Once Upon a Time in Hollywood – Le nouveau conte de Tarantino

Attention, cette critique contient des spoilers importants sur le contenu du film.

Quentin Tarantino, nous le savons, c’est le gars qui aime exalter les références qui ont construit son propre cinéma. Du western-spaghetti aux monstres d’Universal Studio en passant par le film de Kung-Fu, sa filmographie est un véritable pot-pourri d’idées revisitées par la patte Tarantino. Amoureux du cinéma qui séduit les amoureux du cinéma, son neuvième et avant-dernier film dévoile plus que jamais cet éloge du 7e art. Ce qui fait la grande force de ce nouveau long-métrage, c’est sa capacité à s’approprier ses références pour les mettre au service d’une œuvre propre particulièrement personnelle. Continuer la lecture de « Once Upon a Time in Hollywood – Le nouveau conte de Tarantino »

L’homme fidèle – Un triangle amoureux

C’est après trois ans de relation amoureuse que Marianne (Laetitia Casta) annonce à Abel (Louis Garrel) qu’elle est enceinte. Une heureuse nouvelle qui devient rapidement catastrophique. Le père est Paul, son meilleur ami, et avec qui elle va se marier dans les jours qui viennent. Marianne l’annonce d’une douceur cruelle, presque sadiquement, stupéfiante. La réaction d’Abel sera d’autant plus surprenante, qu’il ne laisse paraître que de la surprise, sans une once de colère envers la femme qu’il aime, il a tout d’un homme passif. C’est ainsi que le mini thriller, le mini Hitchcock, commence.

Dix années plus tard, nous retrouvons Marianne, Joseph son enfant, et Abel, tous réunis pour l’enterrement de Paul. C’est tout naturellement qu’Abel veut reconquérir le cœur de son ancienne amante. Paul s’était glissé entre eux, mais à présent c’est Joseph. Le petit détective va faire passer sa mère pour une maîtresse assassine, pour qu’Abel s’en éloigne. C’est ainsi qu’avec son petit visage d’ange, l’enfant chuchote à l’oreille d’Abel « papa, c’est maman qui l’a tué ». Mais qui Abel devait-il croire ? Son ancienne compagne qui l’avait trompé ou un petit garçon de dix ans ? Puis vient se greffer un nouveau personnage, la jeune Eve (Lilly-Rose Depp), à peine majeure, folle amoureuse d’Abel et sœur du défunt Paul. Un triangle amoureux, comme il y a dix ans. Une alliance entre Eve et Joseph va se nouer pour avoir le monopole sur, pour l’une, son amour et l’autre, sa mère. Continuer la lecture de « L’homme fidèle – Un triangle amoureux »

Miraï, ma petite sœur – Au centre de la maison, la famille

C’est la sensibilité de son regard, la douceur de son cinéma et la justesse de ses propos qui font de Mamoru Hosoda l’un des plus grands cinéastes au monde. Il faut mettre au défi quiconque voudrait le contester. Avec son nouveau film, Miraï, ma petite sœur, Mamoru Hosoda cherche dans le même mouvement de poursuivre son étude de la famille – en mettant au centre de son film les relations entre un enfant de 4 ans et sa petite sœur – et de faire du lien, permettre la construction d’une logique dans une filmographie de plus en plus dense et riche.

L’arrivée de la petite Miraï (« avenir », en japonais) bouleverse en effet le microcosme de Kun, petit garçon de 4 ans, et de ses parents. Lui qui captait toute l’attention, toute l’affection, a l’impression de plus être le centre d’intérêt de sa famille. Derrière ce changement se déroule de fait énormément de choses : la jalousie de ne plus être le seul, la colère de voir le rythme de vie influencé par l’exigence que suscite un nouveau né, l’impression d’être puni pour tout, pour rien… C’est en effet toute un apprentissage que traverse le personnage de Kun : il découvre dans la somptueuse scène introductive la neige qui tombe, et quelques instants plus tard sa petite sœur, d’un blanc immaculé. La découverte et de fait la force qu’elle est susceptible d’avoir prend une place importante dans le film, comme dans la vie d’un enfant cet âge. Continuer la lecture de « Miraï, ma petite sœur – Au centre de la maison, la famille »

Les Animaux Fantastiques : les Crimes de Grindelwald – inégal et décevant

On attendait beaucoup de ce second opus.

