Vesoul 2020 | Voyage à Travers le Cinéma Asiatique

Deux jours à Vesoul, c’était suffisant pour découvrir pas moins de neufs longs métrages de fiction et visiter cinq pays d’Asie différents. Du 11 au 18 février de cette année, le cinéma Majestic de Vesoul a accueilli pour sa 26ème édition quelques 30 000 spectatrices et spectateurs lors du FICA, le Festival International du Cinéma Asiatique – un rendez-vous incontournable pour toutes les amoureuses et tous les amoureux des cinémas venus d’Asie. Voici le récit d’une belle épopée à travers une petite sélection composée de plaines du Tibet et d’un hôtel au bord d’une rivière. Continuer la lecture de « Vesoul 2020 | Voyage à Travers le Cinéma Asiatique »

Clermont 2020 | L’année du robot – La mécanique du cœur

Le festival de Clermont-Ferrand, on le répète chaque année, est l’occasion de se plonger dans de nouvelles images. Des images toujours surprenantes, toujours inédites, remettant en question notre rapport au monde et notre perception du vivant, des êtres, des choses, des lieux ; de tout ? Ce pouvoir de l’image qui parvient à capter les petits bouts de fantasmes de chacun nous fait tomber dans un rêve éveillé ; nous demeurons, l’espace d’un temps, dans un équilibre entre conscience et abandon. On peut alors s’offrir activement aux propositions visuelles et sonores qui nous sont montrées. Continuer la lecture de « Clermont 2020 | L’année du robot – La mécanique du cœur »

Clermont 2020 | Savoir dire beaucoup avec peu

La 42e édition du Festival de Clermont-Ferrand, qui s’est tenue du 31 janvier au 8 février 2020, aura été marquée par l’habituelle excellence attendue de la plus grande réunion de courts-métrages au monde. Dans la diversité des œuvres présentées se dessinent des récurrences, à la fois sur l’état du monde, dans la manière d’aborder des sujets de société, dans leur désir sincère de raconter des histoires… Retour sur les quelques films que nous retiendrons de notre présence là-bas. Continuer la lecture de « Clermont 2020 | Savoir dire beaucoup avec peu »

Lumière 2019 – Coppola, cinéaste perfectionniste

La présence de Francis Ford Coppola au Festival Lumière était un événement majeur de l’Histoire de celui-ci. Plus qu’un nouveau nom qui s’ajoute à la déjà très longue liste de personnalités invitées depuis dix ans, c’est aussi l’une des grandes figure du cinéma du XXe siècle qui est venu Rue du Premier Film. Celui qui fut le réalisateur de la trilogie Le Parrain ou d’Apocalypse Now a fait d’autant plus fort qu’il est arrivé à Lyon avec quelques surprises. On aurait pu le croire peu actif depuis son dernier long-métrage, Twixt, en 2012, mais Francis F. Coppola a pris le temps de reprendre ses classiques pour les améliorer, les modifier, les transformer. Tel un orfèvre qui paufine ses bijoux, Coppola se catalogue donc parmi ces cinéastes venus à Lyon montrer des œuvres qui témoignent que le cinéma n’est pas un art figé, mais bien une mutation permanente d’oeuvre que l’on croyait inscrite dans de la pellicule. Continuer la lecture de « Lumière 2019 – Coppola, cinéaste perfectionniste »

Lumière 2019 – Quelques mots sur quelques découvertes

Le Festival Lumière est toujours l’occasion de lâcher prise et de faire confiance à la formidable programmation mettant en valeur des films devenus rares, méconnus, parfois oubliés. C’est sur deux d’entre eux que nous nous attardons cette année… Continuer la lecture de « Lumière 2019 – Quelques mots sur quelques découvertes »

Annecy 2019 | La fameuse invasion des Ours en Sicile – Eh bien : dansez maintenant

Critique écrite lors du Festival d’Annecy 2019

Compétition – Annecy 2019

Présent à Annecy l’année dernière à l’occasion d’un Work In Progress, ce long-métrage franco-italien de Lorenzo Mattotti était sujet d’attentes d’autant plus fortes que le film a finalement été présenté en première mondiale au dernier Festival de Cannes, en section Un Certain Regard… Adapté d’un conte de jeunesse de Dino Buzzati, La fameuse invasion des Ours en Sicile repose sur une intrigue assez simple : le roi des ours a perdu son fils, et décide d’aller dans la grande ville des Hommes tenter de le retrouver. Ce qui constituait ainsi l’intrigue de Buzzati est devenu dans le traitement qu’en fait Jean-Luc Fromental et Thomas Bidegain un conte narré par  le troubadour itinérant Gedeone, et par son assistante Almerina, à un vieil ours vivant au fond d’une grotte glaciale…

Reposant sur une esthétique très colorée, irréelle, mêlant des techniques  d’animation 2D et 3D, le résultat s’avère profondément fantasmagorique. Cette musique entêtante (des tarentelles typiques de la Sicile), les mésaventures traversées par ces ours rencontrant des personnages et des créatures étranges, ainsi que le discours moral tenu par le film, le place dans la descendance d’un certain animation d’excellence – on pourrait penser à des classiques comme Le Roi et l’Oiseau ou à certains des films d’Hayao Miyazaki.

