Lil Buck Real Swan – Danseur, de Memphis à la Californie

Des ghettos de Memphis aux auditoriums les plus prestigieux : c’est ainsi que peut être résumé le parcours atypique de Lil Buck, impressionnante success story mêlant talent, hasards de la vie, et une volonté qui en impose. Lil Buck Real Swan retrace aussi l’histoire d’un quartier, celui dont vient le jeune danseur afro-américain, où la précarité se mêle à la violence des gangs. La danse, le jookin, a alors été pour toute la génération à laquelle il appartient un moyen d’exprimer leurs sentiments, la violence, et se réapproprier les espaces : la rue, les parkings, seront leur terrain de jeu. Un moyen de s’en sortir, pour ceux que la caméra de Louis Wallecan prend le temps de suivre.

Il prend le temps, justement, de contextualiser l’apparition du jookin et de la culture à laquelle cette danse se rattache. C’est sûrement ce que le film parvient à faire avec le plus de souplesse, en permettant de saisir l’esprit d’une époque qui s’achève sous nos yeux avec la fermeture Crystal Palace, le club où a commencé Lil Buck. Captivant alors d’entendre un jeune jooker expliquer l’émergence de cette danse quand on sait que c’est dans la même ville que tout un pan de la musique américaine a émergé à une autre époque – celle d’Elvis Presley, celle des années 1950. D’une certaine manière, la réussite du documentaire est qu’il arrive à s’ouvrir en dessinant le portrait d’une époque révolue et de conclure en faisant celui de la nouvelle génération. L’idée de transmettre étant, d’ailleurs, centrale dans les discours des personnages – sa professeur à Lil Buck, Lil Buck en tant que professeur lui-même, la réflexion de Spike Jonze sur ce qu’est l’art…

Continuer la lecture de « Lil Buck Real Swan – Danseur, de Memphis à la Californie »

Climax – Comme un éternel recommencement

Saisir l’apocalypse, la destruction – le chaos, et dans un même mouvement la synergie, l’esprit de le groupe. Comprendre comment cela s’articule, échoue, s’essouffle mais reprend, recommence, ne s’achève jamais. C’est notre fascination morbide envers notre propre destruction – celle de nos corps et de nos vies. Le dernier film de Gaspard Noé est la somme d’un chemin parcouru : celui d’un génie pour certains, d’un petit malin pour les autres. Force est de constater que la proposition qu’est Climax est un coup de force, le moment de rupture qui fait basculer la culture du provoquant, du sordide, dans l’ambition, la maîtrise. Derrière le mystère qu’il pratique – le synopsis du film particulièrement vague, la bande annonce obscure – Noé propose ainsi un véritable projet, concret. Pour en profiter pleinement, il faut en limiter la connaissance préalable, mais comment le comprendre sans avoir toutes les clefs d’une œuvre difficile d’accès ? Il faut reprendre l’objet et le décortiquer. Continuer la lecture de « Climax – Comme un éternel recommencement »