Les Parfums – Une légère note d’herbe coupée

Histoire d’une rencontre improbable, Les Parfums de Grégory Magne narre la rencontre entre un chauffeur en proie à des difficultés familiales, Guillaume Favre (interprété par Grégory Montel) et d’un célébrité de la parfumerie, Anne Walberg (Emmanuelle Devos). L’intrigue démarre assez simplement : Guillaume doit à tout prix conserver son travail s’il veut déménager et obtenir la garde alternée de sa fille unique, Léa. Son patron l’envoie conduire une cliente difficile qui a déjà renvoyé plusieurs chauffeurs, qui n’est autre que Mademoiselle Walberg. De cette rencontre improbable découlera le cheminement des personnages vers le « meilleur » d’eux-mêmes.

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Annecy 2020 Online | Calamity – Une enfance dans le Far West

Qu’une équipe de français décide de s’emparer d’une figure de l’Histoire américaine était d’autant plus osé qu’il s’agissait aussi de se réapproprier l’esthétique propre à un genre : le western. Car oui, le Cristal du dernier Festival du Film d’Animation d’Annecy présente comme caractéristique d’en être un vrai, tout en tentant de raconter « une enfance » de Calamity Jane, comprendre une interprétation de l’enfance de celle qui était encore Martha Jane Cannary. Le deuxième film de Rémi Chayé (Tout en haut du monde) apparaît donc comme curiosité, du fait de son sujet – là où son précédent film, le réalisateur s’ancrait dans la société saint-pétersbourgeoise de la fin du XIXe siècle, Calamity installe son intrigue dans le Grand Ouest américain, sur la route de l’Oregon, dans de grandes plaines vides et montagneuses dignes d’un film de John Ford.

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Jacques Rivette – Le cinéaste qui étudia le geste de création

Comprendre son propre processus de travail semble être pour un artiste une étape importante à en croire l’abondante littérature qu’ils ont tendance à laisser derrière eux. Journaux publiés, textes savants, auto-portraits ont permis de documenter de manière précise leurs processus, leurs motifs, leurs raisons, leurs quotidiens. Cette aspiration à peut être trouver l’essence même de leur processus n’a jamais porté ses fruits, et leur action garde une part de naturelle étrangeté, d’incertitude génétique.

Au cinéma, l’un des apports du groupe de cinéastes issu des Cahiers du cinéma au début des années 1960 fut certainement la prise en considération de leur propre situation de créateur. En tentant de comprendre ce qui suscite leur geste, chacun va tenter de donner d’y donner du sens, de manières différentes, théoriques ou esthétiques : interroger ses maîtres et sa filiation dans une Histoire du cinéma, chercher à comprendre l’influence des autres arts (notamment la littérature, ou la peinture) sur leurs propres œuvres… Jacques Rivette en est un parfait exemple tant son cinéma repose sur cette idée de la création, et sur ce désir de la filmer. En ressortiront des œuvres aux formes atypiques, permettant la pleine étude de son sujet : laisser le temps de la création se dérouler devant nos yeux, comme pour tenter de la saisir.

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Le Massacre des Morts-Vivants – Déclin des vivants

La figure du zombie est quelque chose de proprement fascinant. Cet humain réanimé d’entre les morts a rapidement envahi mon imaginaire, et ce dès mes 9-10 ans, amenant aussi bien m’attacher qu’à fuir ce monstre. Le premier contact fut le jeu vidéo, Resident Evil, version 2002, où ces corps décharnés s’avançaient vers moi dans les couloirs d’un immense manoir. En décomposition, avec cette démarche étrange et vacillante pleine de maladresse, mais surtout avec ces bruits, ces râles. Cette incarnation de la mort et du devenir de notre corps, où le contrôle et la conscience n’est plus, le seul objectif étant de mutiler et de nourrir l’autre, m’accompagne depuis. Une sorte de passion qui m’a conduit à certainement vers d’autres œuvres, et en l’occurrence le cinéma.

Je suis toujours friand de films de zombies : aussi bien de ceux qui se rapprochent des racines haïtiennes du mythe, comme Vaudou de Jacques Tourneur, que de ceux qui prolongent la direction introduite par Romero avec sa saga des Morts-Vivants. Au milieu de tout ça restent des films d’exploitation européen surfant sur le succès de La Nuit des Morts-Vivants dès 1968, profitant du boulevard offert par Georges Romero qui attendra presque dix ans pour pouvoir en faire un autre. Une production abondante mais peu explorée à titre personnel, en dehors de quelques films de Fulci et quelques nanars de Bruno Mattei. C’est là que j’apprends que Shadowz, plateforme de SVOD axé cinéma « de genre », rajoute à son catalogue Le Massacre des Morts-Vivants de Jorge Grau. Une curiosité hispano-italienne que je voulais voir depuis quelques temps.

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La Jetée – Histoire d’un instant

L’instant dans l’œuvre cinématographique, si l’on garde l’étymologie latine du mot instant, à savoir instans : ce qui est imminent, dérivé du verbe sto : être immobile, est alors pour moi l’image figée dans le déroulement filmé. Dans Le petit soldat (1963) de Jean-Luc Godard, le personnage de Bruno Forestier disait du cinéma : « La photographie cest la vérité. Et le cinéma cest vingt-quatre fois la vérité par seconde ». De cette phrase, nous ne retiendrons que la comparaison à la photographie. Le cinéma semble donc jumeau de la photographie en ce qu’il capte l’instant dans son mouvement. Il garde le déroulement au service de l’impression du temps par le spectateur. Je veux dire par là que l’image-mouvement mène à la conception de l’image-instant par le spectateur.