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Annecy 2019 | Les Enfants de la Mer – Un été initiatique

Compétition Contrechamp – Annecy 2019

Il est difficile de savoir quelle posture adopter face à certains films, et le cas du premier long métrage de Ayumu Watanabe est en cela particulièrement parlant. Adaptation du manga Les Enfants de la Mer, il raconte l’été de Ruka, une adolescente japonaise, rencontrant deux jeunes garçons aux rapports surnaturels avec la mer. Sans trop en dire, le coup de force du film est qu’il se transforme, dans sa dernière partie en rêverie psyché évoquant 2001 : l’Odyssée de l’espace. On pourrait rejeter la chose en la sanctionnant d’un « ça ne veut rien dire ». On pourrait chercher à analyser la chose de manière précise et rigoureuse, mais la chose n’est pas aisée sans revoir le film. La mise en scène très pensée tout au long du film oblige à constater que rien n’est totalement laissé au hasard, on ne peut donc pas imaginer de manière sérieuse que la dernière partie du film n’ait pas été bien réfléchie. Il apparaît finalement préférable pour ne pas dénaturer le propos de l’artiste en cherchant la compréhension claire, rationnelle, d’un moment de quasi transcendance. Les Enfants de la Mer est une œuvre osée : adapté d’un manga à succès, le film ne fait le choix ni de la facilité scénaristique ni de la facilité esthétique. Il ose parce qu’il va au bout de sa démarche : cette dernière partie suscitera sans doute des réactions de rejet ou des commentaires rapides. En basculant dans un cinéma plus expérimental et un propos philosophique, l’œuvre se transforme pour le spectateur. Continuer la lecture de « Annecy 2019 | Les Enfants de la Mer – Un été initiatique »

Cannes 2019 | La Ruche

À écouter durant la lecture :

Mai 2019. Entre les rayons timides du soleil et les rideaux de pluie, je faisais mon premier voyage vers le Festival International du Film de Cannes. Le soixante douzième. Je me suis assez vite rendue compte qu’être à Cannes, c’est vivre plusieurs nuits en une seule journée. La lumière s’éteint, les souffles ralentissent et la machine à rêve s’enclenche. Voir autant de films par jour donne l’occasion d’apprendre à aimer le cinéma. C’est à Cannes que l’on se rend compte que seul le cinéma peut réparer ce qu’il a lui même abîmé. Continuer la lecture de « Cannes 2019 | La Ruche »

Cannes 2019 | Le Jeune Ahmed – Un appel à la vie ?

Prix de la mise en scène accordé par le jury d’Alejandro González Iñárritu lors du 72ème Festival de Cannes, le Jeune Ahmed est le 11ème long métrage réalisé par le duo des frères Dardenne. Après La Fille Inconnue présentée à Cannes en 2016 et restée bredouille, la caméra des deux cinéastes suit cette fois-ci les pas d’un jeune musulman radicalisé de 13 ans, brandissant un couteau devant sa professeure et manquant de peu son assassinat. Ahmed, interprété par Idir Ben Addi, est alors pris en charge et envoyé en centre de rééducation, là où chaque rencontre s’incarnera par une nouvelle méthode qui tentera de redonner vie au protagoniste.

Lors de la conférence de presse tenue à Cannes, les frères Dardenne expliquent avoir été désintéressés par toute raison socio-économique susceptibles d’expliquer la situation de leur personnage. Ainsi, nous sommes jetés dans le film dans une certaine mesure in medias res, avec très peu d’information quant au passé d’Ahmed, aucune qui tend à psychologiser le personnage. C’est ainsi que le film réussi à transmettre l’irrationalité. Tout nous échappe. Comprendre les causes de ce que nous voyons devient futile. On peut en tirer une certaine frustration. Le personnage est encadré, voire enfermé dans le cadre et s’il y a mouvement de la caméra, il s’agit seulement d’un reflet de ceux d’Ahmed. Le moindre geste, aussi anodin puisse-t-il être est surveillé par l’objectif – on suit alors les mains d’Ahmed ouvrir le robinet, toucher la photo d’un cousin décédé pour ses convictions, mais aussi refuser de toucher un chien ou la main d’une femme. Aussi, jamais cette caméra n’ira suivre ce que touche un autre personnage. Le monde autour d’Ahmed est clôt.

