La Jetée – Histoire d’un instant

L’instant dans l’œuvre cinématographique, si l’on garde l’étymologie latine du mot instant, à savoir instans : ce qui est imminent, dérivé du verbe sto : être immobile, est alors pour moi l’image figée dans le déroulement filmé. Dans Le petit soldat (1963) de Jean-Luc Godard, le personnage de Bruno Forestier disait du cinéma : « La photographie cest la vérité. Et le cinéma cest vingt-quatre fois la vérité par seconde ». De cette phrase, nous ne retiendrons que la comparaison à la photographie. Le cinéma semble donc jumeau de la photographie en ce qu’il capte l’instant dans son mouvement. Il garde le déroulement au service de l’impression du temps par le spectateur. Je veux dire par là que l’image-mouvement mène à la conception de l’image-instant par le spectateur.

Le souvenir que j’ai de la vague du Finis Terrae (1929) de Jean Epstein, c’est celle d’un monde entre Ouessant et les pêcheurs de goémon, d’un monstre d’eau qui venait emprisonner Ambroise sur une île où le temps n’est que ce qu’il a. Le temps était ici allongé, je ne pouvais qu’attendre avec lui [Ambroise] que la mer se calme, que les vagues cessent, que le temps reprenne son cours une fois le vent levé. Capturer le mouvement de la mer revenait alors à saisir l’indompté, le sauvage, mais aussi le merveilleux que l’on peut percevoir face à cette étendue bleue infinie.

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Étoiles du LYF | Les films à découvrir sur la plateforme

Vous permettre de découvrir ou redécouvrir ces films que l’association LYF a accompagné ces dernières années lors du Festival du Film Jeune de Lyon : c’est l’objectif du site les Étoiles du LYF. Presque 250 films y sont ainsi listés, et plus de 120 visibles immédiatement, gratuitement, grâce aux réalisateurs ayant rendu accessibles leurs créations. Mais que voir en premier ? Voici quelques films que l’équipe du blog vous recommande tout particulièrement.

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Fête du Court Métrage 2020 – Nos coups de cœur

Alors qu’elle devait se dérouler à Lyon et dans toute la France du 25 au 31 mars dernier, la Fête du court-métrage a été contrainte à la dernière minute de s’adapter. Par l’intermédiaire d’une plateforme à télécharger, il était ainsi possible de découvrir des programmes de films gratuitement depuis chez soi. Nous ne pouvions pas résister à l’idée de vous faire part de nos coups de cœur de cette fête aussi inattendue que réussie.

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Clermont 2020 | La place du mort

Après que les réveils aient sonné, que les cafés soient avalés et les programmes pliés entre les mains moites d’attente, nous nous sommes retrouvés dimanche 2 février aux environs de midi, en salle Cocteau, pour déguster la programmation numéro 5 de la compétition nationale. Quatre films avaient été programmé, chacun d’une durée d’une petite demie heure. L’hégémonie presque devenue ronronnante de la Fémis était soulignée dans cette sélection, puisque deux films étaient réalisés par des élèves de l’école, dont le documentaire Clean with Me qui sera primé quelques jours plus tard.

Le court métrage qui ouvrait cette séance a été l’un de ceux qui m’a peut être le plus marqué lors de ce festival. La place du mort, signé Victor Boyer. Ce film raconte l’histoire d’une famille bourgeoise déchirée par le décès prématuré d’un des jumeaux composant la fratrie. Ce petit être a été très vite remplacé par un enfant adoptif, dont la place semble être remise en question par le survivant. L’action se déroule alors que les deux frères ont désormais une trentaine d’années. Alphonse, l’enfant adoptif, devenu écrivain, revient dans sa famille le temps d’un week-end et peine à avouer à ses proches qu’il va faire de leur histoire le sujet de son nouveau roman. Son frère, Samuel, le découvre rapidement et voit d’un très mauvais œil la présence d’Alphonse dans le manoir familial. Continuer la lecture de « Clermont 2020 | La place du mort »

Clermont 2020 | L’année du robot – La mécanique du cœur

Le festival de Clermont-Ferrand, on le répète chaque année, est l’occasion de se plonger dans de nouvelles images. Des images toujours surprenantes, toujours inédites, remettant en question notre rapport au monde et notre perception du vivant, des êtres, des choses, des lieux ; de tout ? Ce pouvoir de l’image qui parvient à capter les petits bouts de fantasmes de chacun nous fait tomber dans un rêve éveillé ; nous demeurons, l’espace d’un temps, dans un équilibre entre conscience et abandon. On peut alors s’offrir activement aux propositions visuelles et sonores qui nous sont montrées. Continuer la lecture de « Clermont 2020 | L’année du robot – La mécanique du cœur »

Clermont 2020 | Savoir dire beaucoup avec peu

La 42e édition du Festival de Clermont-Ferrand, qui s’est tenue du 31 janvier au 8 février 2020, aura été marquée par l’habituelle excellence attendue de la plus grande réunion de courts-métrages au monde. Dans la diversité des œuvres présentées se dessinent des récurrences, à la fois sur l’état du monde, dans la manière d’aborder des sujets de société, dans leur désir sincère de raconter des histoires… Retour sur les quelques films que nous retiendrons de notre présence là-bas. Continuer la lecture de « Clermont 2020 | Savoir dire beaucoup avec peu »

Portrait | Hugues Marcos – Directeur général du Festival du Film Jeune de Lyon

Nommé le 1er décembre 2018 directeur général du Festival du Film Jeune de Lyon, ce vice-président de l’association LYF se retrouve, à 19 ans, à la tête d’un des grands rendez-vous cinématographique de la rentrée à Lyon.