C’est un film qu’on va voir avec espoir : l’univers de Johann Kathleen Rowling est connu pour être particulièrement foisonnant, propice au grand spectacle comme aux scènes graves et touchantes. De plus, le premier volet (Les Animaux Fantastiques, David Yates, 2016) était très prometteur : même avec de nouveaux protagonistes et une histoire se déroulant au début du siècle, le retour du monde magique au cinéma avait été plutôt réussi, au regard du vide littéraire duquel il s’inspirait (Vie et habitat des Animaux Fantastiques, J.K. Rowling, Gallimard Jeunesse, 2001), à savoir un simple dictionnaire répertoriant la faune et la flore du monde magique de Harry Potter, avec pour seule trace de Norbert Dragonneau (Eddie Redmayne) des annotations légères sur les côtés des pages.

Pour rajouter à l’attente qui était la mienne de ce deuxième opus (sur cinq, en tout), la fin du premier volet nous promettait un passage au premier plan de Gellert Grindelwad (Johnny Depp), immense seigneur noir qui est déjà un personnage à part entière de l’histoire de Harry Potter. En effet, Grindelwald est le mage noir défait en 1945 (ce qui, selon JKR, est lié à la fin de la Seconde Guerre Mondiale) par Albus Dumbledore, duquel Lord Voldemort tire expériences et modèles, mais c’est aussi l’ami d’enfance (et plus, si l’on adhère à la position de JKR sur la question) de Dumbledore, devenant un des pivots de la résolution de la saga du sorcier à la cicatrice. Continuer la lecture de « Les Animaux Fantastiques : les Crimes de Grindelwald – inégal et décevant »

Heureux comme Lazzaro – Sons, lumières et magie

Au premier abord, on ne saurait dire, lorsqu’on sort de la projection du dernier long-métrage d’Alice Rohrwacher, d’où émane cette forte impression de puissance captivante et mystérieuse que le film a laissé en nous. Peut-être est-ce parce qu’il remue en nous des souvenirs d’innocence perdue : le film rappelle la beauté des contes d’autrefois.

Il était une fois alors, en Italie, dans une campagne et dans un temps reculé, un groupe de paysans exploité par la Marquise de Luna. Esclaves, ils obéissent et ne se révoltent pas. Lazzaro, jeune homme simple d’esprit et profondément charitable, est à son tour exploité par les autres paysans. Puis, il rencontre Tancredi, le fils de la Marquise, avec qui il noue une amitié qui dépassera les frontières spatio-temporelles. Continuer la lecture de « Heureux comme Lazzaro – Sons, lumières et magie »

Concours de critique – Lisez la critique lauréate de Manon Inami !

Critique de Manon Inami

Le Parc (2016) de Damien Manivel – D’un rêve à l’autre

Deux adolescents se retrouvent dans un parc, s’y promènent. De la gymnastique au « selfie », en passant par Freud, ils tombent amoureux. Cependant, cette relation naissante reste éphémère et la jeune fille se retrouve seule. Cette dernière va alors entreprendre en marche arrière la promenade de la journée passée.

En choisissant une atmosphère onirique et latente, le réalisateur du Parc nous plonge dans un univers étrange, doux et presque féérique. Si l’on croit tout d’abord que l’histoire racontée est des plus banales, quelque chose de caché se dévoile progressivement. Tous les détails de chaque plan comptent et dévoilent un secret. Continuer la lecture de « Concours de critique – Lisez la critique lauréate de Manon Inami ! »

Dix pour cent : une perle à la française

L’été approche, malgré les révisions, et c’est pour ça que Le Film Jeune Lyonnais s’attache à passer en revue les séries qu’on vous conseille pour la plage, la montagne, ou simplement chez vous.

Me voilà à la recherche d’une série légère et loin des thrillers/drames et j’en passe que j’ai l’habitude de suivre sur Netflix. Mes amis me conseillent Dix pour cent et là, la crainte : une série française, quelle horreur ! Je décide de dépasser mes préjugés et me voilà plongée dans cette série de 12 épisodes d’environ 50 minutes répartis en 2 saisons. Les épisodes passent et je ne m’arrête plus : les épisodes sont longs mais jamais longuets, l’intrigue est simple, mais jamais simpliste.