Le souvenir que j’ai de la vague du Finis Terrae (1929) de Jean Epstein, c’est celle d’un monde entre Ouessant et les pêcheurs de goémon, d’un monstre d’eau qui venait emprisonner Ambroise sur une île où le temps n’est que ce qu’il a. Le temps était ici allongé, je ne pouvais qu’attendre avec lui [Ambroise] que la mer se calme, que les vagues cessent, que le temps reprenne son cours une fois le vent levé. Capturer le mouvement de la mer revenait alors à saisir l’indompté, le sauvage, mais aussi le merveilleux que l’on peut percevoir face à cette étendue bleue infinie.

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Séjour dans les monts Fuchun – Récit au bord de l’eau

Le premier jour de l’année, je suis allé au cinéma. Je voulais sortir, prendre l’air, aller me promener, que ce soit au parc, en ville ou le long du Rhône. Je ne sais pas pourquoi, mais j’étais heureux, et je voulais partager ce moment avec quelqu’un. J’ai donc rejoins un ami qui habite à deux pas de chez moi. Au fil de la conversation nous vient l’idée d’aller au cinéma. Il ne nous reste qu’à choisir le film et la séance. Je remarque une affiche qui me fait penser aux films présentés au festival du premier film d’Annonay auquel nous allions, à la sortie du lycée, lorsque nous étions ensemble à l’internat.

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Midsommar – Ari Aster, le faux prophète

Voilà quasiment un an que le dernier d’Ari Aster est sorti. Promu nouvelle coqueluche du cinéma horrifique après l’enchaînement de deux longs-métrages très commentés, beaucoup le voyaient comme celui qui allait redonner de la vie à un cinéma en pleine déconfiture depuis plusieurs années, entre métrages produits à la chaîne et petits trucs indés qui sortaient un peu des sentiers battus sans vraiment s’affirmer. Un cinéma sous perfusion qui vivait encore des « James Wan-eries », l’homme qui venait de faire somnoler le genre au début des années 2000 avec quelques petites réussites, comme Saw, qui ont bien vite montrés leurs limites.

Après Hérédité qui donnait quelques espoirs, nous voilà face à ce fameux Midsommar. Un film que tout oppose à son prédécesseur, passant de la nuit au jour, d’un environnement fermé à un environnement ouvert, d’une maison à la nature… Une attention louable qui allait nous confirmer ou non un réalisateur en devenir. Hélas, au vu du titre de cet article, vous vous doutez bien que la promesse se transforma en doutes puis en déception.

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Atlantique – Au delà de l’océan

Grand Prix de l’édition 2019 du Festival de Cannes, Atlantique est le premier long métrage de Mati Diop, réalisatrice franco-sénégalaise. Le film trouve ses fondations dans un pitch simple : Ada est une jeune sénégalaise éperdument amoureuse de Souleiman. Elle le fréquente en secret, alors qu’elle est promise à Omar. Un soir, alors qu’elle a rendez-vous avec son bien-aimé, il n’est pas là. Elle apprend par une amie que Souleiman et d’autres garçons sont partis par l’océan rejoindre l’Espagne. 

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Histoire d’un regard – Souvenir, mon beau souvenir

Sans connaître son nom, ses photos étaient gravées dans nos mémoires. C’est sur ce constat que s’ouvre le nouveau documentaire de Mariana Otero, pour laquelle nous avions déjà évoqué notre affection à propos de son passionnant film sur le mouvement Nuit Debout, L’Assemblée, en 2017. Comme par un mécanisme inverse, toute la distance silencieuse mise en place par la réalisatrice pour saisir ce qu’a été Nuit Debout est écartée. Remplaçant cette sorte de neutralité, c’est elle-même que la réalisatrice filme : le point de départ, c’est sa découverte de Gilles Caron, célèbre photographe des années 1960, ayant disparu au Cambodge en 1970.

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Mais qu’avez-vous fait à Solange ? – Giallo : mode d’emploi

Alors que nous commençons une nouvelle décennie sous le feu d’une crise sanitaire, la fin 2019 a coïncidé avec la sortie en France le 27 Novembre du nouveau film de Rian Johnson Knives Out (A couteaux tirés en français). Le nouveau long-métrage du cinéaste derrière Brick, mais aussi Star Wars : Les Derniers Jedi, a la particularité d’appartenir au genre très précis du « Whodunit ». Une appellation qui tire ses origines d’une catégorie de romans policiers à énigmes très populaires au début du XXe siècle et qui avait pour illustre représentant quelqu’un comme Agatha Christie. Ces romans mettaient souvent en scène un détective amateur ou semi-professionnel qui devait résoudre un ou une série de meurtres où l’énigme et sa résolution prenaient une grande place à coup d’indices trompeurs et une révélation dans les dernières pages. Le genre au cinéma a fini en désuétude, progressivement remplacé par des thrillers et films policiers plus conventionnels alors que des cinéastes comme Sidney Lumet l’ont exploré dans des films comme Le Crime de l’Orient-Express, sorti en 1972. Les romans d’Agatha Christie furent récemment la porte d’entrée d’un retour avec une nouvelle adaptation par Kenneth Branagh, en 2017. Même si très imparfait, son succès commercial a sûrement favorisé la production du nouveau film de Johnson, lançant peut-être un retour progressif de ce type d’écriture. Continuer la lecture de « Mais qu’avez-vous fait à Solange ? – Giallo : mode d’emploi »