La silhouette fine, les épaules larges, la démarche hésitante mais toujours le sourire franc, c’est ainsi qu’Hugues Marcos se promène à nos côtés. Depuis décembre à la tête du Festival du Film Jeune de Lyon, celui qui fut l’un des fondateurs de l’association LYF en 2016 a également présidé pendant plusieurs éditions le Festival Luciole, festival du film lycéen de la Martinière Monplaisir. Portrait. Continuer la lecture de « Portrait | Hugues Marcos – Directeur général du Festival du Film Jeune de Lyon »

Clermont 2019 – Phillip Barker : La caméra, le corps, l’image

La 41e édition du Festival de courts-métrages de Clermont-Ferrand n’a pas rompu avec les valeurs militantes et sociales qui ont été le socle de sa fondation et n’a pas abandonné sa visée de diversité et de pluralisme culturel, au travers d’une programmation riche et variée. Il y a beaucoup de films, on ne peut évidemment tout voir ; entre les films « labo », les films « short in translation », les films internationaux ou les courts-métrages devenus classiques, on se retrouve vite noyé dans la large proposition de films qu’offre la semaine de festival.

Pourtant, le Festival de Clermont-Ferrand permet chaque année de découvrir des petits bijoux cinématographiques dont on n’aurait pas nécessairement soupçonné l’existence. Sauf si l’on est un fin connaisseur de ce qui se fait dans le monde en matière de courts-métrages. Clermont, en dehors des sélections officielles en compétition, c’est aussi la projection de collections de films, récents ou non. C’est ainsi qu’on peut y découvrir l’œuvre de Phillip Barker, cinéaste canadien, habitué du Festival : « Voilà exactement vingt ans que le festival international du court métrage de Clermont-Ferrand accueille mes films. C’est ce genre de soutien qui m’a toujours encouragé à continuer à faire du cinéma alternatif. » (Phillip Barker). Du cinéma alternatif oui, mais surtout du cinéma. L’artiste, qui nous a fait l’honneur d’être présent avant, pendant, et après la projection, pratique surtout la fiction expérimentale, son œuvre proposant une grande cohérence qui frappe et enchante lorsqu’on voit ses films les uns après les autres. La Collection était composée de six courts-métrages, d’une durée de 3 à 23 minutes. Continuer la lecture de « Clermont 2019 – Phillip Barker : La caméra, le corps, l’image »

Clermont 2019 – Le court métrage, un art à part

L’association LYF était à Clermont-Ferrand à l’occasion du festival du court métrage. J’ai eu la chance d’y être ! C’était une grande première pour moi. Pour dire vrai, je ne suis pas un expert en cinéma comme les autres illustres auteurs dont les critiques abondent ici même. Pourquoi alors, malgré mon ignorance relative du cinéma, suis-je parti à Clermont dans l’antre international du court métrage ? C’est l’envie de découvrir un art méconnu et intriguant, certainement trop sous-estimé. Mais c’est aussi l’envie de passer de très bons moments amicaux ou cinématographiques qui m’a poussé à partir.

Le moins que je puisse dire est que je ne regrette pas ma curiosité. Les courts métrages ont eu une réelle faculté à me transporter, me faire voyager, dans le passé, dans l’irréel, sur un autre continent, me projeter avec force dans une nature parfois hostile parfois magnifique et surtout me faire rêver. Pendant une séance de projection, il n’est pas rare de passer du rire aux larmes, de la joie à la tristesse, de la haine d’un personnage à l’empathie d’un autre. C’est d’ailleurs ce que montre parfaitement la bande annonce du festival, qui fête cette année sa 41ème édition. Elle condense parfaitement toutes ces émotions à un rythme particulièrement efficace, un aperçu de toute la richesse que cache cet art à part. Continuer la lecture de « Clermont 2019 – Le court métrage, un art à part »

Clermont 2019 – La gloire du court-métrage français ?

Après avoir assisté à la moitié des programmes de courts-métrages francophones, on ne peut nier ni de leur qualité ni de la « réussite artistique ». Il faut en fait saluer le système de production français qui permet la naissance de qui reste dans l’ensemble une très belle industrie du court-métrage. Si nous allons revenir ici-même sur quelques uns d’entre eux, ne nions pas qu’il y en a beaucoup d’autres qui mériteraient qu’on s’y attarde. Le véritable problème, le véritable enjeu qui touche le monde du court-métrage en France est leur nombre très important et leur faible diffusion dans les réseaux traditionnels – difficile de pouvoir voir ces courts-métrages en dehors d’événements dédiés, et trop peu de salles prennent le risque d’en montrer. Continuer la lecture de « Clermont 2019 – La gloire du court-métrage français ? »