foisonnant, propice au grand spectacle comme aux scènes graves et touchantes. De plus, le premier volet (Les Animaux Fantastiques, David Yates, 2016) était très prometteur : même avec de nouveaux protagonistes et une histoire se déroulant au début du siècle, le retour du monde magique au cinéma avait été plutôt réussi, au regard du vide littéraire duquel il s’inspirait (Vie et habitat des Animaux Fantastiques, J.K. Rowling, Gallimard Jeunesse, 2001), à savoir un simple dictionnaire répertoriant la faune et la flore du monde magique de Harry Potter, avec pour seule trace de Norbert Dragonneau (Eddie Redmayne) des annotations légères sur les côtés des pages.

Pour rajouter à l’attente qui était la mienne de ce deuxième opus (sur cinq, en tout), la fin du premier volet nous promettait un passage au premier plan de Gellert Grindelwad (Johnny Depp), immense seigneur noir qui est déjà un personnage à part entière de l’histoire de Harry Potter. En effet, Grindelwald est le mage noir défait en 1945 (ce qui, selon JKR, est lié à la fin de la Seconde Guerre Mondiale) par Albus Dumbledore, duquel Lord Voldemort tire expériences et modèles, mais c’est aussi l’ami d’enfance (et plus, si l’on adhère à la position de JKR sur la question) de Dumbledore, devenant un des pivots de la résolution de la saga du sorcier à la cicatrice. Continuer la lecture de « Les Animaux Fantastiques : les Crimes de Grindelwald – inégal et décevant »

H2G2 + Monty Python = Dirk Gently, détective holistique

Au début, on m’a conseillé Dirk Gently : « tu verras c’est inspiré de l’auteur qui a écrit aussi le livre qui a inspiré H2G2 : le guide du voyageur galactique » : vous savez ce film du routard de l’espace flanqué d’un robot dépressif doublé par Alan Rickman (Rogue, dans Harry Potter). J’ai fait mes petites recherches : ledit Douglas Adams est en réalité un habitué de l’esprit décalé de H2G2 – et de Dirk Gently – puisqu’il a été scénariste de la célèbre émission de la BBC The Monty Python Flying Circus que seules les personnes honteuses ne connaissent pas.

Un univers déjanté et pourtant rationnel

Dirk Gently c’est une série cliché : ne prenez pas peur. Tout mouvement est exagéré, les jeux des acteurs secondaires sont caricaturés au possible, à tel point que les personnages principaux, Dirk (un détective holistique), Todd (un groom dépressif) et leur amie Farah (une officier de police ratée), bien qu’ils soient tous autant qu’ils sont extraordinaires. Continuer la lecture de « H2G2 + Monty Python = Dirk Gently, détective holistique »

Dark : une bonne série d’outre-Rhin

L’été approche, malgré les révisions, et c’est pour ça que Le Film Jeune Lyonnais s’attache à passer en revue les séries qu’on vous conseille pour la plage, la montagne, ou simplement chez vous.

Bien que mot anglais, Dark c’est très allemand comme mot, à l’image de la série : monolithique, précis, efficace et plein de profondeur mystérieuse. Accrochez-vous pour 10 épisodes de voyage dans le temps, dans l’espace et dans votre moi intérieur. Continuer la lecture de « Dark : une bonne série d’outre-Rhin »