[Annecy 2017] Dans un recoin de ce monde de Sunao Katabuchi

Prix du Jury – Annecy 2017

Le cinéma japonais regorge d’œuvres traitant du traumatisme de la seconde guerre mondiale, et dans l’animation particulièrement. On redira l’importance de voir Le Tombeau des Lucioles d’Isao Takahata, traité pacifiste d’une justesse inouïe, œuvre bouleversante, horrible, mais au combien nécessaire. Le film de Sunao Katabuchi ne pouvait que souffrir de la comparaison. Ironiquement, c’est un ancien de Ghibli. D’abord storyboarder, il n’a depuis 2002 réalisé que trois films : Princess Arete (2002), Mai Mai Miracle (2009) et Dans un recoin de ce monde (2017), ce dernier ayant été particulièrement bien reçu par la presse japonaise. L’histoire de cette jeune fille – Suzu – un peu simplette parfois, confrontée à la guerre, n’est pas exempte de défauts.

On ne peut pas nier que c’est un film critiquable sur le fond. En effet, si le public japonais ne pouvait pas faire ce reproche au film, le public européen doit le rappeler. Lorsque le film donne une vision idéaliste de la situation des civils durant la guerre, c’est une lecture orientée : le film d’Isao Takahata le montre. Lorsque, dans le film, la police arrête Suzu parce qu’elle faisait des dessins de bateaux militaires et donc de l’espionnage, on ne peut pas en rire derrière (« elle est pas assez maline pour être une espionne ! », disent-ils). De la même manière, la fougue nationaliste cachée par les beaux atours du film n’est pas quelque chose de rassurant. La politique de colonisation menée par l’État japonais durant la première moitié du 20e est passée sous silence… Toutes les horreurs arrivant au Japon sont la faute des américains : ce n’est pas totalement faux, ni totalement vrai. Aucune guerre ne peut se targuer d’être parfaitement propre. La guerre est un état où personne n’est tout blanc, tout noir.

Mais au-delà de ces soucis qui limitent la portée universelle du récit en l’ancrant profondément dans la logique politique contemporaine du Japon (un retour du nationalisme), on ne peut nier que le film remue. Il remue, il marque profondément. La direction artistique est superbe, le sujet est difficile et le film s’en sort bien. La dernière partie est ainsi beaucoup plus sombre (1944-1945), plus violente. Il reste difficile de sortir totalement indemne du film. Le personnage de Suzu donne ainsi une véritable leçon de courage, quelque chose de respectable dans la mesure où peu d’œuvres ont traité le sujet de cette manière. Le titre, Dans un recoin de ce monde, reflète bien de cette idée : ce comportement reste marginal, associé à un « recoin », un morceau, un angle. Comprendre, un petit espace de verdure, dans la noirceur de ce monde.

Sortie en salle prévue le 13 septembre 2017

[Annecy 2017] – Introduction

Le Festival International du Film d’Animation d’Annecy, le plus grand du monde consacré au domaine de l’animation, a lieu chaque année à la mi-juin sur les bords de son lac… Mais avec une température excédent largement les 30 degrés la majorité du temps cette année (c’est pas facile, dehors, dans ces conditions), la majorité des festivaliers se ruent en masse, soit dans l’eau, soit dans les salles de cinéma climatisées pour découvrir en avant-première les films qui reflètent de l’état du cinéma d’animation mondial. S’organisant autour d’une compétition officielle de courts-métrages et de longs-métrages, la sélection réunit autant de jeunes talents encore en école, que de chaînes de télévision, et des énormes productions des studios promises à un grand succès en salle. Vous trouverez ici, publiés au fur et à mesure, les articles réalisés à l’occasion d’Annecy 2017.

Critiques :

[Annecy 2017] A Silent Voice de Naoko Yamada

[Annecy 2017] Dans un recoin de ce monde de Sunao Katabuchi

[Annecy 2017] La conscience politique de l’animation européenne ?

Interview :

Romain Brosolo (Eurozoom, distributeur de Lou et l’île aux sirènes (Cristal du long métrage 2017)Your Name,…) :

[Annecy 2017] Interview de Romain Brosolo (Eurozoom)

Et comme on est sympa, on vous met aussi la chanson qui a le mérite d’être représentative de l’ambiance (qui est, disons-le, est assez unique) sur place !