Tout tourne autour d’une agence d’artistes parisienne et de ses salariés, tous plus atypiques les uns que les autres. Chacun, par ses traits particuliers, apporte sa pierre à l’édifice venant rendre plus palpitante et habiller la présence de véritables célébrités françaises, cette dernière venant donner originalité et aplomb à la série. Au fil des épisodes, chaque personnage se dévoile et présente les traits types du commun des mortels : jalousie, possessivité, envie, courage, amour, mauvaise foi, opportunisme, égocentrisme, regrets… et j’en passe. Les faiblesses de chacun nous offrent une palette de personnages attachants, nous donnant envie de poursuivre l’aventure et de découvrir leur devenir.

Dix pour cent, c’est aussi une série qui milite à sa façon. Je vous laisserais découvrir par vous-même ce que j’entends par là, et vous recommande largement la série si vous souhaitez quelque chose de léger, touchant, drôle sans pour autant vous prendre le chou avec une série en VOST ou une version française mal doublée. Dix pour cent vous entraîne dans l’envers du décor du show business avec des rebondissements qui vous donneront (peut-être) envie de toucher au monde des agents.

Dix pour cent (saison 1 et 2 disponibles), créée par Fanny Herrero, d’après une idée originale de Dominique Besnehard, Michel Vereecken, Julien Messemackers

La série a été créée et est co-réalisée par Cédric Klapisch, que nous avions rencontré l’année dernière à l’occasion de la sortie Ce qui nous lie :

Interview de Cédric Klapisch (Ce qui nous lie, L’Auberge espagnole, Le Péril Jeune,…)

Le nom des gens : « Un film bouleversant car il croit indéniablement en la vie »

Michel Leclerc est un réalisateur qui a débuté dans le milieu du cinéma en tant que monteur. C’est grâce à son court-métrage Le poteau rose, primé à Cannes, que sa carrière est véritablement lancée.

Leclerc est également scénariste au côté de Carine Tardieu dans le long-métrage Otez moi d’un doute et La tête de Maman, œuvres dans lesquelles on retrouve la brillante originalité scénaristique du cinéaste. C’est donc son talent dans l’écriture qui a permis à Le nom des gens de recevoir le César du meilleur scénario. Ce film a été primé notamment pour avoir révélé Sarah Forestier, qui y fait preuve d’un humanisme sublime. Elle a reçu le César de la meilleure actrice et l’étoile d’or du premier rôle féminin. Ce long métrage est porté principalement par Sarah Forestier donc et Jacques Gamblin. Et déjà, l’idée de nous présenter ce duo à l’écran est judicieuse. Continuer la lecture de « Le nom des gens : « Un film bouleversant car il croit indéniablement en la vie » »

Le rire de madame Lin – Rire encore, une dernière fois

Il ne s’y était pas trompé Wong Kar-wai en soutenant ce film dès sa projection à l’ACID, à Cannes – acte particulièrement inattendu : Zhang Tao est un jeune cinéaste chinois, dont Le rire de madame Lin est le premier long-métrage. Avec un tel parrainage, on ne pouvait être que curieux de découvrir cette œuvre atypique, sorte de quasi-Voyage à Tokyo bis, moderne et cruel.

Elle navigue de maison en maison, de chez son aîné à sa cadette, en passant par différentes nuances socio-familiales. Elle qui avait pourtant élevé autant d’enfants. Elle, si active, voit l’âge la rattraper. Cette vieille dame qui, désormais, n’est presque plus jamais en mouvement, devient une sorte de pilier, une présence, que le spectateur voit, parfois, au premier plan, parfois, dans un reflet. C’est une figure silencieuse, calme. Mais jamais, elle n’intervient dans son environnement, jamais elle n’est plus qu’une gêne inutile, comme tous les gens de son âge. C’est désormais une sorte de totem qu’on garde pour faire gage de bonne foi, de politesse. « Je m’occupe de ma (vieille) mère ». Continuer la lecture de « Le rire de madame Lin – Rire encore, une dernière fois »

Star Wars épisode 8 : Les derniers Jedi – Star Wars est mort, vive Star Wars !

Evidemment, je l’ai aimé. Chaque année depuis 2015 et jusqu’en 2019 (au minimum), un Star Wars viendra éclairer nos cœurs et nos âmes d’enfants, pour ensuite remplir les cadeaux au pied du sapin de produits dérivés farfelus ou géniaux (cf. le BB-8 télécommandé, exceptionnel).

Au-delà de cela, mon travail ici sera d’exposer les différentes raisons qui – selon moi – placent ce 8e  chapitre de la saga principale, au rang n°1 des meilleurs films Star Wars, pour le moment. Continuer la lecture de « Star Wars épisode 8 : Les derniers Jedi – Star Wars est mort, vive Star Wars ! »