 À suivre les protagonistes dans leurs moindres mouvements avec cette caméra un peu oscillante, on reconnaît un style naturaliste à celui des frères Dardenne. Mais eux-mêmes l’affirment : copier la réalité n’est pas quelque chose d’intéressant ici. Bien sûr, on ne copie jamais le réel au cinéma. Il passe d’abord par le prisme des yeux qui le traduit une première fois, puis se retrouve à l’écran où une seconde traduction peut se faire à travers la vision de chaque spectateur. Le cinéma est certes l’art de tromper l’œil, et le naturalisme, par essence n’est qu’une retranscription biaisée du vrai – c’est le miroir que l’on promène le long d’un chemin, affirme Stendhal. Or, si la démarche d’appliquer un tel style est intéressant, il est très simple de se tromper en traitant d’un sujet où les prises de partie sont très délicates. Et je pense que là où le film se trompe, c’est d’une part en utilisant des artifices biaisant l’effet de vrai, mais surtout par l’utilisation d’une fin ouverte, sujette à laisser place à tant d’interprétations qu’il y aura de spectateurs et de spectatrices.

Le Jeune Ahmed (2019) de Luc & Jean-Pierre Dardenne | Distribution : Diaphana

 Aussi, à mon sens, la scène finale du Jeune Ahmed n’est qu’un écho à celle qui lance le récit. La narration du film repose sur une construction en miroir. Mais alors qu’on attend d’une réflexion qu’elle ne soit que similaire en apparence, mais porteuse d’un sens autre, ici, rien n’évolue véritablement. Après la première tentative d’assassinat, Ahmed est pris en charge. Il doit prouver à sa psychologue et aux autres personnages qu’il est capable de rencontrer sa victime et comprendre les causes de son acte initial. Mais cette quête est obstruée par les feintes d’Ahmed – on comprend très vite avec un morceau de papier, une brosse à dent aiguisée qu’Ahmed feint ses actions pour prétendre une évolution et retrouver sa victime. Avec de tels motifs narratifs répétés jusqu’à la conclusion ouverte du film, je ne pouvais que voir une nouvelle ruse de la part d’Ahmed. Malgré sa confrontation avec la mort, je ne pouvais véritablement voir de prise de conscience de sa part. Du moins, rien ne pouvait me prouver qu’il ne s’agissait pas d’un nouveau mensonge. Mais interpréter la fin n’est pas si intéressant. Savoir qu’elle peut être lue de tant de sortes différentes est le véritable souci. Plutôt que d’imposer une conclusion, les frères Dardenne offrent la possibilité à n’importe qui de s’approprier le sens du film. Le Jeune Ahmed souffre alors de n’avoir aucune véritable conclusion. On sort de la salle un peu déstabilisé, interrogé quant au but du film, quant au message qu’il souhaite porter.

La démarche des Dardenne dans Le Jeune Ahmed est intéressante, et un certain sens du suspens empêche de s’ennuyer. Toutefois, le film ne parvient pas véritablement à susciter une réflexion, ni à faire passer des émotions. Les deux frères semblent au même titre que les spectateurs ne pas comprendre ce personnage, du moins pas assez pour savoir quoi en faire. La volonté d’écrire un appel à la vie par une résistance au fanatisme n’était malheureusement pas suffisante pour y aboutir.

Le Jeune Ahmed (2019) de Luc & Jean-Pierre Dardenne, avec I. Ben Addi, O. Bonnaud, M. Akheddiou. Sortie en salles le 22 mai.

Cannes 2019 | La Belle Époque – Une ode à l’humain et aux histoires

Accusé par certains d’être un film « c’était mieux avant », par d’autres d’être un fantasme phallocrate de Nicolas Bedos, son réalisateur, La Belle Epoque est, au contraire, un des plus grands films français de l’année 2019, et en tous cas de ce 72e Festival de Cannes.

Dans une époque où la tendance est à dire que le passé ne doit pas peser sur l’avenir, Bedos signe ici un film hors du temps, qui pourrait faire partie de la série Black Mirror : Victor, sexagénaire fatigué par la vie, et de manière générale par la modernité, se voit proposé de vivre une expérience en retournant dans le temps à l’époque qu’il souhaite. Choisissant l’année 1974, date à laquelle il rencontra pour la première fois son épouse, Victor choisit ainsi de revivre sa première rencontre, afin de comprendre pourquoi celle dont il était fou amoureux alors ne l’aime plus aujourd’hui. Continuer la lecture de « Cannes 2019 | La Belle Époque – Une ode à l’humain et aux histoires »